The CNK

Entretien avec Hreidmarr (chant) et Valnoir (basse) - le 23 novembre 2007

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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L'Hymne à la Joie (chronique ici) est une sacrée surprise de fin d'année : les ex-Count Nosferatu Kommando rebaptisés Cosa Nostra Klub ont su évoluer vers un métal martial, symphonique, massif et violent de toute beauté. Et cerise sur le gâteau, les membres du groupe développent un réel discours. D'où le fait que ce passionnant entretien vous soit restitué dans son intégralité malgré sa longueur : quand le fond est de qualité, on ne coupe pas ne serait-ce qu'une phrase. Appréciez.


Cosmic Camel Clash : Sur le forum de The CNK, vous décrivez votre rencontre comme un hasard, deux types bourrés qui tombent l'un sur l'autre dans un bar...

Valnoir : En gros ouais... nous étions passablement soûls... quoique pas trop en fait.

Hreidmarr : C'est pas vraiment un hasard en fait... (s'adressant à Valnoir) : tu connaissais déjà Jean-Seb...

Valnoir : Oui, je connaissais déjà Jean-Seb (Jean-Sébastien Ogilvy alias Heinrich Von B, guitariste et compositeur principal de The CNK), mais avec Hreidmarr nous ne nous étions jamais vraiment rencontrés et nous n'avions jamais vraiment parlé, je suis tombé sur lui un soir par hasard dans un débit de boissons parisien bien connu des aficionados. Donc nous avons commencé à parler et des collaborations se sont très rapidement mises en place à la suite de ça.

Hreidmarr : Je connaissais déjà son boulot au niveau graphique, je ne sais plus par rapport à quoi à l'époque d'ailleurs...

(les deux musiciens tentent de se rappeler de quoi il s'agissait, mais en vain)

Valnoir : Bref j'avais déja fait un ou deux boulots en tant que graphiste, et au départ nous avons commencé à collaborer de graphiste à musicien. C'était bien avant le September EP d'Anorexia Nervosa, pour le premier mini CD de Crack Ov Dawn (groupe ayant compté Hreidmarr au chant dans ses rangs sous le pseudo de Vinnie Valentine), en 2000 - 2001.

Hreidmarr : Il avait aussi collaboré à la pochette de Redemption Process d'Anorexia.

Cosmic Camel Clash : Valnoir, tu as exercé tes talents de graphiste pour beaucoup de groupes mais c'est la première fois que tu fais l'artwork d'un groupe dans lequel tu joues, non?

Valnoir : Oui! (se reprend) Euh en fait non ! J'ai été bassiste voire bassiste-chanteur dans moult formations globalement assez moisies dans le passé... des choses assez peu brillantes et prestigieuses que je passerai donc sous silence. Ca faisait d'ailleurs quatre ou cinq ans que je n'avais pas sérieusement joué dans un groupe, je n'avais que des projets... c'est donc la première fois que je joue sérieusement dans un groupe en étant graphiste sérieux (rires).
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Cosmic Camel Clash : Tu revendiques sur le site de ton studio Metastazis une indépendance totale de travail : les groupes doivent te faire confiance et ne pas interférer une fois le processus lancé (cliquez ici pour le texte). Ça ne doit pas marcher comme ça chez CNK, si?

Valnoir : Alors là c'est pas possible (rires) ! Le fait de ne pas être payé fait que les autres sont beaucoup plus chiants avec moi ! J'ai l'impression de faire partie de la tête et du corps en même temps, c'est bizarre... une certaine indépendance oui... mais vu que je fais partie de l'entité et que je travaille quand même avec les autres je suis obligé de les écouter aussi un peu quand même. C'est donc plus compliqué que de travailler pour un groupe indépendant, mais ça s'est quand même très bien passé hormis les prises de bec habituelles. Je suis assez content du résultat.

Hreidmarr : D'un autre côté, nous avons tous plus ou moins la même approche dans le groupe en ce qui concerne le design et l'artwork. S'il y a des conflits c'est vraiment sur des détails, globalement nous sommes tous d'accord sur le fond... (s'adressant à Valnoir) donc je pense qu'au final ça t'a permis aussi de faire ce que tu voulais et de te lâcher.

Valnoir : Oui, bien sûr. Globalement ça s'est bien passé, y'a pas eu de souci.

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Cosmic Camel Clash : Hreidmarr, quand tu t'es mis à jouer avec Valnoir est-ce que c'était évident pour toi que tu allais aussi exploiter ses compétences de graphiste ?

Valnoir : Ça faisait partie du deal à la base. C'est moi qui ai dit « ton projet m'intéresse, alors tu me prends comme bassiste et tu auras tous les artworks à l'oeil! » (rire général). C'est dit de façon un peu vulgaire mais en gros c'était ça.

Hreidmarr : De toutes façons le problème de CNK c'est que nous n'avions jamais pu vraiment faire ce que nous avions envie de faire car nous n'étions pas un vrai groupe jusqu'à présent. Nous n'étions toujours que deux et nous n'avions jamais trouvé les bonnes personnes. Donc le but était vraiment de trouver les personnes appropriées... nous avions déjà pensé à Valnoir pour l'artwork parce que ça tombait sous le sens et vu qu'en plus il était bassiste ça tombait bien ! Nous avions vraiment envie de bosser avec des gens que nous appréciions, d'avoir cet esprit de groupe, de gang. C'est ce qui nous manquait je pense.


Cosmic Camel Clash : Est-ce que le fait que L'Hymne à la Joie sorte aujourd'hui a été rendu possible par ton départ d'Anorexia Nervosa ou bien l'album était-il prévu à cette date de toutes façons?

Hreidmarr : Y'a un peu des deux. En fait la reformation de CNK est à mettre entre guillemets car le projet ne s'est jamais réellement arrêté. Nous avons souvent joué de malchance : notre label a coulé, nous n'avons pas rencontré les bonnes personnes... Il y a eu plein d'histoires de contexte qui ont fait que nous avons toujours été un peu bridés dans ce que nous voulions faire dans le passé. Quant à la volonté de faire cet album, nous avons commencé à travailler dessus avant que je ne parte d'Anorexia. Ce n'est pas du tout ce qui a conditionné mon départ d'Anorexia, c'était autre chose de très personnel par rapport au groupe. Il s'est juste trouvé que nous avons commencé à travailler là-dessus, et bien sûr une fois que je suis parti d'Anorexia ça a accéléré les choses. J'étais beaucoup plus libre et au niveau de mon emploi du temps c'était beaucoup plus simple. Tout ça s'est imbriqué.. ça a accéléré les choses mais c'est tout.

Cosmic Camel Clash : Ce qui vous attire le plus dans l'art totalitaire, est-ce le graphisme en lui-même ou le malaise qu'il provoque ?

Valnoir : Les deux sont liés de toute manière sinon c'est gratuit et ça n'a aucun intérêt. Graphiquement ça m'intéresse... mais ça à la limite c'est mon truc à moi. C'est surtout l'impact qu'il provoque, qui déstabilise les gens qui ne savent plus trop à quoi le rattacher, ça les fait paniquer en fait.

Hreidmarr : Quelque part ça les amène aussi à réfléchir un petit peu, et c'est ce que nous cherchons à provoquer chez les gens. Nous ne militons pas pour quoi que ce soit, nous ne sommes pas un groupe "à message"... : ça reste de l'entertainment, du rock'n roll, mais nous essayons surtout d'amener les gens à réfléchir un peu par eux-mêmes. C'est surtout ça le but. Ce n'est pas de la provocation pour provoquer, c'est juste de provoquer un choc pour amener les gens à réfléchir sur plein de choses...

Valnoir : ... sur le vingtième siècle, sur plein de choses, sur l'époque dans laquelle on vit et plus particulièrement en Europe et dans les pays occidentaux, sur le déclin du système démocratique tel qu'on le connaît à l'heure actuelle et tous les défauts qui ont été engendrés par rapport à ça.

Hreidmarr : Les dommages collatéraux du système démocratique si l'on peut dire. C'est là-dessus que nous tentons de faire réagir les gens dans la mesure où la plupart d'entre eux sont convaincus que tout va bien et qu'ils vivent dans un monde quasi-parfait, dans un pays libre et droit de l'hommiste - vu que c'est devenu la nouvelle loi et le nouveau dieu.

Valnoir : Il s'agit aussi de dire que la liberté d'expression n'est pas aussi ample qu'on veut bien le laisser croire.
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Cosmic Camel Clash : Il s'agit donc de tester les limites du système pour montrer qu'elles existent? Je pense entre autres au coup de la Fnac (qui a obligé le groupe à coller un sticker par-dessus la pochette de l'album, sticker que voici)...

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Valnoir : Pour cette histoire, nous n'avons rien testé du tout. À aucun moment nous n'avons fait ça pour être censurés, nous avons juste fait les choses comme nous voulions les faire et ce n'est pas passé.

Hreidmarr : De toutes façons ce n'est même pas la peine de souligner ça car les démonstrations parlent d'elles-mêmes. Les limites sont évidentes, on les voit tous les jours. Tout dépend dans quel sens on va après : c'est même pas à deux vitesses, mais à beaucoup de vitesses différentes (rires). C'est pour ça que nous ne nous étendons pas là-dessus, ça nous paraît évident... mais il y a plein de choses qui nous paraissent évidentes et qui ne le sont pas pour pas mal de gens, donc c'est ça que nous essayons un peu de pointer.

Cosmic Camel Clash : Et l'ambiguïté, tous ces gens qui ne savent pas si vous êtes au premier ou au second degré... c'est quelque chose dont vous jouissez?

Hreidmarr : Non, ça nous énerve!

Valnoir : Ça nous agace! Ce que nous proposons est une parodie, et il faut insister là-dessus. C'est du second degré et il y a sufisamment d'éléments dans l'album qui montrent que c'est du second degré. Que ce soit dans les paroles de certains morceaux, dans l'exagération du visuel, le côté poussé à outrance...

Hreidmarr : Nous sommes dans l'exagération permanente mais comme nous n'arrêtons pas de le répéter, nous avons vraiment l'impression que le second degré est en voie de disparition. Ca n'est plus du tout compris et il faut faire très attention, surtout sur Internet où il n'y a pas forcément le ton qui va avec, mais même : il faut toujours faire attention à très bien choisir ses mots car les gens prennent tout au pied de la lettre. C'est pour nous quelque chose qui est totalement évident et avec lequel nous jouons beaucoup, mais bon...
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Valnoir : Nous avons pris le parti de ne pas nous auto-censurer, de ne pas nous limiter ou nous dire « oulàlà ça c'est too much, peut-être que les gens ne vont pas comprendre. ». C'est quelque chose que nous mettons totalement de côté : c'est aux gens de réfléchir et de comprendre. C'est marqué dessus ! Si les gens ne font pas l'effort de se pencher sur la question et de réfléchir sur le contenu... on ne peut pas réfléchir à la place des gens, quoi.

Hreidmarr : Pour moi c'est un problème culturel. J'ai l'impression que les gens ne lisent plus beaucoup et de fait ils se trouvent démunis par rapport à ça. Ça va de pair avec une maîtrise de la langue, une maîtrise des concepts, une maîtrise de certains points culturels, de certaines références à des auteurs ou à des artistes... tout ce qui fait un background qui permet d'interpréter les choses.

Valnoir : Un exemple-type, ce sont les uniformes que nous portons sur les photos. On nous dit que nous avons un look de fachos... ce sont des uniformes français datant d'avant la Seconde Guerre Mondiale ! Ils datent des années trente et ce sont des uniformes de l'armée qui s'est justement battue ensuite contre le nazisme ! Donc après quand on nous sort que nous portons des uniformes de fachos, qu'est-ce que tu veux qu'on réponde ? C'est marqué dessus que ce ne sont pas des uniformes de fachos ! Nous ne pouvons pas en dire plus que ça.

PhotoCosmic Camel Clash : On trouve chez vos fans (en particulier sur votre forum) un certain nombre de personnes qui pour le compte semblent totalement dans le trip, sans aucun second degré. Ca vous touche ou pas du tout ?

Hreidmarr : Sur le forum, c'est vrai qu'il y en a beaucoup qui sont très jeunes déja. Je ne sais pas si l'excuse de l'âge est valable... je suis un peu dépassé par les évènements, j'ai l'impression qu'à dix-huit ans j'avais déjà certaines clés en main, même avec moins d'expérience et de références que maintenant. Et certaines choses que je peux lire me font m'interroger sur l'évolution que tout ça prend. J'en reviens à ce déficit culturel qui à mon avis est le gros problème : si on n'a pas les références je ne vois pas comment on peut débattre... en plus sur des sujets aussi graves. Ce qui nous amuse c'est de parler de choses très graves avec un côté un peu détaché, un peu cynique, un peu "marrant". Nous ne sommes pas là pour prendre la tête aux gens, nous ne sommes pas Rage Against The Machine, nous n'allons pas prétendre donner des leçons aux gens, jouer les néo-prophètes ou je ne sais quoi. Nous sommes juste là pour amener les gens à une certaine réflexion tout en faisant du rock'n roll, sans aucune autre prétention que ça. Mais après, je pense que certains jeunes n'ont pas les clés en main pour arriver à ne pas prendre ça au premier degré et mal interpréter. Et ça... (soupir)

Valnoir : De toutes façons c'est quelque chose que l'on retrouve partout dans la scène extrême en général. C'est une musique agressive avec une imagerie violente et puissante, donc ça va forcément embarquer avec une cohorte d'abrutis qui sont à côté de la plaque. Nous ne sommes pas les seuls : n'importe quel groupe qui va foutre à un moment donné un aigle quelque part, ou un casque, ou une paire de bottes pour une raison X ou Y, même si c'est parce qu'ils sont radicalement contre... ça va forcément rameuter la cohorte habituelle de nazillons. Et ça ça nous dépasse complètement, nous n'y pouvons rien en tant que tel. C'est un problème lié à cette scène en général.

Hreidmarr : Il y a aussi beaucoup de jeunes qui jouent avec des symboles qu'ils ne comprennent absolument pas parce que ça les fait rire, ça leur paraît extrême... mais ils sont à des lieues de pouvoir débattre sur le sujet. Ca par exemple, je pense que c'est l'archétype du jeune cheval fou (rires).

Cosmic Camel Clash : J'ai été assez surpris de voir que votre site et votre communication en général parlent d'electro-metal pour décrire L'Hymne à la Joie. Vous aviez peur que les gens pensent à Rhapsody si vous aviez utilisé le terme de métal symphonique ?

Hreidmarr : Oui, y'a un peu de ça (rires).

Valnoir : Mais bon le terme electro-metal, ce n'est pas nous qui l'avons donné ! C'est plus le fait des gens et du label.

Hreidmarr : Oui, c'est le label... mais de toutes façons il faut bien coller des étiquettes. C'était plus simple dans les années 80 d'ailleurs : il y avait le hard-rock et...

Valnoir : (le coupant) T'avais aussi le speed-metal, le hard FM...

Hreidmarr : Oui mais y'en avait beaucoup moins. Maintenant c'est vraiment hyper ramifié de partout, il y a même des sous-genres à l'intérieur des sous-genres... ça devient de plus en plus complexe, donc il faut coller des étiquettes sur tout. Alors effectivement si on met métal symphonique si risque d'induire en erreur (rires). Entre Nightwish, Rhapsody ou d'obscurs groupes de speed allemand à chanteuse... après il faut bien avoir une définition, même si je ne suis pas vraiment d'accord avec. Electro-metal ça ne veut rien dire, ça englobe aussi bien Rammstein que...

Valnoir : ... que Nine Inch Nails, que tout ce que tu veux quoi. À un moment donné il faut bien pouvoir décrire de façon brève ce que nous faisons, tu vois. L'étiquette a tout de même cette fonction, celle de décrire la musique. Donc electro-metal, ça ou autre chose... après c'est aux gens d'écouter et de se faire une idée par eux-mêmes.
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Cosmic Camel Clash : Ce qui frappe le plus, c'est justement ce côté grandiloquent apporté par les parties symphoniques... qui est en parfaite symbiose avec le côté grandiloquent du visuel. Qu'est-ce qui est venu en premier ?

Valnoir : Ça a émergé globalement, je pense.

Hreidmarr : Pour nous tout est lié, il n'y a pas forcément de priorité. Nous n'avons pas dit « nous allons faire un album comme ça », nous avons laissé maturer les morceaux et ça s'est fait. L'intention derrière cet album c'était de construire quelque chose à partir de samples de classique. C'était une méthode de composition qui n'était pas du tout rock 'n roll ou métal même si le résultat est agressif et très simple, très structuré, avec des refrains simples. Ca c'est voulu par contre, car nous aimons les choses directes et assimilables facilement, très in your face. La méthode de composition est très indus quelque part, car nous ne sommes pas partis d'un riff de guitare pour cet album, nous sommes partis de samples de classiques et de percussions... pour greffer ensuite des choses par-dessus.

PhotoCosmic Camel Clash : D'où le fait que les parties de guitare et basse soient surtout du soutien ?

Hreidmarr : Oui, mais ensuite nous avons essayé d'arranger ça de façon cohérente. L'idée de l'album c'était vraiment de prendre des parties de classique et d'en faire quelque chose de très puissant, très emphatique, très pompeux voire pompier. C'était l'intention mais ensuite tout est lié, donc après effectivement nous avons voulu reproduire... (silence) comme j'ai dit ça n'a pas vraiment été une intention car pour nous tout a coulé de source. Que ce soit la musique, les artworks, la manière dont nous allons essayer de travailler sur les lives, tout fait partie d'un ensemble où... nous ne pouvons pas faire autrement ! Nous aimons ce qui est cohérent et...

Valnoir : ... nous aimons les choses globales. Il y a un vieux terme allemand romantique, Gesamkunstwerk, qui décrit une oeuvre d'art intégrale, une oeuvre qui va se développer sur toutes les ramifications possibles et imaginables : musique, visuel, tout. C'est ce que nous aimons, une approche globale pour avoir à la fin un individu qui va être entier des pieds à la tête.


Cosmic Camel Clash : Et cette idée d'axer la musique sur des samples symphoniques, c'est quelque chose qui est venu d'Heinrich Von B ?

Hreidmarr : Oui, c'était lui. C'est lui qui écoute le plus de classique parmi nous, je pense même que c'est ce qu'il écoute le plus dans la vie. Ca lui tenait vraiment à coeur de faire un album comme ça... après je ne pense pas que ça deviendra une marque de fabrique, même s'il restera probablement des bribes sur le prochain. Le but était vraiment de tenter cette synthèse, car toutes les tentatives que nous avions écoutées dans le métal - même s'il y a des choses que nous aimons bien – nous les trouvions toujours un peu fadasses : un peu timides, pas assez abouties, un peu mièvres... Nous voulions vraiment faire les choses à fond, être jusqu'au-boutistes : la grosse approche bien Wagnerienne, les gros accords en power-chords...

Cosmic Camel Clash : ... les gros beuglements...

Hreidmarr : Bien sûr, ça va de soi (rires). De toute façon c'est bien d'Heinrich que c'est parti : nous avions brièvement reparlé avant de remettre la machine en route, et lui avait déjà commencé à travailler sur trois ersatz de morceaux qui allaient déjà dans cette direction. Nous sommes contents de ça, c'est quelque chose que nous voulions faire. Après nous ne le ferons pas forcément deux fois.

Cosmic Camel Clash : Sachant que vous avez changé de line-up, d'orientation musicale, d'univers graphique et de signification du sigle "C.N.K.", pourquoi ne pas avoir carrément changé le nom du groupe?

Hreidmarr : Pour moi ça reste lié, même si le style a changé entre le premier et le deuxième album... il y a une cohérence, une trademark, ne serait-ce qu'au niveau des riffs de guitare et même si les tempos ont ralenti. Ça c'est compréhensible car il s'est passé cinq ans entre les deux albums : le contexte a changé, nous avons changé, nous avons eu le temps de mûrir un petit peu... mais pour moi il y a des ponts entre les deux albums qui sont évidents. La démarche a toujours été axée sur le second degré, le cynisme, le côté parodique et exagéré, c'était déjà le cas sur le premier album... pour moi c'est cohérent, c'est une évolution du groupe. Et bon c'est CNK, et CNK ça a toujours été Heinrich et moi et nous n'avons pas ressenti le besoin de changer de nom. Après, changer l'acronyme...

Valnoir : ... ben ça faisait l'intérêt du truc : on change la direction artistique du groupe tout en gardant la même ossature, la même structure : le CNK. Ça me semble assez représentatif de l'évolution du groupe : on garde la même structure mais le contenu change, évolue. C'était à mon avis une façon intelligente d'évoluer sans tourner le dos au passer.

Hreidmarr : Et rien ne dit que nous ne changerons pas encore l'acronyme...
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Cosmic Camel Clash : Justement, vous semblez avoir commencé à penser au prochain?

Hreidmarr : Nous avons commencé à y penser, Heinrich a commencé à travailler sur quelques trucs. Comme je disais tout à l'heure, nous avons vraiment trouvé le bon line-up et nous nous considérons comme un vrai groupe, qui est la priorité de chaque membre. S'il s'était écoulé cinq ans entre les deux albums ce n'était pas vraiment une volonté, c'était plus par la force des choses... là il n'y aura pas cinq ans! En plus cet album, nous l'avons enregistré en février, nous avions commencé à travailler dessus en 2005... même si nous avons passé quasiment deux ans dessus, nous avons envie de passer à autre chose. Nous allons évidemment le défendre sur scène, nous faisons la promo de l'album, nous ne nous sommes pas lassés... mais nous avons déjà des nouvelles idées et nous avons déjà la tête ailleurs.

Cosmic Camel Clash : Valnoir, jusqu'à présent ton activité principale était graphiste. Maintenant que CNK est devenu une priorité supplémentaire, penses-tu pouvoir gérer les deux de front ?

Valnoir : De toutes façons je ne suis absolement pas intervenu dans le processus de composition de l'album. Pour le prochain je pense que si j'ai des idées je mettrai ma patte à droite ou à gauche, je verrai avec Jean-Seb. Mais dans l'absolu pour l'instant j'ai plus un rôle d'exécutant que de compositeur et c'est pas trop un problème pour moi. Même si ça faisait un bout de temps que je n'avais pas joué donc j'essaie déjà de jouer correctement mes parties et après on verra pour le reste. Mais j'ai aucun souci : graphiste c'est mon travail, c'est ce que je fais tous les jours, ça tourne tout seul. Donc non, c'est pas un problème.

PhotoCosmic Camel Clash : Et est-ce que tu fantasmes déjà sur un éventuel clip de CNK ?

Valnoir : Nous y avons pensé... nous devions en faire un mais ça ne s'est pas fait, il faudrait que nous remontions ça. Nous sommes tous des fans de cinéma dans le groupe, Nico (Hreidmarr) et moi en particulier avons des goûts parfois assez pointus. Ça fait partie de l'image : un clip c'est la cohésion entre la musique et l'image en mouvement, c'est super intéressant.. et difficile à faire parce que techniquement et financièrement c'est difficile de réaliser un bon clip, ça coûte énormément d'argent. Mais ça nous fait fantasmer, c'est une évidence... et de toutes façons nous allons le faire, c'est obligatoire. Mais nous ne voudrions pas bâcler la chose : comme je te dis, le problème du clip c'est que tout ce qui est 2D, graphisme, ne demande pas de gros moyens: une bécane ça me suffit. Alors qu'un clip ça demande une équipe, du temps, beaucoup d'argent... mais c'est sûr que dans l'absolu ça nous fait tripper.




crédits photo : Andy Julia


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