Avantasia

Entretien avec Tobias Sammet (chant+basse) - le 04 décembre 2007

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Cosmic Camel Clash

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Dupinguez

Une interview de




Avantasia_20071204

En cette soirée hivernale où nous nous rencontrons, Tobias Sammet est complètement crevé. L'homme a donné des interviews toute la journée pour promouvoir le nouvel Avantasia The Scarecrow (chronique ici) et on le sent à la lutte... mais sa bonhommie et sa sympathie naturelles se révèleront les plus fortes. Le chanteur allemand devenu aujourd'hui un acteur-clé de la scène heavy-metal européenne fera ainsi des efforts visibles pour répondre aux questions le mieux possible, ce qui vu son niveau de fatigue inspire forcément le respect... surtout qu'au final il se sera même un peu plus lâché qu'à l'habitude. Moteur!


Cosmic Camel Clash : Tu es aujourd'hui le gardien de secrets que l'humanité entière cherche à découvrir, donc réponds franchement... que ressent-on quand on meurt ?

Tobias Sammet : Ben tu sais, il faut s'y habituer... c'est quelque chose de différent, mais l'aspect le plus triste là-dedans n'est pas vraiment d'être mort. Le côté vraiment injuste, c'est que quand on meurt on devrait en être informé personnellement au lieu de l'apprendre sur Internet. Ca a été dur pour moi de me faire à l'idée que j'étais mort en l'ayant appris de cette manière, j'aurais vraiment voulu le découvrir par moi-même. Mais ça ne fait pas vraiment mal en fait... je suis mort mais je me sens bien.

Cosmic Camel Clash : The Scarecrow a un feeling assez hard rock, alors que les deux albums précédents d'Avantasia étaient plus orientés vers un power-metal mélodique. Tu l'avais prévu comme ça ou est-ce arrivé par hasard ?

Tobias Sammet : C'est arrivé par hasard, vraiment... et je pense qu'il reste beaucoup d'éléments métal dedans, à mon avis ça reste un album de métal. Je pense que la grosse différence est que nous avons inconsciemment inclus beaucoup plus de variété. Ce n'est pas que nous avions prévu de le faire différemment cette fois-ci, de changer des choses exprès... c'est juste arrivé naturellement. C'est peut-être lié au fait que j'ai plus confiance en moi désormais. J'avais déjà confiance en moi avant, mais maintenant je suis suffisamment détendu pour oser explorer de nouveaux styles et les inclure dans notre métal, sans me soucier des éventuelles critiques que je vais manger ou pas à cause de ça.

Cosmic Camel Clash : Comment as-tu obtenu la collaboration de légendes du hard-rock tels qu'Alice Cooper, Eric Singer ou Bob Catley ?

Tobias Sammet : Bob Catley et Eric Singer sont des amis à moi depuis longtemps... je connais Eric depuis sept ou huit ans maintenant donc ça n'a pas été très dur de le convaincre : je lui ai demandé et il a dit oui (rires). Ça a été dur de trouver une plage libre dans son emploi du temps par contre... et il a contacté Alice Cooper pour moi. C'est comme ça que nous avons pu l'avoir : Alice Cooper ne me connaissait pas, il ne connaissait pas ma musique... mais Eric Singer étant son batteur il est allé le voir et lui a demandé s'il imaginait pouvoir enregistrer une chanson pour un de ses amis... et Alice l'a fait.
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Cosmic Camel Clash : Eric l'a fait spontanément ou tu lui as demandé de le faire ?

Tobias Sammet : Je crois que c'est moi qui lui ai demandé de le faire... je ne sais plus comment c'est venu dans la conversation en fait, j'ai juste dit à un moment « tu pourrais demander à Alice Cooper si ça l'intéresserait ». L'idée d'utiliser Alice Cooper est apparue très tôt durant la production en fait. En fait quand nous avons commencé à travailler ensemble nous n'avions aucune idée de ce à quoi l'album allait ressembler. Nous avions l'histoire, quelques noms de personnes qui étaient des choix évidents... mais quand nous avons évoqué Alice Cooper pour la première fois le casting de l'album n'était pas défini. Nous en étions uniquement à l'enregistrement de la batterie et c'était en décembre 2006, il y a un an.

Cosmic Camel Clash : Pas mal de gens ont détecté ce virage vers le hard rock dès l'album Rocket Ride d'Edguy (chronique ici) sorti en 2006. Penses-tu continuer sur cette voie avec Edguy ?

Tobias Sammet : Difficile à dire... j'aime n'avoir aucune limite, donc quand le processus d'écriture pour le prochain album commencera nous verrons si nous ressentons ce type de besoin. Si nous avons l'impression que ce serait cool de continuer sur cette voie et si nous avons des idées de chansons dans ce sens nous le ferons... Je pense qu'il ne faut jamais chercher à trop forcer ou pousser les choses, il faut faire avec ce qui sort. Je suis toujours un fan de métal : j'aime Maiden, j'aime Helloween, j'aime Dio... mais j'aime aussi Journey, Bon Jovi, Def Leppard, Magnum, etc. J'aime toutes ces choses et selon l'humeur du moment ça se reflète plus ou moins sur les chansons que j'écris. Donc de mon point de vue il n'y a pas d'éloignement depuis le métal vers le hard rock ou le classic rock ... même sur Rocket Ride et tout spécialement sur The Scarecrow je considère qu'il y a beaucoup d'éléments de heavy-metal traditionnel et puissant. C'est juste que la manière dont nous les avons arrangés est un peu plus courageuse et mûre. Ce qui est sûr c'est que nous continuerons à faire ce que nous voulons et à écrire selon ce que nous ressentons : nous n'incluerons jamais de chansons typées speed-metal parce que les fans ou le label japonais l'auraient demandé. Nous allons juste continuer à écrire des albums variés et prendre plaisir à les jouer... qu'il s'agisse d'albums avec dix chansons speed ou dix ballades. Nous ferons selon nos désirs.

PhotoCosmic Camel Clash : Une des différences principales entre Edguy et Avantasia est que l'humour propre à ton groupe principal (que ce soit sur album ou sur scène) est absent de tes projets collectifs. Comment cela se fait-il?

Tobias Sammet : C'est parce qu'avec Avantasia il y a un concept, je raconte une histoire. Même si la vie privée de Stephen King est très marrante ça n'aurait aucun sens de trouver de l'humour dans ses livres. Idem pour des films d'horreur, des films tragiques ou bien des films d'amour romantiques... sauf s'il s'agit d'une parodie à la Hot Shots (rires). Je vois mon album comme une histoire conceptuelle liée à une humeur particulière et traitant de sujets précis, qui sont intimement liés à l'histoire comme à des choses personnelles... donc je ne voulais pas y ajouter des blagues : ça n'aurait pas collé, ce n'était pas la chose à faire.


Cosmic Camel Clash : Et penses-tu écrire un jour une histoire humoristique ? Ressens-tu un besoin de ce côté-là ?

Tobias Sammet : Non, ma vie est très marrante, je n'ai pas besoin d'un catalyseur pour exprimer plus d'humour... je suis déjà là-dedans 99% du temps (rires) !

Cosmic Camel Clash : Cet été tu as connu une expérience très négative au Hellfest avec Edguy : tu as vu ton show coupé après quatre ou cinq chansons. Beaucoup de rumeurs ont circulé sur la cause de cet incident, sais-tu personnellement ce qui s'est vraiment passé ? Est-tu toujours en colère aujourd'hui ?

Tobias Sammet : Bien sûr que je le suis, personne ne mérite ça. Les fans ne méritaient pas ça et je pense que nous ne le méritions pas non plus. Et nous ne faisons en général pas de trucs comme crier sur scène et insulter un festival : ce n'est pas mon genre, je n'offense jamais les gens en public. Mais nous avions passé un temps fou à côté de la scène : nous attendions, nous attendions, nous attendions, et nous n'avions pas l'autorisation de commencer le concert. Nous avons attendu, et attendu... et nous avons enfin été autorisés à monter sur scène près d'une demi-heure plus tard. Nous étions en retard sur l'horaire sans aucune raison. Et après avoir joué vingt minutes j'ai vu Megadeth monter sur scène et commencer à jouer. Puis j'ai vu le technicien de scène - qui ne parlait pas un mot d'anglais - faire de grands gestes et j'ai entendu des gens parler dans le retour micro sans rien comprendre. Et je me suis dit « Ça ne peut pas fonctionner comme ça. ». Ca n'avait aucun sens : tu ne sais pas si tu dois continuer à jouer vu qu'un autre groupe joue sur la scène d'en face, et il y a ce type qui veut visiblement arrêter ton show et parle dans ton retour micro... je me suis dit « Okay, on arrête, j'abandonne, vous avez gagné, bye bye. ». C'est quelque chose que personne ne veut faire mais nous n'avions pas le choix, continuer n'aurait eu aucun sens. Les gens me voient rarement me mettre en colère, mais là j'étais vraiment furieux. Je ne prends pas l'avion pour la France pour jouer vingt minutes. Je ne me lève pas le matin pour me rendre à l'aéroport, attendre l'avion, le prendre, atterir (tente de se rappeler où il avait atterri, en vain), passer ensuite une ou deux heures sur la route en plus... pour ensuite monter sur scène et ne jouer que vingt minutes. Ça n'a aucun sens, en plus il y avait des fans qui étaient venus nous voir et qui ont eu un show de merde parce que l'organisation était pourrie. Et ça n'avait rien à voir avec le mauvais temps, si c'est la rumeur qui circule.

Cosmic Camel Clash : C'est l'explication officielle, celle que nous ont donnée les organisateurs... il y a aussi eu une rumeur disant que Dave Mustaine ne voulait pas qu'un autre groupe joue en même temps que le sien. Mais en fait personne ne sait, c'est pour ça que j'espérais avoir tes lumières...

Tobias Sammet : Je ne sais rien concernant Dave Mustaine, je ne peux pas lui faire porter le chapeau. Et ce n'est pas une histoire de mauvais temps : bien sûr j'étais blasé par le fait que tout soit si sale, mais je n'en voulais pas à l'organisation, j'en voulais à Dieu (rires). Ça n'a rien à voir avec la sauce, ils nous ont juste coupé le sifflet d'une manière très irrespectueuse pour nous et pour le public.

Cosmic Camel Clash : Et vous n'avez eu aucune explication ensuite ?

Tobias Sammet : Non, personne ne nous a parlé.

Cosmic Camel Clash : Vous allez revenir en France quand même, hein ?

Tobias Sammet : Bien sûr (rires) ! Le Hellfest est la seule expérience négative que nous avons connue chez vous.
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Cosmic Camel Clash : Cool. Avantasia va être tête d'affiche du Wacken 2008. Comment diable allez-vous organiser tout ça, rassembler tous les guests ? Ça doit être un cauchemar...

Tobias Sammet : Ca sera un cauchemar, j'en suis à peu près sûr (rires) ! Nous n'allons pas venir avec tous les invités présents sur l'album, mais nous allons avoir un ensemble assez conséquent de toutes façons. Donc oui ça va être beaucoup de boulot... mais si c'était facile tout le monde le ferait et je veux être le premier à le faire. Tu sais, si on veut écrire l'histoire il faut faire quelque chose d'assez exigeant (rires). Je suis impatient de monter sur scène accompagné d'amis avec qui je ne partage pas la scène d'habitude, et ça va être beaucoup de fun pour nous tous.

Cosmic Camel Clash : Tu as prévu d'autres concerts ?

Tobias Sammet : Oui, nous allons donner quelques concerts durant l'été 2008 : nous serons tête d'affiche aux Monsters Of Rock... je pense qu'il y aura entre cinq et dix concerts en tout. Nous allons définir dans quels pays ils vont avoir lieu... nous voulons jouer en tête d'affiche à cause de toute la production embarquée, et il doit y avoir une certaine offre de la part des organisateurs car sinon ça coûterait trop cher et je ne veux pas perdre de l'argent en le faisant. Mais nous sommes ouverts à toute proposition, donc nous verrons bien ce qui se passera.

Cosmic Camel Clash : Tout ça sent le DVD live non ?

Tobias Sammet : Je ne sais pas. On me l'a demandé plusieurs fois mais en fait je n'y ai pas encore pensé. Déjà nous devons être très bons et offrir une excellente performance, qui vaille le coup d'être filmée et distribuée. Donc nous ne considèrerons l'option de sortir un DVD qu'une fois que nous serons sûr que nous tenons un super show!

PhotoCosmic Camel Clash : Tu es un des très rares musiciens qui peut convaincre Michael Kiske (ex-Helloween) de chanter sur un album de métal aujourd'hui. Vu tous les propos négatifs qu'il a tenus sur ce genre, toutes les fois où il a affirmé ne plus vouloir y être associé... comment se fait-il qu'il fasse pour toi ce qu'il refuse de faire pour qui que ce soit d'autre ?

Tobias Sammet : C'est difficile à dire pour moi, car honnêtement je n'ai pas besoin de le convaincre. Nous avons juste beaucoup de respect l'un pour l'autre et je pense qu'il perçoit la musique que je joue et que j'écris comme n'étant pas du métal typique, bête et méchant. Il y trouve plus de choses, plus d'art que dans d'autres choses j'imagine... Nous nous respectons beaucoup, nous nous entendons très bien... il ne m'a jamais menacé de ne pas accepter... Je n'ai pas besoin de le convaincre, je ne sais pas pourquoi il le fait, je pense que c'est juste parce que chacun de nous respecte l'oeuvre de l'autre. Et Michael ne pense pas que tout est mauvais dans le heavy-metal, c'est l'intolérance présente dans la scène métal qui le gonfle... et si tu écoutes "Lost In Space" tu peux voir à quel point je suis tolérant (rires) ! Je pense abolir des barrières avec ma musique quand j'écris telle chanson heavy, puis telle chanson soft, puis telle chanson rentre-dedans tout en ne me souciant pas de la demande des gens... ce qui de fait de ma production de l'Art réel. Je pense que c'est ce qui lui plaît et ce qui le motive pour accepter mes invitations et chanter sur mes albums.


Cosmic Camel Clash : Il y a un autre artiste qui est réputé pour rassembler des guests métal prestigieux sur ses projets... je parle d'Arjen Lucassen d'Ayreon. Tu connais son travail ?

Tobias Sammet : Euh... je connais un peu ses premiers albums, mais je ne connais pas plus que ça en fait. Ce que j'avais écouté était bon je crois, mais je ne m'en rappelle pas vraiment... si ça avait été mauvais je m'en serais souvenu ! Donc je pense qu'il est un bon songwriter, et je crois savoir qu'il s'agit d'une personne très artistique également, très protecteur quand il s'agit de son art. Dans mes souvenirs il ne s'agissait pas de musique simpliste mais au contraire d'un truc assez spécial et très compliqué. Je ne sais pas si c'est similaire et je ne peux pas trop en dire plus vu que je ne connais pas des masses... que dire? Je lui souhaite le meilleur (rires). Je crois que nous avons des guests en commun, Bob Catley et Jorn Lande... et que son nouvel album sort en même temps que le mien (ndCCC : à trois jours d'intervalle en fait).

Cosmic Camel Clash : Tu viens d'évoquer l'importance pour toi de briser des barrières... que répondrais-tu à tous ceux qui affirment qu'il est impossible d'apporter de la nouveauté dans le heavy-metal aujourd'hui car le genre est mort ?

Tobias Sammet : Je pense que c'est un cercle vicieux : certains disent que ça n'a pas de sens d'apporter de nouveaux éléments car le genre est mort ; je dis que le genre est mort car certains n'ont pas eu le courage d'y apporter de nouveaux éléments. Bien sûr on ne peut pas réinventer la roue et ce n'est pas mon objectif de réinventer quoi que ce soit... je veux juste rendre tout ça excitant, intéressant et surtout honnête. Et je pense que si on a cette envie de mêler différents styles, on s'en fout de se faire descendre à cause de ça. On m'a attaqué là-dessus, sur le fait d'avoir sorti un titre comme "Lost In Space"... quelles que soient les critiques, si tu penses pouvoir faire quelque chose de bien pour le heavy-metal, fais-le ! Fais ce que tu dois, ne t'occupe pas des attentes et contente-toi de faire ce en quoi tu crois et d'être fidèle à toi-même. Tous les artistes de hard rock et de heavy-metal clament qu'il s'agit d'une musique de gens sincères, mais d'après moi 98% de ces groupes... enfin, je ne peux pas établir un pourcentage, donc disons que beaucoup de ces groupes ont peur de faire ce en quoi ils croient vraiment. Ils font exactement ce qu'ils craignent d'être accusés de faire : ils ont peur d'être traités de vendus s'ils faisaient quelque chose de nouveau. Donc au lieu de se vendre aux media, ils se vendent au fans hardcore car ils ont peur de les perdre. Et ce n'est pas honnête, et c'est la raison pour laquelle tout ça tourne tellement en rond tout le temps, avec des groupes qui réenregistrent leurs vieux albums, « retour aux racines, on sort Mandrake pt.7... ». Les gens devraient vivre dans le présent et oser faire ce en quoi ils croient au lieu de se répéter afin de ne pas perdre trop de fans.


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