Tyrant Fest 2019


Tyrant Fest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 16 novembre 2019
Jour 2 : 17 novembre 2019

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Jour 1 :16 novembre 2019



Le weekend de mi-novembre. Une date réservée par les amateurs de metal extrême du nord (et pas seulement). En effet, depuis 2016, le Tyrant Fest s’impose comme un incontournable de l’automne. Dès sa deuxième année, le festival s’est délocalisé d’Amiens à Oignies. Après un succès grandissant et mérité, qu’en est-il de cette édition 2019& ?

Le Festival Noir. C’est ainsi que se présente le Tyrant Fest, co-organisé par l’association Nao Noise et le 9-9 bis qui gère le Métaphone. Le noir, c’est d’abord celui du lieu. Pour qui n’est pas habitué de cette région du Nord de la France, sachez que cette superbe salle de concert a été construite sur un ancien carreau de mine. Les terrils se dressent donc fièrement et accueillent la faune habituelle des festivals orientés black, toute de noir vêtue. L’affiche était une fois encore alléchante, ce qui explique que le festival sera sold-out. Les malheureux qui n’ont pu obtenir leur précieux sésames auront manqué deux très bonnes journées.

Le froid s’est invité et nous saisit dès notre arrivée sur les lieux. Mais pas le temps de trainer puisque déjà débute le set d’Aorlhac. Le groupe d’Aurillac, appelé pour remplacer les Rennais de Fange, a l’honneur d’ouvrir les hostilités. Avec plus de dix ans d’existence, le quartet, ici accompagné d’un bassiste, entend bien convertir la foule présente à son black metal mélodique. Forts des excellents avis reçus par leur dernière livraison, L’Esprit des Vents, sorti chez les Acteurs de l’Ombre l’an passé, la formation française fait montre d’une qualité et d’un professionnalisme évident. Les compositions, habilement construites, laissent entrevoir le talent d’Aorlhac pour tisser une ambiance épique vraiment réussie. Sans en faire trop, le collectif rend hommage à ses ancêtres et à son Auvergne natale. Le chant en français, qui peut s’avérer délicat, passe ici sans problème. Les guitares, très mélodiques, sont accompagnées par une rythmique le plus souvent enlevée. Après une grosse demi-heure, les lumières se rallument. Et de constater qu’Aorlhac a rempli comme il se doit la mission qui lui a été confiée.

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Le Tyrant Fest ne se limite pas à une simple succession de concerts. En la matière, il y a pourtant de quoi faire. Douze groupes se succéderont en effet au Métaphone, alors que d’autres, plus confidentiels, s’exprimeront à l’auditorium, espace bien plus intimiste. À ce propos, Barque avait finalement donné le coup d’envoi des concerts dans cet espace, avant Aorlhac. Flânant sur le site, me voilà d’ailleurs, sans préméditation aucune, dans ce fameux auditorium. Cette salle se remplit très vite avant que ne débute une performance artistique, interdite au moins de dix-huit ans. Une jeune et jolie femme vient accompagnée par "Children of The Eye" d’Amenra. Dansant dans un premier temps, elle pose çà et là des aiguilles qu’elle ne tarde pas à s’enfoncer dans différentes parties de son visage. L’ambiance est finalement lourde. Le public a les yeux rivés sur la demoiselle qui insère les objets saillants et se meut en même temps. Avant de finir nue et d’avaler un sabre à la longueur plus que respectable. Puis la musique se tait et l’artiste s’en va, ne laissant que quelques gouttes de sang sur le sol. Intense.

Tout aussi intéressant, mon entrevue avec l’un de nos écrivains de la rédaction, ayant quitté la capitale espagnole pour faire la promotion de La Forme du Désespoir. Juliette de Malpermesita Records a eu la bonne idée de convier des auteurs qui écrivent livres et nouvelles avec un univers ancré dans le metal. Et donc notre Eternel Winter, avec qui il est toujours agréable de discuter. Je fais donc l’impasse sur Pensées Nocturnes et Witchfinder pour découvrir le site. Avant bien entendu de me placer au-devant de la scène pour écouter Undead Prophecies. Vous connaissez mon attrait pour le death et les grandes qualités que j’ai trouvées à celui exécuté par l’énigmatique formation. Comme à son habitude, c’est revêtus de costumes et de masques, que débarquent les instrumentistes qui vont asséner quarante minutes de son death old-school. Les récents et excellents "I Summon Demons" et "Suffocated/Vanity" franchissent aisément l’épreuve du live. Le quintet développe son imagerie horrifique qui sied parfaitement à la musique jouée. L’ensemble est des plus maîtrisés, mais je dois avouer que certaines parties sont un peu plus pêchues sur disque. La set-list pioche dans les deux sorties d’Undead Prophecies et aura ravi les amateurs du death tel qu’il se pratiquait au début des années 1990. Et la question que se posent encore de nombreux amateurs quant à l’identité des individus à l’aspect sépulcral, à savoir s’il s’agit d’anciens ou au contraire de jeunes loups qui rendent hommage à une scène qu’ils n’ont pas connue, sera finalement tranchée à la fin de ce concert, quand les membres de la formation viennent saluer le public en retirant leurs masques. Les connaisseurs reconnaîtront, entre autres, les visages de Max Otero de Mercyless et d’Hervé Coquerel de Loudblast.

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Non content de vendre des brouettes de son best-seller, Winter a pris le temps de regarder la prestation de Decline of the I. Voici son compte-rendu.

« Ecris-le, écris-leeee! » À force de l’écouter, en boucle, nuit et jour, "Enslaved by Existence" me parle. Directement. En langage machine. « Ecris le Live Report, écris-le ! » J’obéis. Si cette chanson était dotée d’une volonté propre, elle obtiendrait ce qu’elle voudrait de moi. Oh wait…

« La seule raison d’être, c’est d’être ». La phrase que Decline of the I projette durant son show pourrait apporter du réconfort. Dans le fond, il suffit d’« être ». Simplement, comment fait-on pour être, prisonnier de cette existence, avec la mort comme seule et obligatoire échappatoire ? A.K. n’a pas de réponse. Alors, lui et sa troupe crient leur douleur. Et la montrent aussi. Des images dont le protagoniste est le corps. Notre prison, qu’une Jeanne d’Arc hallucinée quitte par voie sèche sous les yeux des spectateurs. Une prison palpable que les autres protagonistes du film projeté pendant le show essayent de démonter, d’enduire de diverses matières. Mais non, on ne peut pas se débarrasser de son corps, même si l’âme y crie son désespoir. Un désespoir qui a pris forme au Tyrant Fest, le samedi 16 novembre 2019 de 19h15 à 20h. Un cri qui perdure dans mon esprit. Une sensation de malaise due à la forme qu’a pris l’orgie sonore. Une forme raffinée et crue à la fois. Violente. Pesante. Avec une basse omniprésente assommant les spectateurs. Assis au fond de la salle, j’ai dû me lever. Pris d’une envie de crier, moi aussi, comme les deux chanteurs. Et pourquoi pas me défigurer, à l’instar de ce qui se passait sur l’écran, afin de creuser un tunnel jusqu’au domicile de l’âme. Que je ne trouverai pas. Impossible de parler musique, désolé. Juste du sentiment inspiré aux spectateurs. À mes côtés, l’un d’entre eux se sent offusqué par cette surabondance de basse, et abandonne la salle. Un autre me confesse à la fin du concert: « Je ne dois pas écouter ça trop souvent, c’est dur ! ». Oui, c’est dur. La vie est dure. Un dernier, enfin, tourne son regard vers moi et lâche : « Putain, quelle baffe ! » Oui, quelle baffe.

Interview du 26 octobre 2018:
Winter: Pour en revenir aux concerts, si tu avais les moyens financiers, que ferais-tu ?

A.K.: Sûrement quelques chose genre « art total » . (…)

Bien vu, A.K. Art total.

Dopethrone, venu du Canada, débarque ensuite au Métaphone pour quarante-cinq minutes d’une mixture lourde faite de doom, de stoner et de sludge. Vous l’aurez compris, ça joue fort et les passages puissants sont nombreux. Le quartet s’efforce de donner vie à des titres rampants, dont la noirceur se marie finalement bien au Fest. Je dois cependant avouer ne pas connaitre réellement la discographie de Dopethrone, mais avoir assez apprécié ce que j’en ai entendu. Découverte à approfondir.

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Après cet interlude pesant, retour au black metal avec la première tête d’affiche de ce samedi, Seth. Les Bordelais, dont je ne connais vraiment qu’un album, L' Excellence, paru en 2000 chez Osmose, proposaient ce soir un show pour fêter dignement les vingt ans de leur premier opus. Ainsi donc, Les Blessures de l’Âme seront exécutées dans leur intégralité. Et comment dire… je garde un assez bon souvenir de L’Excellence, très inspiré par la scène norvégienne, mais qui avait alors réussi à y intégrer quelques bonnes parties électroniques et acoustiques. Là, les claviers, très présents, très mélodiques, plaçant clairement les titres dans le registre black symphonique, ne m’ont pas subjugué. Alors certes, les musiciens maîtrisent comme il se doit cet album. Mais l’ensemble manque un peu de violence crue, celle que mon esprit associait à Seth. Saint Vincent se fait maître de cérémonie. Il brandit un chandelier et viendra verser du sang sur une jeune femme vers la fin du concert. Finalement peu d’effets, malgré ce que l’on aurait pu attendre. Les fans ont cependant été conquis. Pas moi, mais je reviendrai pour les vingt ans de L’Excellence.

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La journée, bien remplie, touche à sa fin. Septic Flesh (je sais, mais je suis vieux, donc je l’écris en deux mots) vient clore ce samedi. Le groupe est, comme Aorlhac, une surprise. Ils sont venus, quelques semaines avant le Tyrant Fest remplacer Belphegor qui a dû annuler sa participation, générant une déception chez certains. Pas de death black virulent donc, mais un death symphonique grandiloquent. Je n’avais pas vu les Athéniens sur scène depuis 2011. Autant le dire tout de suite: rien n’a changé. Le show auquel nous avons eu droit est un exemple de professionnalisme. Rien n’est laissé au hasard. Les titres joués ce soir le seront à la perfection. Quel plaisir d’entendre "Anubis" ou "Persepolis", issus de l’excellent Communion. Les fans de la première heure seront déçus, car seuls les quatre derniers albums ont été retenus par les Grecs afin de confectionner leur setlist. Comme d’habitude, Sotiris manque à l’appel. Ses interventions en chant clair seront donc samplées. Et enfin, Spiros Seth Antoniou n’étonnera pas ceux qui ont déjà croisé la formation. Il ne peut s’empêcher de parler entre chaque morceau, remerciant à l’envi le public. Ce qui finalement casse l’ambiance et ne permet pas de s’imprégner de l’atmosphère que devraient dégager les morceaux. Le traditionnel Braveheart sera demandé sur "Persepolis", comme depuis tant d’années. Ce concert montre donc un très bon groupe en pilotage automatique. Ceux qui ne connaissaient pas la version live de Septic Flesh ont pu être impressionné ou déçu. Voire les deux. Mais ne boudons pas trop notre plaisir et attendons une dizaine d’années pour revoir les frères Antoniou et leurs amis.

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La première journée de ce Tyrant Fest IV est donc une réussite. Il est désormais l’heure de rentrer, de profiter de quelques heures de repos avant de revenir sur ces lieux pour profiter d’un dimanche également placé sous le signe de la noirceur.


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