Royal Hunt

Entretien avec Andre Andersen (claviers): 1ère partie - le 10 mars 2008

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Cosmic Camel Clash

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Lucificum

Une interview de




Royal_Hunt_20080310

Royal Hunt est de retour avec un excellent album, Collision Course... Paradox 2 (chronique ici), qui est comme vous l'avez compris une suite du mythique Paradox sorti en 1997. Un nouveau chanteur, un nouvel album, une tournée en préparation... c'est plus qu'il n'en faut pour aller taper un brin de causette avec le grand - et bavard - claviériste du groupe, leader incontesté et maître compositeur du groupe, Andre Andersen accompagné de son fidèle accent slave...


Cosmic Camel Clash : Commençons par parler des récents changements dans le line-up : peux-tu nous dire ce qu’il s’est passé avec John West et comment as-tu recruté Mark Boals au chant ?

Andre Andersen : Rien de bien dramatique, en fait. Avec John, nous avons travaillé ensemble quelque chose comme huit ans, c’était vraiment cool car il n'y avait aucun stress mais durant l'année dernière nous avons réalisé que l'étincelle, qu'une partie de la magie avait disparu. Nous avons eu ce sentiment, à la fois John et moi, que nous avions dit musicalement tout ce que nous voulions dire. Nous avions fait ce que nous pouvions et il était temps de passer à la suite. Il fallait que John parte faire son truc à lui pour que je puisse continuer à explorer les possibilités de Royal Hunt. John et moi ne pouvions pas apporter quelque chose de neuf. Alors nous avons commencé à chercher un nouveau chanteur, nous avons reçu pas mal de CDs, peut être six ou sept chanteurs différents, dont Mark. Il nous a affirmé par mail être intéressé par devenir le nouveau chanteur permanent du groupe. Nous avons fait comme pour tous les autres, nous lui avons demandé d’enregistrer quelque chose à partir de roughs, et on a aimé ce qu’il a fait. Nous avions quelques chanteurs potentiels et nous avons invité Mark à Copenhague pour quelques jours juste pour l’écouter, voir quel type de personne il était et il s’est tout de suite adapté au groupe. C’est facile de travailler avec lui, il est très professionnel et très sympa dans l’ensemble, alors il fait maintenant partie du groupe !


Cosmic Camel Clash : Mark Boals est-il différend de John West, musicalement et humainement ?

Andre Andersen : Humainement parlant, pas vraiment. J’apprécie toujours énormément John, c’est un type génial. Mark est différent mais tout aussi formidable : c’est en ce sens qu’il n’y a pas tant de différences. Musicalement, par contre, oui. En tant que chanteurs, ils sont différents. Ils ont des approches différentes de leur chant et des voix distinctes, ce qui était très sympa pour moi car travailler avec une nouvelle voix a permis de rafraîchir l’ensemble.

PhotoCosmic Camel Clash : Composes-tu différemment pour Mark Boals que pour John West ou DC Cooper ?

Andre Andersen : Oui, bien sûr ! Quand j’ai commencé à composer de nouvelles chansons pour cet album – il y a environ un an et demi – j’ai réalisé qu’en tant que compositeur j’avais toujours une voix de chanteur dans la tête. Quand j’écris un titre, je peux imaginer comment le chanteur devra chanter. Ce qui s’est passé, c’est qu’en composant ces titres, j’entendais une voix différente de celle de John, et cela a continué durant l’écriture de tout l’album. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que j’écrivais cet album pour un autre chanteur. Ajouté à cette sensation que nous avions John et moi d’avoir fait tout ce que nous pouvions faire ensemble, nous sommes tombés d’accord qu’il ne serait sans doute pas possible pour nous de sortir quelque chose de vraiment nouveau. Alors je me suis mis en quête d’un nouveau chanteur, ce chanteur que j’avais en tête, et le feeling de Mark cadrait parfaitement.


Cosmic Camel Clash : Quand t’es venue l’idée d’un Paradox 2 ?

Andre Andersen : C’est amusant, parce que je me rappelle quand j’ai écrit le premier Paradox, beaucoup de gens me demandaient si je ferai un jour un Paradox part 2. Mais à cette époque bien sûr, je n’y pensais pas vraiment, je me focalisais sur le premier. Et quand j’ai commencé à écrire pour cet album, je n’avais pas en tête de faire une suite à Paradox. Je me contentais d’écrire de la musique pour un album mais j’ai vite réalisé que l’atmosphère globale de ces nouvelles chansons me faisait beaucoup penser à l’album Paradox : ce côté mélancolique, avec ces sons particuliers, presque…liquides. Au début, ça ne concernait qu’un titre ou deux mais ensuite, chanson après chanson, l’album entier devenait de lui-même une sorte de Paradox Part 2. Je n’avais rien planifié, c’est juste arrivé.

Cosmic Camel Clash : Quel est le concept du diptyque Paradox 1 et 2 ?

Andre Andersen : C’est une histoire, commencée dans le premier Paradox. Comme chacun sait, on peut lire dans la Bible qu’il y a un peu plus de deux mille ans, Jésus est mort pour nos péchés et Paradox Part 1 était une marche à travers une chaîne d’événements depuis en gros l’an zéro jusqu'à 1997 pour réaliser qu’il s’est offert en sacrifice pour rien car les gens n'ont jamais changé. Les choses restent comme elles sont, les conflits et toutes ces choses. Sur le second Paradox, j’ai placé les choses dans une perspective un peu différente parce qu’à cause des intérêts des hommes, ces dernières années, nous avons connu de plus en plus de guerres, particulièrement en Europe, comme si deux civilisations avaient des trajectoires vouées à la collision (ndlr : Collision Course), les Chrétiens et les Musulmans, des guerres et des conflits ici et là. Ca m'a rendu perplexe, alors quand je me suis demandé pourquoi tout ça a commencé, j’ai réalisé que la plupart de ces choses n’ont pas de rapport avec la religion en elle-même mais beaucoup plus avec la représentation physique qui a été accordée à la religion. A partir du moment où l’on construit une église ou où l’on peint la première icône, alors tout commence : « mon dieu est meilleur que ton dieu, mon église est meilleure que la tienne » et les guerres commencent. On repart donc de l’histoire là où on l’a laissée à la fin du premier Paradox, de la toute première seconde quand la toute première pierre, qui sera la fondation d’une nouvelle église pour quelque religion que ça soit, a été posée et à ce moment là le conflit en question démarre. Ensuite on va d’événements en évènements jusqu’à aujourd’hui où quasiment le monde entier est en conflit et tout cela à cause non pas des religions mais simplement de ce qui l’entoure.

Cosmic Camel Clash : Dirais-tu que Collision Course est un album optimiste ou pessimiste ?

Andre Andersen : Collision Course pose une question. C’est comme une observation, un reportage d’une certaine façon. On voit tout ce qui se passe, si on retourne aux tous premiers instants de la chrétienté, les premières croisades, les premiers missionnaires en Amérique du Sud, puis on passe aux conflits aux États-Unis, celui en Irlande du Nord que l'on a vu se dérouler depuis des années et des années... jusqu'à aujourd'hui. C’est comme un reportage de ce qu’il se passe. Donc au final il ne s'agit toujours que d'un gros point d'interrogation. L’histoire se répète elle-même, les Chrétiens ont fait beaucoup d’erreurs, surtout si l’on regarde il y a mille ans et maintenant, c’est comme si ça recommençait de l’autre côté du monde. Comme on dit, les gens intelligents apprennent de leurs erreurs, les gens stupides, jamais. Nous aurions dû apprendre de l’histoire qu’il n’y a absolument aucun moyen qu’une religion ou une idée puisse dominer le monde entier. C’est impossible, et pourtant certains essayent encore.
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Cosmic Camel Clash : Et personnellement, penses-tu qu’il y ait un moyen d’éviter la collision ?

Andre Andersen : C’est difficile de répondre. Les guerres vont continuer encore et encore et la seule chose qui peut en réalité prévaloir à mon avis, c’est que les gens commencent à mûrir. Si on prend par exemple les Musulmans, beaucoup d’enfants grandissent aujourd'hui dans le monde occidental, qui est beaucoup plus moderne. Il y a peut-être ça, il y a peut-être la façon de vivre, la démocratie et tout le reste car ce régime fait consensus... Donc tout ce qu'on peut espérer c'est que la nouvelle génération sera plus intelligente, et c’est la seule façon d’éviter les conflits en fait.

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Cosmic Camel Clash : As-tu une opinion quant à l’engouement pour les « suites » (Operation Mindcrime pt 2, Metropolis pt 2, Land Of The Free 2…) ?

Andre Andersen : Honnêtement, non. C’était bizarre, parce que quand j’ai commencé à écrire ce Paradox 2, les gens disaient « hey tu sais, c’est comme Queensryche et leur suite » et tu ne peux pas le cacher. J’avais un album en main qui sonnait comme un Paradox 2… nous aurions pu l’appeler autrement, les gens l’auraient écouté quand même… mais c’aurait été ridicule. Il est comme il est, alors on le sort comme ça. Je ne sais pas pourquoi c’est arrivé, pourquoi soudainement ces dernières années beaucoup de suites sont sorties d'un coup, et je ne peux pas l’expliquer. Peut être une sorte de nostalgie… c’est la seule explication que j’ai. Quand on y pense, si on se focalise sur Royal Hunt et le premier Paradox, on retourne en 1997 où Internet n’avait pas autant d’influence. Tous les gens qui ont écouté cet album le possédaient physiquement, ils avaient le CD. Aujourd’hui, les kids ont des milliers d’albums sur leur ordinateur, c’est une musique sans âme, on ne peut pas la tenir dans la main. C’est en cela que ça ressemble d’une certaine manière à une espèce de nostalgie…c’est la seule explication que je saurais donner.



...la suite ici.



Questions / traduction : Lucificum (beaucoup) & CCC (un peu)
Traduction / transcription : Lucificum
Mise en forme : Lucificum
Correction : Flower King




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