Hellfest 2010


 


Jour 1 :18 juin 2010



10h30. Bang, bang comme le chanterait Rammstein. Les festivaliers en RTT, congés payés, voire retraités ou sêcheurs de cours et/ou d’examens se pressent déjà comme d’un seul homme aux portes de l’Enfer. Le peu de bousculade, donc le plus de discipline, est appréciable et tend à prouver que le public Metal ne s’apparente guère à la horde de suppôts de Satan dégénérés telle que décrite par quelques politiques et médias ces dernières semaines… On est loin de la barbarie observable à l’entrée des grands magasins aux premières heures de soldes d’été.

Rappelons néanmoins que cette année, la tenue du Hellfest coïncidait avec les phases de poules de la Coupe du Monde de Football. Vous savez, cette compétition lors de laquelle notre équipe nationale et son sélectionneur avaient promis de donner le meilleur d’eux-mêmes. Et bien ce week-end, si les festivaliers ne sont pas prêts de l’oublier pour bien des raisons, les amateurs de ballon rond (et les autres) ne sont pas prêts de l’effacer non plus de leur mémoire. Tout commence jeudi soir, également à Clisson, où les premiers arrivés au camping attendent le match des Bleus contre leurs homologues mexicains. Mais en ce jeudi soir, ballon rond et houblon se mariaient à ravir avec le petit monde du Metal. Les premiers festivaliers campeurs, sitôt leur tente installée, étaient ravis de faire connaissance autour d'une radio au camping ou devant un écran diffusant la déroute de l’Equipe de France de Football face son homologue mexicaine. Un 2-0 de sinistre mémoire qui préfigurait un week-end agité pour nos Bleus, peu enclins à mouiller le maillot. Même pas le cœur à chanter la Marseillaise en reggae. Alors en Heavy, pensez donc… Allez, un petit verre pour passer à autre chose. Go pour une bonne nuit de sommeil et place aux Hommes, aux vrais ! Et aux femmes, aux vraies également !

Les plus grandes affiches du Fest ne fouleront certes pas la scène ce soir. Pour rappel en 2009, rien que pour le Day One, Mötley Crüe, DOWN, Anthrax et Heaven & Hell avaient déjà envoyé la sauce. Reste que grands, moyens ou petits noms, que la journée fut bonne ! Météo France semble être de notre côté: quasiment pas une goutte de pluie et une lumière plus qu’acceptable pour nos marathoniens-photographes. Pour ouvrir le bal, Gorod et The Faceless. Jouer en premier dans un festival n'est jamais une tâche facile. Mais avec deux excellents groupes de death technique jouaient en même temps dès 10h30, les fans du genre se devaient d'être présent. Lors des premiers pas sur le site d'un festival, même en étant tout juste à l'heure pour les concerts, l'envie de faire le touriste vous étaye, mais là, il a fallu se partager entre faire un tour rapide et voir les deux groupes et ce en 30 minutes. D'une part Gorod sur la Mainstage, impressionnant de puissance, avec un public qui s'étoffe assez rapidement. Les Français, très heureux d'être là, ont convaincu, notons qu'il s'agit du dernier concert de Guillaume (chant) et d'Arnaud (guitare). Un set sans faille, un groupe très ému et un bon son, tout est là. Dans un même temps, les Américains de The Faceless se déchaînent sur la Terrorizer, dans un registre assez similaire et tout aussi convaincant. Une matinée qui commence de façon très brutôl.


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C'est sur les coups de 13 heures que cette première journée s'emballe. Sur la Mainstage 2, Kirk Windstein rend hommage au défunt Peter Steele en arborant un tee-shirt Type O Negative de circonstance. Certes, son groupe Crowbar ne reprendra aucun morceau de la formation en deuil, mais n’en délivrera pas moins un set hautement abrasif, parfaite mise en jambes sludge (allusion faite à “High Rate Extinction” et “Burn Your World”) avant ce qui nous attend. On n’en attendait pas moins du chanteur-guitariste, présent l’an dernier aux côtés de DOWN et Phil Anselmo. Et probablement de retour en 2011 avec Kingdom of Sorrow, et qui sait DOWN… Déception en revanche du côté de Sigh, qui nous délivre un set totalement gâche par un mix abominable qui a complètement noyé les chants et fait disparaître la basse et le saxophone (totalement inutile, pour le coup). Impossible également de discerner les samples. Au final, impossible même pour un connaisseur du groupe de profiter du concert.


La suite du programme est chargée. Aussi chargé que les salves de vérités assénées par Mass Hystéria. En effet, la première gentillesse officiellement prononcée à l’égard de Mme Boutin, puis de M. De Villiers et enfin de nos Bleus footeux pas encore totalement verts de honte, reste à mettre au crédit de Mouss. Un Mouss remonté comme une pendule (peut-être contre son coiffeur, non ?), bien déterminé à porter haut et fort les couleurs du Metal hexagonal face à un public toujours plus nombreux et surtout prédisposé à reprendre les paroles de “Babylone”, “Furia” et “Une somme de détails.” Des titres balancés par une somme de bêtes de scène qu’il faut absolument voir live une fois dans sa vie. T’entends, Raymond? Sors un peu Estelle… Et si elle se sent plutôt d’humeur folk, tu peux sinon lui conseiller de tenter Negurã Bunget (live-report ici) et son, je cite, “vuvuzela géant” : ça lui parlera probablement un peu plus. Petite changement de programme ensuite : Walls of Jericho étant arrivés en retard sur le site, les Finlandais de Finntroll changent in extremis d'horaire. Leur show fut sans énorme surprise, avec la plupart des classiques du groupe accompagnés de quelques morceaux un peu plus rares en live. En tout cas le groupe a correctement assuré et a su faire plaisir à ses fans. Pendant ce temps, à la Terrorizer Tent, Ghost Brigade (live-report ici) assurait comme un chef.


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Cette fois ça y est, les Yankees de Walls of Jericho sont dans la place, et ce sont eux qui déclencheront le premier circle-pit d’une longue lignée. Quel show d’ailleurs pour ces derniers, emmenés par une Candace Kucsulain survoltée. Une femme, une vraie, haranguant une foule totalement séduite. Arrive ensuite le premier point culminant de ce vendredi avec l’entrée en lice de Deftones. Un Chino Moreno affûté, sapé comme le premier communié de la classe déboule avec force énergie et conviction. Le groupe avait déjà offert un show mémorable aux Parisiens le 10 mai à la Boule Noire et les festivaliers chanceux qui avaient pu assister à cette capitale performance espéraient bien voir le groupe réussir la passe de deux. Ce fut chose faite pendant 70 minutes, soit 17 morceaux, même si le tant attendu “Beware” ne fut malheureusement pas au menu. Une concurrence qui n'effraie pas l'empereur Ihsahn, qui prend place au même moment dans la Rock Hard Tent, accompagné des musiciens du groupe Leprous. Son concert balayera avec homogénéité ses 3 albums solos, le tout servi par un son impeccable (même avec 3 guitares on entendait tout parfaitement, chapeau l'ingé son) pour un résultat plus que satisfaisait. On en aura d'ailleurs pris volontiers un set un peu plus long.

Un peu plus tard, c'est au tour d'Infectious Grooves de fouler les planches, emmené par le phénoménal Mike Muir qui joue désormais à domicile. Il faut dire qu’en 2009, avec Suicidal Tendencies, il avait mis un sacré bordel sur scène et dans le public (au point de réduire le temps de shooting dans le photo-pit). La sécurité, comme indiquée le matin, avait été renforcée pour ce set… un poil plus calme que celui de l’année passée, donc un peu moins dangereux pour nos appareils et autres téléobjectifs. Reste que pour beaucoup, Infectious Grooves constitue LA claque de ce vendredi. Le groupe a donné un set survitaminé, groovy à souhait et sans temps mort, emmené par des musiciens assez exceptionnels (mention spécial au bassiste). A noter une reprise d'Immigrant Song de Led Zep assez ultime et, comme l'année dernière avec Suicial Tendencies, l'envahissement de la scène par une partie du public. La suite est à l'avenant avec Sick of It All, qui prennent le relais (hash ?) avec leur hardcore pratiqué depuis plus de vingt ans. Ils n’ont guère eu besoin de forcer leur talent pour se tailler un succès franc et massif. Tout aussi massif, les membres de Sepultura qui débarquent pour le second sommet de la journée (live-report ici). Quoi de plus romanticooooo qu’un bon vieux coucher de soleil aux sons de “Moloko Mesto”, “Arise”, “Refuse/Resist” et autres “Roots Bloody Roots”? Réponse: rien. S’ils reviennent prochainement au Hellfest, souhaitons à la fratrie Cavalera de faire aussi bien que Kisser et Green ce soir-là. Un sans faute, ni plus, ni moins... même si beaucoup en doutaient.


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Il sera difficile d’en dire autant de Arch Enemy, pourtant attendu au tournant. Certes rien à redire sur l’énergie légendaire déployée par Angela Gossow qui honore amplement sa réputation de woman with balls. Un son plus que moyen et une impression que chacun joue un peu pour sa gueule dans son coin ont terni la prestation du soir et laisse un goût quelque peu amer en bouche. Pour nous la rincer, Fear Factory (live-report ici) prend la relève pour un set de destruction massive. Les allergiques aux fausses notes de Burton C. Bell avaient néanmoins d'autres alternatives : planer avec Ulver sous la Terrorizer Tent (live-report ici), ou se plonger dans l'esprit satanico/psyché de The Devil's Blood, un des groupes du moment. Une atmosphère hypnotique, aucun temps mort entre les morceaux, ni regard vers le public pendant une heure, cela fait partie de l'image du groupe, mais ce choix aura surtout raison de la patience du public qui finira par déserter les lieux petit à petit. Malgré tout, un grand moment de ce week-end, pour peu qu'on adhère à la démarche. Le clap de fin sera pour Marduk, qui revient deux ans après son passage triomphant au Hellfest 2008. Une Rock Hard Tent bondée, une atmosphère malsaine, une set-list aérée et un groupe en grande forme. Autant dire que leurs compatriotes de Dark Funeral ont fait très pâle figure face à un Marduk plus puissant que jamais depuis quelque temps.


L'organisation n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour cette première journée. Les fans de Classic Rock, Hard & Heavy et Glam, à défaut d’être servis, auront eu tout le loisir de faire la queue pour acheter les sacro-saints jetons de consommation pour leurs amis extrêmeux. Des jetons bleus cette année, les jaunes de l’édition précédente n’étant ni remboursés, ni échangés. Un peu comme certains maillots bleus Adidas achetés un peu trop à la va-vite, mais qui serviront bien ce soir pour lutter contre la fraîcheur qui envahit le camping à 3 heures du matin. Allez, bonne nuit, Raymond. Et merci Mister Ben Barbaud.



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