Madrid is The Dark 2019


Madrid is The Dark

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 07 décembre 2019

REPORTS DU JOUR



GALLERY

In The Woods...

Empty Streets
Heart of the Ages
Substance Vortex
299 796 km/s
In the Woods...

The Gathering

Probably Built in the Fifties
No One Spoke
Broken Glass
Analog Park
Great Ocean Road
Eléanor
Meltdown
Saturnine
Heroes for Ghosts
On Most Surfaces (Inuït)
I Can See Four Miles

Paradise Lost

Enchantment
From the Gallows
Hallowed Land
Isolate
An Eternity of Lies
Blood and Chaos
The Enemy
Medusa
Faith Divides Us - Death Unites Us
Embers Fire
Beneath Broken Earth
Erased

Rappel

No Hope in Sight
Say Just Words
The Last Time

 


Jour 1 :07 décembre 2019




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« Ir de menos a más. » Littéralement « Aller de moins à plus. » Ça se comprend bien, non ? Très employé dans le monde du football, mais absolument approprié à cette seconde journée de la septième édition du Madrid Is the Dark Fest, célébrée depuis trois ans maintenant dans la salle But, bien choisie par les organisateurs. Spacieuse et dotée d’une acoustique convenable pour peu que les ingés du son y mettent un peu du leur.


Ir de menos a más, donc. Non pas que Darkher la sorcière, chargée d’ouvrir les hostilités devant un public déjà bien garni, ait démérité. Accompagnée de sa guitare et de son seul batteur - une version plus esthétique du duo Inquisition - elle sait créer sa petite ambiance. Une sorte de Portishead doom metal mystique, aidée en cela par un décor de pleine lune et une paire de capes. Le problème réside plutôt dans le fait qu’elle a choisi de mettre "Wars", le seul morceau rythmé de la setlist en dernier. Avantage: on finit le set par son meilleur titre. Inconvénient: avant cela, on a dû écouter cinq chansons bâties sur le même format et pas forcément très distinguables en live (alors que sur album, si). Du coup, même si l’atmosphère créée est intéressante, le sentiment de redite - je fais doucement monter la sauce avec ma gratte et les beats appuyés de mon batteur - est trop important pour qu’on soit totalement conquis. Il n’empêche que ce n’était pas si mal que ça et que les deux groupes suivant se sont avérés moins emballants. Enfin, c’est mon opinion…

Disillusion, je n’y arrive pas. Désolé. Je comptais sur leur prestation pour enfin entrer dans leur univers, mais non, y a pas moyen. Sauf "And the Mirror Cracked". Pour le reste, je me contenterai de dire que les fans ont paru enthousiastes. Le son tendance bouillie n’aide pas à comprendre les morceaux, mais eux, forcément, ils les récitent sur le bout des doigts... Les Teutons font preuve d’une grande aisance technique et se montrent extrêmement sympathiques. Leur death metal progressif est varié, structuré et ceux qui arrivent à comprendre les enchaînements ont dû avoir des frissons. Bienheureux soient-ils.

Esoteric? C’est là où je me rends compte que, à l’inverse de Droom, je suis un faux fan de fvneral doom (le v j’aime bien, ça fait classe). Un false. Les Britanniques prennent le relais des Aussies de Mounful Congregation pour représenter la frange dure du doom metal et choisissent le même format: trois morceaux. Logique, la longueur des titres ne laisse pas beaucoup d'options. Au menu: deux titres de l’album sorti cette année , A Pyrrhic Existence, plus un extrait de leur deuxième album, sorti en 1997, The Pernicious Enigma. Ça joue fort, c’est lourd, lancinant et les hurlements de Greg résonnent dans tout Madrid. Le groupe ne suscite pas une passion folle, mais je suppose que ce n’est pas une nouveauté, le doom funéraire n'emballe pas le grand public. Sinon ça se saurait. Comme pour Disillusion, je trouve le tout bien exécuté, les musiciens sont sérieux, appliqués même, mais voilà…

Et, étant donné la prestation en demi-teinte d’In the Woods deux auparavant, je ne suis pas d’un optimisme béat quand le Britannique M. Fog et ses acolytes norvégiens arrivent sur la scène. Erreur. Si en 2017, les hommes des Bois ne savaient pas trop sur quel pied danser (black metal ? prog ?), ils apparaissent bien plus confiants en leur musique cette année. Pourtant, le mix de morceaux est à peu près similaire: deux titres du tout premier album, deux du tout dernier et un au milieu. Du vieux et du neuf, donc, mais cette fois l’ensemble sonne black-doom prog. Le sympathique - et alcoolisé - M. Fog se fait un plaisir de nous vriller les tympans à coup de cris stridents, les séquences agressives ou plus aérées s’enchaînent de manière fluide et les musiciens ont l’air contents d’être là.

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Contents d’être là. Heureux de faire plaisir et se faire plaisir, devant un public ravi. C’était le mot d’ordre de la soirée. Pour The Gathering d’abord. Alors non, René n’a pas souri, hein, faut pas déconner non plus, mais il a l’air plutôt bien dans ses baskets. Silje aussi, et les autres également. Que de chemin parcouru depuis que je les avais vus vingt ans auparavant par le plus grand des hasards, à la FNAC Rue de Rennes pour la promo de How to Build A Planet?… Mais s’agissant d’un concert spécial trente ans, donc spécial vieilleries, on peut parier que cet album-là serait particulièrement à la fête… Bip. Deuxième erreur. Seulement deux titres sur les onze joués. L’incontournable "Probably Built in the Fifties" et le plus inattendu "Great Ocean Road". Déception ? Que nenni ! les Bataves ont le bon goût de s’attarder sur les vieux trucs tout de même (bon, pas Always hein, ne rêvons pas), même s'ils finissent sur plusieurs titres de Disclosure - il est toujours amusant de voir la tronche de certains metalleux pur jus quand débute "Meltdown"... L’ensemble du concert est placé sous le signe de la qualité technique et de l’émotion prog raffinée, plus que sur le tranchant des riffs les plus célèbres créés par René Rutten et consorts. Mis en retraits, elles n’explosent pas tout. Ni sur "Probably Built in the Fifties", ni sur "Analog Park". Non, mon bon Monsieur, The Gathering fait dans la finesse, assume sa voie et ne cherche pas à sonner metal. La frustration n’est cependant pas de mise tant Silje assure - non, je n’écrirai pas le prénom de l’ex-chanteuse, il n’y a aucune raison de le faire - et tant les musicos sont bons. Le spectacle qu’ils donnent lors de la démonstration presque psyché de "I Can See Four Miles" est un vrai régal, tout comme la ligne de basse de "Heroes for Ghosts". Quand le passé (oh "Eléanor", oh "Saturnine"…) embrasse le présent le bonheur est total.

Pour Paradise Lost, ensuite. Les claviers d’"Enchantment" résonnent, les premiers chants se font entendre dans le public et nous savons instantanément que Nick, Greg et les autres vont nous combler. Présents, impliqués, sans la nécessité de faire la promo d’un album en particulier - Medusa n’est représenté que par "From the Gallows" et "Blood and Chaos" -, ils nous font le plaisir de toucher neuf albums. Neuf… Dans l’ordre chronologique: Shades of God, Icon, Draconian Times, One Second, Symbole of Life (bonne surprise !), Faith Divides Us (on s’en serait bien passé de celui-là…), In Requiem, The Plague Within et Medusa. Tantôt doom misérable, tantôt doom gothique, tantôt neo metal, ils égrènent les classiques sereinement, changent de style sans sourciller. On les sent prêts à jouer une cover de "Tata Yoyo" sans broncher ni se renier. Nick possède un humour pince sans rire qui doit vraiment être appréciable pour ceux qui parlent réellement anglais - snif -. Un des rares extraits que j’ai pu comprendre, en référence à "As I Die" : « ce titre a été composé il y a pas loin de trente ans, nous avions alors plus de cheveux, de plus gros pénis… » LOL. Plus à l’aise en mode growl qu’en chant clair, mais malin comme un singe, il donne souvent la parole au public qui se fait un plaisir de scander les refrains des multiples hymnes jalonnant le set. Trente ans de carrière, eux aussi… On les a donnés pour éteints, moi le premier, c’est une nouvelle erreur. On les dit prévisibles en diable, encore faux, "Isolate" en est une belle preuve. Les artistes nous font même l’honneur d’un rappel - Dieu que c’est rare dans ce fest… - long de trois titres, dont les deux mega classiques " Say Just Words", toujours aussi efficace (n’en déplaise à une fan que je salue au passage), et un "The Last Time" qui clôt une prestation aussi sobre que jouissive. Au programme du lendemain : voix rauque et mal de nuque.

Du coup, je ne sais si je dois fredonner "Saturnine" ou reprendre "As I Die". Ce dont je suis sûr, par contre, c’est que je n’aurai pas la joie de voir deux vieux compagnons de route aussi bien disposés tous les jours. Après Tripykon l’an passé, Madrid is the Dark a encore tapé dans le mille. « Seize the Day », comme dirait (presque) In the Woods…

Lire le report :


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