Cavalera Conspiracy

Entretien avec Max Cavalera (chant+guitare), Iggor Cavalera (batterie) : suite et fin - le 10 janvier 2008

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




Cavalera_Conspiracy_20080110

Suite et fin de la très longue conférence de presse des frères Cavalera, toujours en partenariat avec nos confrères de Destination Rock (site ici). Après une première moitié consacrée à la nature du projet (première partie ici), cette partie de l'entretien se focalise sur les conditions d'enregistrement, ainsi que sur le visuel et le clip tiré de l'album.


Joe chante sur une chanson, comme cela s'est-il fait ?

Max : Tu veux la vraie version ou la version cool (rires) ? La version cool c'est « ouais mec, trop bien, fais-le, ce serait super... » mais non. La vraie version c'est « Mec, j'ai besoin d'aide, je suis fatigué, je ne veux pas me répéter ». Joe est chanteur donc je lui ai juste dit « chante », nous sommes un groupe ouvert. Mais il ne se sentait pas super à l'aise pour enregistrer dans notre studio donc je lui ai dit de rentrer en France et d'enregistrer là-bas, là où il ne serait pas stressé. Je pense que le chant mérite un traitement plus personnel que les guitares ou le reste du groupe, ça m'arrive souvent d'enregistrer le chant seul. J'ai donc dit à Joe « Fais ça en France, va dans ton studio, l'endroit où tu enregistres, et fais tes voix là-bas ». C'est ce qu'il a fait, et c'était la meilleure chose à faire.

Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Rex Brown de Down et Pantera ?

Max : Rex est un vieil ami que je me suis fait quand nous tournions avec Pantera. Je pense qu'il était très content de participer au truc, c'est tombé de nulle part. Je lui ai juste passé un coup de fil en lui disant « Salut Rex, je suis à L.A., j'enregistre un album avec mon frère, est-ce que tu voudrais poser de la basse dessus ? » et il m'a répondu qu'il arrivait de suite. Il venait de finir l'album de Down et ça a été super. Il lui a fallu une heure pour enregistrer toutes ses parties et le reste du temps nous avons juste parlé. Il nous a raconté des ragots concernant Phil bourré en avion qui s'endort sur des passagers en première classe, ce genre de choses (rires). Nous nous sommes donné des nouvelles, c'était bien... depuis le début nous avons toujours travaillé avec des guests, avant même que ça devienne une pratique populaire. Nous avions des guests sur nos albums de death metal des débuts. Peut-être que c'est juste un truc de Brésilien, nous aimons les gens. En tous cas Rex a vraiment posé d'excellentes parties de basse sur la chanson "Ultra-Violent".
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Ton beau-fils Ritchie Cavalera est invité sur l'album. Penses-tu que son groupe Incite prend une importance grandissante dans ton univers musical et que ça va s'amplifier, ou que ça restera de temps en temps ?

Max : De temps en temps... j'aime inviter des gens... mais dans le cas d'Incite c'est très spécifique car Ritchie fait partie de ma famille. L'inviter sur une chanson en tant que guest ça va, mais sinon je pense qu'il a besoin de souffrir (rires) ... d'en chier pour monter son groupe, comme ça a été le cas pour nous. Donc à part ça je ne m'occupe pas vraiment de ce qu'ils font, je pense que Ritchie doit s'en sortir par lui-même car c'est ce par quoi nous sommes passés. Si on ne passe pas par là on ne connaît pas la valeur d'être un groupe. Beaucoup de groupes aujourd'hui ont tout servi sur un plateau... Quand nous avons tourné aux States pour la première fois nous avions un van, et c'était le luxe ultime. Nous nous disions « si seulement nous avions un van pour tourner au Brésil ! ». Donc Ritchie doit apprendre à se tenir debout sans aide.

Tu as tourné un clip il y a peu à Paris, peux-tu nous en parler un peu plus ?

Max : C'est vraiment le truc d'Iggor. Il a géré tout l'aspect visuel, y compris la pochette de l'album. Je suis très heureux qu'il fasse ça car nous travaillions de cette manière par le passé. Donc je vais le laisser expliquer.

Iggor : En fait nous avions cette idée avec Max dont nous parlions depuis longtemps, de comment nous voulions présenter l'artwork de Cavalera Conspiracy. J'ai des amis à Paris, ce collectif d'artistes qui fait des vidéos. Ce sont de bons amis à moi, et de très gros fans de Sepultura donc ils m'ont demandé si ça m'intéresserait qu'ils travaillent sur cet album. C'était un travail complètement différent de ce qu'ils faisaient d'habitude mais ils ont vraiment compris la démarche et ils étaient vraiment fans. Nous avons travaillé pendant deux jours pour tourner la vidéo ici, à Paris, et en même temps nous avons réalisé le packaging de l'album. Donc tout ça va constituer un concept visuel. Il n'y a pas de concept dans toutes les parties de l'album, mais en ce qui concerne le visuel je voulais vraiment que tout soit lié. Je voulais que le clip soit comme un film, et pour l'instant tout ce que nous avons pu voir est vraiment impressionnant, ça va être très excitant de voir le résultat final. Ils sont en train de travailler dessus pendant que nous parlons... nous avons fait ça par le passé avec Michael Welan qui a réalisé pas mal d'artworks pour Sepultura. Nous aimons qu'un processus d'échange d'idées se mette en place, et nous revoilà aujourd'hui avec cette même démarche.

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Max : Oui, mais c'est complètement différent de quoi que ce soit que nous ayons fait auparavant, et j'adore ça. C'est génial, le clip est fait en même temps que la pochette... tout est lié, et en même temps nous apportons la touche finale à l'album, c'est comme si la totalité de l'opération s'était déplacée en France (rires). Ça se passe ici, maintenant, et c'est la dernière étape avant que Roadrunner ne prenne le tout et ne le mette en bacs. C'est vraiment, vraiment cool, ça n'avait pas été planifié et au final ça n'aurait pas pu être mieux réglé. Le clip ressemble vraiment à un film, nous l'avons tourné dans un endroit terrible, ça ressemble à une grosse production... mais avec une attitude punk-rock en même temps. J'ai demandé au réalisateur si je devais mettre un T-shirt différent ou un truc du genre... et il m'a répondu « Ben non, sois toi-même, je suis là pour te capturer comme tu es ». Ça m'a beaucoup plu : très peu de réalisateurs auraient eu cette démarche, la plupart essayent de te transformer, de te faire porter une chemise rose (rires)... là c'était complètement différent, j'ai vraiment adoré ça et je suis super impatient de voir le résultat, je sens que ça va être énorme. C'est un collectif artistique, ils font beaucoup de choses différentes comme des visuels, des films... et le plus cool c'est que la totalité du crew était fan, du preneur de son à la maquilleuse... ils veulent tous voir le clip.

PhotoC'est votre premier album enregistré ensemble depuis 1996. Avez-vous remarqué une évolution dans le jeu de l'autre ou est-ce que c'était juste comme avant ?

Max : Je suis très mauvais pour jouer aux comparaisons, j'ai déjà beaucoup de mal à garder la trace du temps. Hier j'avais même oublié mon âge, j'ai dû demander si je n'avais pas déjà quarante ans alors que j'en ai trente-huit. Le temps passe juste follement vite, ces dix dernières années ont été cinglées... et j'ai l'impression que j'essaye de ne pas me le représenter mentalement histoire de ne pas péter un plomb et angoisser face à ce constat. Ça a influencé l'album : je ne me suis pas dit « la dernière fois que je l'ai vu c'était il y a dix ans », car si je l'avais fait j'aurais été pétrifié en studio par ce genre de statistique.


Je ne parlais pas tellement du délai écoulé mais plus du jeu de chacun...

Max : Jouer ensemble c'est comme faire du vélo : ça ne s'oublie jamais. Une fois qu'on joue ensemble il n'y a pas besoin de mots, il n'y a même pas besoin de compter jusqu'à quatre avant de se lancer : on se regarde et "BAM !", la chanson part. D'ailleurs c'était trop rapide pour les deux autres, Marc et Joe avaient du mal à nous suivre Iggor et moi mais c'était fun car ils ont beaucoup appris sur la manière dont nous travaillons.

Iggor : Max et moi travaillons sans avoir besoin de beaucoup parler. Nous nous jetons un regard, nous savons si c'était bien ou pas, et nous continuons ou nous nous arrêtons. Donc d'une certaine manière ils devaient nous courir après. Mais je pense que pour répondre à ta question, il est sûr que nous nous étions développés en tant que musiciens car nous n'avions pas cessé de jouer. C'est une chose naturelle, surtout pour Max et moi qui avons toujours tenté d'avancer et n'avons jamais tenté de capitaliser sur nos acquis et refaire la même chose. Donc bien sûr nous nous sommes rendu compte que nous avions changé, mais c'est quelque chose de très positif pour moi car nous connaissons plus de trucs. Comment jouer plus vite, comment... au final je me rappelle que j'étais un peu sceptique car je n'avais pas joué de trucs rapides depuis longtemps et j'avais peur de m'être rouillé, mais dès le premier jour de jam en studio j'ai eu l'impression d'avoir quatorze ans. C'était si fun : pas de pression, je n'étais pas nerveux... je l'ai été la première fois que nous avons rejoué ensemble lors du show au Benefit Day, là je ne pouvais pas tenir mes baguettes. L'émotion était trop forte... mais en studio les vibrations étaient vraiment similaires à celles de quand nous étions gosses et que nous jammions.

Max : Sur les chansons rapides Iggor et moi étions lancés et Marc et Joe s'arrêtaient car ils ne pouvaient pas suivre (rires). Lui et moi finissions la chanson... moi je pouvais continuer car j'ai juste besoin de la batterie. Mais c'était cool, l'enregistrement a été un de mes préférés car avant il y avait toutes ces merdes, tous ces trucs qui n'avaient rien à voir avec l'enregistrement du disque mais finissaient dessus quand même. Heureusement on apprend avec le temps, au fil des albums, on ne fait plus ce genre d'erreur... cette fois-ci il n'y avait que l'enregistrement qui comptait et c'était super. Et à partir de maintenant je veux toujours enregistrer comme ça !Photo


Iggor : Max a pointé du doigt un truc très spécial : quand nous sommes entrés en studio nous n'entendions personne se plaindre de leur chambre d'hôtel, etc... d'habitude ça arrive, les vibrations de l'enregistement sont perturbées par des causes extérieures qui n'ont rien à voir mais affectent tout le monde et plombent l'ambiance. Mais là nous sommes entrés dans le studio et tout le monde était en mode « Okay, faisons-le ». Jouer, puis se détendre...

Max : En tant que musicien, qu'artiste... il faut être capable de visualiser que les problèmes style ton hôtel, etc... sont vraiment insignifiants par rapport à ce que tu es en train de faire et ne devraient vraiment pas poser de problème. Et une fois ce stade franchi, on peut enregistrer. Là nous n'avons jamais eu à mentionner ce fait et à dire aux gens « Mec, ne parle pas de ce genre de connerie ». Ça n'a pas été nécessaire. J'aimerais vraiment que tous mes enregistrements à venir se passent comme ça car ça permet de se concentrer sur la musique, et c'est mieux.


Crédits photo : www.myspace.com/cavaleraconspiracy


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