Marillion

Entretien avec Pete Trewavas (basse) - le 13 décembre 2007

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Aurelsan

Une interview de




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Marillion a sorti Somewhere Else (chronique ici) depuis plusieurs mois maintenant, donnant suite à un Marbles encensé par la quasi-totalité de la presse et du public et considéré par beaucoup comme l'album du retour. Pas facile d'enchaîner après un disque vu par tant comme la première oeuvre majeure du groupe depuis Brave... mais la formation britannique ne s'est pas laissée intimider, à l'image d'un Pete Trewavas détendu et sympathique qui nous a confié bien des choses. Entretien.


Aurelsan : Pete, tu es dans Marillion depuis 1982, mes 2 premières questions seraient de te demander ce que tu attends de Marillion ? Et ensuite ce que Marillion attend de toi ?

Pete Trewavas : Oh mon dieu ! J’attends de Marillion… en fait je suis dans une position assez confortable parce que je peux faire ce que j’ai envie d’être ou de faire. Musicalement je suis complètement libre comme nous tous dans le groupe, alors je peux seulement espérer que tout ça continue. Juste être un musicien complètement libre… si je veux jouer du dub, de la pop, du progressif, n’importe quoi d’autre, on s’arrange pour essayer de coller aux envies de chacun. Ce qui est très bon parce que c’est une mentalité très sage que nous avons su développer au fil des années. Et ce que Marillion attend de moi… voyons ! Je suppose que ce que Marillion attend de moi… du travail dur, intéressant et peu commun, parfois flamboyant. Le truc à propos de Marillion, c’est que nous nous y consacrons à plein temps. Nous avons notre propre studio, c’est un peu comme une éponge. Plus je passe du temps à travailler pour le groupe et plus on m’en demande. Pour résumer, c’est 100% d’engagement et 10% de vie personnelle… C’est une question intéressante, on ne me l’avait jamais posée avant (rires). C’est incroyable… très bien.

Aurelsan : Passons alors à une question plus facile. Avec un peu de recul, penses-tu que Somewhere Else qui est sorti il y a maintenant près de 8 mois a eu autant de succès que Marbles ?

Pete Trewavas : Marbles a eu énormément de succès pour plein de raisons différentes et à cause de ça, tout le monde nous attendait avec Somewhere Else. On le savait et c’est pourquoi nous avons pensé faire différemment avec Somewhere Else. Nous n’avons pas fait de pré-ventes par exemple, ce que nos fans aiment pourtant. Nous avons fait deux précédents albums (Anoraknophobia et Marbles) que nous avons vendus avant qu’ils ne soient enregistrés. C’était en quelque sorte demander aux gens de nous accorder leur confiance et l’argent que ça a généré nous a permis d’enregistrer l’album. Personne d’autre n’avait fait ça avant et c’est plutôt intéressant. Avec Somewhere Else nous ne l’avons pas fait et certaines personnes ont été quelque peu déçues. Je pense que c’est quelque chose de tout à fait naturel surtout après un album comme Marbles. C’est très dur de rebondir après, tu sais c’était un projet énorme, plein de chansons, un double album… le succès était au rendez-vous, la campagne de pré-vente a soulevé énormément d’argent et cela a aussi permis de lever le voile sur le groupe. Nous étions dans les charts…

PhotoAurelsan : Pour Somewhere Else, les moyens mis dans la promotion ont été totalement différents ?

Pete Trewavas : Effectivement, donc on a tout de suite l’impression que c’est plus petit pourtant c’est un très bon album. Bizarrement les gens étaient assez réticents et lorsqu’ils viennent nous voir en concert, ça change du tout au tout. Il est vrai aussi que nous jouons certaines chansons bien mieux en live mais ça, ça vient surtout de la façon dont on écrit. On jamme ! Maintenant je crois que les fans comprennent mieux Somewhere Else, qu’ils l’aiment vraiment. Ce n’est pas Marbles et tout le monde l’accepte comme tel.

Aurelsan : On dit souvent dans l’industrie musicale que le succès d’un album est proportionnel aux moyens mis pour la promotion. Tu es d’accord avec ça ?

Pete Trewavas : Oui absolument et c’est quelque chose de vraiment contrariant. Un hit peut sembler être une super chanson alors que la plupart du temps pas du tout. Tu sais je joue parfois des chansons d’un type nommé Phil Campbell. Il a une voix magnifique, il écrit des chansons à tomber alors que personne n’a jamais entendu parler de lui. Le succès d’une chanson change sa valeur envers le public et c’est juste dû à une bonne promotion la plupart du temps.

Aurelsan : C’est en quelque sorte la dure loi de l’industrie de la musique ?

Pete Trewavas : Oui et ça empire à mon avis. On le voit venir depuis un bon moment, je suis dans le monde de la musique depuis pas mal de temps. L’histoire a montré que les groupes de rock font vendre, les maisons de disque ont besoin de ces groupes.

Aurelsan : Et donc quel est le secret de longévité de Marillion ?

Pete Trewavas : En fait je crois qu’on est très chanceux c’est une chose, ensuite on a énormément de respect les uns envers les autres. Nous sommes aussi tous des fans de musique c’est ce qui fait probablement la différence avec ce groupe. Si tu fais de la musique pour devenir célèbre, c’est bien et ça peut marcher mais si tu fais de la musique parce que tu aimes profondément ça alors tout sera plus facile. À travers toutes ces années, nous nous sommes débarrassés des managers, des agents, des majors… et on a tout fait nous-mêmes. On est dans le business depuis plus longtemps que n’importe quel agent ou maison de disque alors nous savons comment faire marcher notre affaire. On peut maintenant travailler du coté business aussi bien que du coté artistique, ce qui est sympa et plus intéressant pour nous. Tu contrôles ton destin de cette façon et ça te rend en plus très fier parce que tu l’as fait toi-même.

Aurelsan : Et es-tu intéressé par d’autres formes d’art ?

Pete Trewavas : Non je ne dirai pas vraiment que je le suis. C’est vraiment la musique qui l’intéresse et peut-être un peu la poésie.

Aurelsan : Tu en écris ?

Pete Trewavas : Non même pas. Je sais écrire un bon premier vers pour une chanson ou avoir une bonne idée de chanson mais je ne suis pas très à l’aise pour faire ça et je ne le fais pas pour Marillion. J’ai écrit quelques chansons pour moi que je n’ai encore jamais enregistrées. D’ailleurs je ne sais pas si j’aurai le temps un jour, d’autant plus que je suis un peu fainéant aussi. La musique est tout simplement mon premier amour.
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Aurelsan : Quel est ton meilleur souvenir dans Marillion ?

Pete Trewavas : Je peux t’en donner un ou deux. Je pense qu’avoir fait la première partie de Queen sur la tournée A Kind Of Magic était un truc monstrueux. Et l’autre serait quand nous avons joué à Rio de Janeiro, en 1991 il me semble. C’était énorme, un stade gigantesque, en plus aucun des membres du groupe n’était allé au Brésil avant, ça reste un souvenir fantastique.

Aurelsan : Tu as joué avec Fish (premier chanteur de Marillion), pensez-vous que vous pourrez le refaire ?

Pete Trewavas : Je ne pense pas non. J’ai prié des années pour que cela n’arrive pas parce que bon… on a des agendas différents et avec tout ce qu’on a construit avec Steve (Hogarth, chant), je pense que ce serait un pas en arrière de re-travailler avec lui. Cependant ce qui s’est passé en fait, c’est que dans la ville où je vis il y a une sorte de petite foire tous les étés et ils ont demandé à Fish de jouer sur la place du marché. C’est un concert gratuit pour tous et il nous a demandé si on voulait jouer avec lui une chanson écrite par un type de la ville. C’était une chanson qui parle de la place. Donc les autres ont pensé que c’est une bonne idée alors j’y suis allé parce que le reste du groupe allait le faire. Je pense que c’était bien d’une certaine façon, nous l’avons fait et cela a permis de se débarrasser de pas mal de choses entre Marillion et Fish et aussi parce que les fans le voulaient. Donc ça y est, on l’a fait pour une chanson, c’était ok mais je pense que c’était une meilleure pub pour lui que pour nous.

PhotoAurelsan : Tu as des griefs particuliers envers Fish ?

Pete Trewavas : Non, non pas du tout. Je pense juste qu’on a avancé, qu’on a fait du super boulot avec Steve. Le problème c’est quand Kayleigh s’est retrouvé dans les charts, Misplaced Childhood était un tel succès que cet album est devenu comme un instantané de ce que Marillion pouvait faire et c’est très difficile de dépasser çà. Tous les gens en Europe pensent encore de Marillion: « oh oui Fish, le chanteur ! C’est le groupe écossais… ». Bon voila ça fait 20 qu’il ne fait plus partie du groupe. C’est un peu frustrant pour nous parce que nous faisons toujours la même musique et c’est aussi un peu frustrant pour Steve. Donc maintenant je crois qu’on peut tourner la page.

Aurelsan : Parlons un peu des choses plus légères. Que peut-on trouver dans ta discographie ? Quel est le dernier album que tu aies acheté ?

Pete Trewavas : Le dernier album que j’ai acheté est celui de Radiohead.

Aurelsan : Ah ! Et combien tu en as donné ?

Pete Trewavas : Bon je ne peux pas mentir, je l’ai acheté 5£, c’est pas grand-chose en fait. Je pense que c’est une idée géniale, très innovante. Une fille au Canada l’a déjà fait, comme elle n’était pas vraiment connue, elle n’avait pas grand-chose à perdre et elle s’est rendue compte qu’en demandant aux gens de donner ce qu’ils avaient envie, elle recevait plus d’argent qu’en vendant simplement un cd. Pourquoi ça a marché avec Radiohead, je ne sais pas. Pas mal de monde en Angleterre l’ont acheté pour presque rien, il me semble que la moyenne est d’environ 48 pence, je ne sais pas combien ça fait en euros. Bon c’est typiquement anglais comme mentalité mais l’avantage avec ce système c’est que si tu penses que c’est le meilleur album qui soit, tu peux te sentir coupable et tu peux toujours retourner sur le site pour donner plus. Mais il y a un autre fait dont il faut tenir compte, c’est le téléchargement gratuit et ce que tu fais à l’industrie de la musique, ce qui est un sujet très intéressant. Rendre ta musique gratuite peut être très avantageux parce que tu la rends disponible pour tout le monde mais après tu dois décider comment tu en vis, si tu dois tourner plus, si tu dois en rendre seulement une partie gratuite. Je ne sais pas comment cela devrait fonctionner. Je suppose qu’on devra tous s’inscrire à des bases de données dans les années à venir. Les magasins de musique n’existeront tout simplement plus. J’ai d’ailleurs remarqué qu’en Angleterre, tous les magasins Virgin Megastore ont un nouveau nom. Je soupçonne une autre entreprise d’avoir tout racheté, mais impossible de le rappeler le nom.

Aurelsan : Pour en revenir à la question, qu’écoutes-tu ?

Pete Trewavas : Oh désolé, j’écoute plein de choses différentes allant de Johnny Mitchum, Paul Simon, les Beatles, un peu d’Asia, Bloc Party, Eminem, Keane, Muse, Enter-Shikari…

Aurelsan : Anti ??

Pete Trewavas : Oui Anti-Shikari, c’est un mélange de métal et de rave. Tu vois j’écoute de tout. J’aime évidemment aussi Coldplay , Radiohead. OK Computer est probablement un de mes albums préférés, c’est un super album progressif.

Aurelsan : Justement quel est selon toi l’avenir du prog ? Un nom ou deux à nous donner ?

Pete Trewavas : Porcupine Tree, ils deviennent de plus en plus importants.
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Aurelsan : Tiens donc, ils ont justement joué la semaine dernière à Paris.

Pete Trewavas : C’était bon ?

Aurelsan : Oh oui ! c’est toujours un super show.

Pete Trewavas : Oui je sais qu’ils ont fait une tournée fantastique, c’est sympa pour eux. Steven a travaillé avec nous dans le passé, il a mixé quelques trucs. Ce sont de bons amis, c’est bien, ils ont le succès qu’ils méritent. Ce que je voudrais voir à l’avenir, ce sont des groupes plus intelligents avec leur musique. Je pense qu’OK Computer était une bonne direction. Les groupes de progressif devraient faire ça au lieu de jouer constamment sous l’étiquette « prog ». Ils sonnent comme on s’attend à ce qu’ils sonnent.

Aurelsan : Tu travailles avec d’autres groupes en ce moment ?

Pete Trewavas : Oui je travaille avec un groupe nommé Kino qui a fait un album à l’heure actuelle, Johnny Mitchum aussi. Je travaille aussi avec un de mes très bons amis, ce sera plus jazzy. J’ai grandi en écoutant du jazz, mon père était un fan absolu, il avait tout du Hot Club de Paris : Django Reinhardt, Stéphane Grappelli… jusqu’au grands groupes comme Artie Shaw, Count Basie, Oscar Peterson… Tu sais, je peux trouver quelque chose de bon dans n’importe quel style de musique.


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