Alcatraz Festival 2019


Alcatraz Festival

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 09 août 2019
Jour 2 : 10 août 2019
Jour 3 : 11 août 2019

REPORTS DU JOUR



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Jour 2 :10 août 2019




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Ahh, samedi, n'est ce pas la journée que l'on préfère ? Celle où tout est permis ? Laissez-nous donc vous conter par le menu ce qui fait du samedi la journée la plus radieuse qui soit pour un festivalier de l'Alcatraz. Avec le vendredi et le dimanche.


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HELL CITY - 12h10-12h50 - Swamp (MFF)

Et pourquoi pas débuter la journée sous la Swamp avec un groupe du pays hôte ? Hell City, emmené par une rugissante frontwoman prénommée Michelle, comme dans la chanson des Guns, se charge d'ouvrir la session marécageuse du jour avec un mélange heavy (la dame)/ death (le batteur qui grogne) intéressant mais un peu stéréotypé dans chacune de ses composantes. Le rendu général s'apparente au final à une sorte de melodeath soft en mid tempo à l'efficacité incontestable en conditions live, et ce malgré une batterie un peu trop intimidante vis-à-vis des guitares. Un apéro correctement chargé.

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SPEEDÖZER – La Morgue –13h00-14h06 13h00-13h30 (Tabris)

Speedözer, ou « pissed-off homicidal-maniac rawk'n'roll » – ceux qui auront foutu les pieds sous la Swamp cet après-midi auront compris en quelques instants que la – très lapidaire - présentation du groupe sur la plaquette officielle de l'Alcatraz, se passait en vérité de détails supplémentaires. Speedözer, c'est pour la faire tout aussi courte, une raclée speed, cinglée et imbibée - sympa d'ailleurs le compère qui se fraye un chemin à côté de moi, une bouteille de Jack à la main et qui la pose diligemment sur scène à l'attention de l'honorable maitre des fûts ! Le ton est donné. Et la lampée manifestement très appréciée. Le son ? Direct et sans concession, ni répit d'aucune sorte. Le style ? Survolté. Et sous cette tente surchauffée, la fosse, excitée, n'en demandait pas plus pour se lancer et faire voler à nouveau vivement la poussière. Sur scène, un gratteux qui ne le sera pas moins, excité, démontrera sa fougue de bout en bout, oublieux de tout ce qui l'entoure - attention au revers de manche pour ceux qui se tiennent trop près de lui ! - oublieux jusqu'au précieux breuvage posé à ses pieds qui finira sa courte existence entre les lames du plancher plutôt que dans un gosier asséché par l'effort. Ça fleure la fureur, la sueur et – donc – la binouze répandue. Sur fond de caisses rouées de coups furieux, l'idée est bel et bien à cette heure de pousser le son au maximum de ses capacités. Et le mantra ? Mais démolir la guitare bien-sûr. Au sens figuré tout d'abord, puisque les riffs hard punk et soli sur-dynamisés n'auront de cesse de vrombir, comme au sens propre, puisque l'éprouvé instrument finira - coup de pieds dans le jack pour débrancher - balancé contre l'ampli à la fin du set pour couper court à toute discussion quant à la durée du show : trente minutes au lieu des soixante-six prévues - restons punk ! Un power trio qui ne nous laissera donc aucun instant pour souffler, enchaînant – ou plutôt déchaînant - sur nous des titres tout aussi véloces les uns que les autres à un rythme effréné, sans que l'on comprenne bien ce qui se passe vraiment. Un panneau « high-voltage » sous les rétines tout du long du set, si l'on veut faire dans la figure de style. Sympathique dose d'adrénaline pour se secouer les puces.

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SANCTUARY – 14h10-14h50 – Prison Stage (MFF)

Suite au décès du charismatique frontman Warrel Dane à la fin de l'année 2017, l'avenir de Sanctuary, entité mouvante déjà une fois ressuscitée, semblait compromis. Pourtant, les concerts se sont poursuivis et peu avant l'été, un album était annoncé pour 2020 avec le nouveau chanteur Joseph Michael. La section de Seattle du jour (après Queensrÿche la veille et avant Metal Church dimanche) va-t-elle interpréter quelques extraits en avant-première ? Non. La setlist constitue un panachage équilibré entre les – vrais – trois LP du collectif dont, évidemment, le « tube » "Battle Angels" sur lequel Michael, en proie à d'évidentes difficultés matérielles, retrouve un peu de voix. Qui se place dans la droite et stridente lignée de son illustre prédécesseur, ce qui n'étonnera pas ceux qui se sont penchés sur la discographie des prog metalleux de Witherfall au sein duquel officie celui qui n'est autre que le cousin – éloigné - de Ronnie James Dio. On pourra regretter que son chant demeure en retrait, tout comme les guitares du fondateur Lenny Rutledge et du petit nouveau Joey Concepcion, qui ont du mal à lutter avec un couple basse-batterie un peu trop imposant. Cependant, les morceaux sont suffisamment efficaces et les musiciens précis pour communiquer à une assistance satisfaite la puissance de leur heavy mélodique, rattrapant un déficit de mobilité et de charisme, à l'exception du bassiste George Hernandez qui n'en fait pas des tonnes non plus. Quarante agréables minutes.

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SOILWORK – 16h20-17h10 - Swamp (Tabris)

Prendre les choses à rebours... ce peut être un concept plaisant dans la découverte des genres et des groupes (ou une sale excuse toute trouvée pour couvrir son ignorance !). Ainsi, partir du hard FM tout particulièrement léché d'un groupe comme The Night Flight Orchestra, side project des sieurs Björn Strid « Speed » et David Andersson, pour remonter vers le – mais alors, rien à voir - death mélodique de Soilwork (que je n'ai certes pas à vous présenter – la littérature est dense sur le sujet, y compris en nos murs éternels - mais à qui je dis « enchantée de vous rencontrer »). Découvrir donc – et apprendre à apprécier - un groupe à la notoriété pourtant plus qu'ancrée en suivant juste le fil du satellite décontracté, oui, c'est un peu marcher à l'envers. Quoi que... pas tant que ça en vérité. Car NFO ne serait-il pas un tout petit peu pour quelque chose dans le vent de fraîcheur qui semble souffler sur Soilwork ces dernières années ? La critique reprochait en effet un temps à l'auguste groupe de death mélodique un certain monolithisme, et ce jusqu'à l'arrivée de l'inspiré Andersson, du non moins talentueux Sylvain Coudret, et de l'offrande The Living Infinite qui est venue casser les codes usés. À en juger encore par la performance vocale de Strid sur les compositions concomitantes des deux groupes (et je ne rentre pas dans le détail de toutes les participations auxiliaires, Speed portant trop bien son pseudonyme), celui-ci ne se cantonnant plus à son rôle naguère de hurleur mais laissant libre court à une palette de tonalités simplement ensorcelantes sur les deux tableaux, on peut être plus que tenté de croire en une revitalisation de la formation principale par son « satellite ». Et je ne détaille pas encore le travail soigné de l'instrumentation, excellente, tout bonnement. C'est en tout cas ce qui m'a conduite à écouter et réécouter en boucle les compositions les plus récentes de Soilwork ces dernières semaines, goûtant leur groove mâtiné de death, ce qui m'a naturellement poussée à attendre, non sans une certaine nervosité, la prestation programmée ce samedi sous la Swamp. Impatiente, entre-autres, de découvrir nos deux complices sus-mentionnés sous cette égide très différente du désormais familier NFO. Hélas pour moi, j'aurais pour déception de ne pas retrouver sur les planches du festival la silhouette fichée d'une clope du très estimable Dr Andersson. Le temps d'une introduction à la couleur de Verkligheten, et cette déception sera vite consolée dès la prime attaque frontale, "Arrival". Alors oui, le terrain n'est pas celui - dansant et chaleureux - des captivantes compos de NFO. Ici, la musique est directe, percutante, tantôt corrosive, tantôt poignante, diablement efficace en tout état de cause. Saluons tout d'abord un choix de setlist parfaitement calibré pour le format festival – compensant d'une certaine manière la durée horriblement courte du set proposé cet après midi, cinquante minutes seulement. Soilwork pioche dans les titres aguicheurs de Stabbing the Drama, The Living Infinite, The Ride Majestic et bien entendu, l'excellent dernier né Verkligheten mis à l'honneur (je dis excellent, ne rejoignant pas la critique de mon estimé compère Fromage Enrage sur le sujet), sans cependant épuiser toutes les possibilités des plaisants ouvrages (il nous restera donc suffisamment de frustration émue à la fin du set pour avoir envie d'en expérimenter davantage lors d'une nouvelle occurrence ou de simplement relancer le lecteur mp3 jusqu'à plus soif). Juste donc de quoi se mettre en haleine et faire chauffer plaisamment nos cellules nerveuses (et pourquoi pas secouer copieusement la caboche ?).

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Côté ingénierie sonore, à la différence d'autres sets programmés sous la tente, la performance des musiciens est valorisée par un rendu sonore équilibré, et chaque titre peut ainsi se déverser sur nous avec toute l'aisance et l'énergie attendues, mais encore aussi avec une solide profondeur de champ. Et s'il faut en rajouter, le plaisir affiché des musiciens à se produire suffira encore à convaincre l'auditeur de rentrer pleinement dans le jeu de titres aussi efficacement conduits que "Full Moon Chain", "The Ride Majestic" ou encore "Stabbing the Drama". Quant au chant, nous ne sommes pas sur des offrandes aussi touchantes qu'un "Spanish Ghost" ou "I'm Ain't Old I'm Ain't Young", il n'est point de "Domino" ou de voyages interstellaires en compagnie d'une certaine Amber. Cependant, une fois encore, je reconnais m'incliner face à la performance saisissante de Strid. Non content d'aligner ses vocaux sans écueil, jonglant avec une facilité déconcertante entre chant clair et chant death, il parvient encore à amplifier l'intensité de certains titres, comme par exemple ce classique qu'est "Nerve", que je trouve toujours un peu plat en version studio, et qui se révèle ici bien plus éclatant et mordant qu'espéré. Mon point d'orgue personnel restera cependant ce superbe "The Live Inifinite I" - retrouver ses riffs entêtants et mélancoliques à souhait, son soli enlevé et acide ainsi que cette hargne vindicative qui tranche dans le vif, c'est juste un pur bonheur. Un regret seulement: l'absence de la splendide "You Aquiver". De manière tout à fait plaisante, le set se clôturera sur l'addictive – quasi-obsédante – et épique "Stålfågel", dont les ambiances posées par ses nappes de claviers futuristes et les mélodies en font... la composition la plus proche de The Night Flight Orchestra. En voilà une clôture qui me ravit. Mais pas tant pour ses accointances avec le groupe qui m'a séduite initialement. Le son Soilwork vient de me rentrer pleinement entre les tempes et j'ai dans l'idée qu'il ne va pas me lâcher de si tôt.

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FLOTSAM AND JETSAM – 18h00-18h50 – Swamp (MFF)

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Étant donné que le set de Knutson et ses amis constitue un décalque quasi parfait de celui envoyé lors du Bang Your Head Festival un mois plus tôt, il est très tentant bien que moyennement déontologique d'inciter à lire le compte-rendu de ce dernier pour se faire une idée fidèle de la performance du jour. Or, comme l'écrivait un habitué des recueils de citations, « le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder » – dont acte. En complément, on aurait aimé que la formation de Phoenix remplace le pataud "I Live You Die" – ce ne sont pas les bons titres qui manquent dans sa discographie. Et Erik A.K. est décidément très en voix, survolant un son une nouvelle fois brouillon sous le chapiteau de la Swamp.

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HYPOCRISY – 19h50-20h50 – Swamp (Shamash)

Hypocrisy débarque en début de soirée. Mon seul et unique rendez-vous avec les Suédois commence à dater. Je les avais vus à Lille en ouverture d’Immortal il y a maintenant quinze ans. Et n’en avais pas gardé un souvenir ému. Il faudra se rendre une fois encore à l’évidence: le groupe ne me plaît pas. Je n’apprécie que très modérément ce que j’ai entendu sur disque, mais en live, ça me laisse encore plus de marbre. Difficile pour moi de voir un si grand nom de la scène metal, responsable du son de quelques pépites noires, s’affairer sur scène sans parvenir à convaincre. L’ancien "Pleasure of Molestation" n’y fera rien. Alors oui, quelques fans, semblent comblés. Pas moi. Comme tant d’autres, c’est avec politesse mais sans plaisir que j’ai regardé le concert offert par Peter, Horgh et leurs amis.

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THIN LIZZY – 20h50-22h00 – Prison Stage (MFF)

Non contents d'écrire des chansons dans l'esprit de Thin Lizzy avec Black Star Riders, Ricky Warwick, Damon Johnson et Scott Gorham réactivent régulièrement l'entité menée jadis par le regretté Phil Lynott et convoquent quelques amis sur les planches. C'est ainsi que l'on retrouve ce soir le bassiste barbu et grisonnant Troy Sanders en permission de Mastodon ainsi que Scott Travis de Judas Priest en mode tranquille derrière les fûts – dédicacés s'il vous plaît. Darren Wharton, bien qu'ayant été – brièvement – membre du Thin Lizzy historique au début des années quatre-vingts, apporte essentiellement son franc sourire et quelques vocalises inaudibles, sa contribution aux claviers étant par ailleurs inexistante. Petite vacherie supplémentaire envers le Britannique du collectif, le seul titre extrait de la période où il fut officiellement membre du gang irlandais, "Cold Sweat", ne contient pas de lignes de synthés marquantes – quel dommage à ce propos que le Thin Lizzy “moderne” ne joue plus le tempétueux Thunder and Lightning !

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Néanmoins, les soixante-dix minutes passés en compagnie de la mythique formation de hard rock classieux auront été un pur bonheur: son impeccable, musiciens au top, de belles lumières (ça change des brouillards rouges-verts-bleus habituels) et, évidemment, un répertoire en or. À tel point que le sextet s'est autorisé à faire l'impasse sur "Whiskey in the Jar" et "The Boys are Back in Town"... Ah ah, bien sûr que non, lecteur (in)crédule ! Les deux incontournables de la discographie du collectif jadis dublinois concluront le set après un enchaînement de tubes, dont un "Killer on the Loose" survitaminé. Ricky Warwick, seul Irlandais de la bande – de Belfast, comme Gary Moore, c'est écrit sur sa guitare – assure le show, arpente la scène en long, en large et en hauteur, offrant un contraste assez net avec ses placides partenaires dont le Grand Ancien Scott « fuckin' » Gorham, ainsi que l'ex-The Almighty le présente à deux reprises. Cependant, le teigneux frontman ne se signale pas uniquement par sa propension à la tchatche mais également par sa capacité à reproduire les intonations caractéristiques de Phil Lynott, sans que cela ne vire au pastiche grossier. Et alors que l'on aurait pu redouter un récital sans âme froidement déroulé par des mercenaires en déficit d'implication, c'est au contraire une performance intense, livrée par un collectif à la cohésion remarquable qui est offerte à l'assemblée aussi compacte que conquise. La nuit s'est doucement installée, il est temps de danser sous la lune.

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MAYHEM – 22h00-23h00 - Swamp (Shamash)

La nuit est tombée sur le site du festival. L’heure propice pour se confronter à l’une des formations les plus sulfureuses du metal extrême. Depuis les années 1980, les Norvégiens déchainent en effet les passions. Des avis, glanés ci et là, évoquent des prestations live qui peuvent au choix être de bonne qualité ou de véritables désastres. Il semble que je sois tombé sur un bon soir. Le show sera divisé en trois parties bien distinctes. On commence avec la période post De Mysteriis. "Ancient Skin", "To Daimonion" et "Dark Night of The Soul" s’enchainent parfaitement. Le groupe sort ensuite de scène quelques instants, avant de réapparaitre avec des robes de bure. Et d’offrir trois morceaux de l’iconique De Mysteriis Dom Sathanas, dont l’inévitable "Freezing Moon" et l’excellente "Life Eternal". Attila s’amuse avec un crâne, hurlant comme un damné, accompagné par ses acolytes qui se démènent pour tisser une atmosphère sombre au possible. Puis le groupe s’éclipse aux dernières notes de "De Mysteriis Dom Sathanas". Pour apparaitre une fois encore, dans une tenue plus légère, avec un trio de titres anciens, rappelant les débuts de la formation avec un aspect finalement très punk. "Deathcrush", "Carnage" et "Pure Fucking Armageddon" viendront ainsi clore un set vraiment appréciable. Heureux que ma première rencontre avec Mayhem se soit aussi bien déroulée.

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AVATAR - 23h00 – 00h30 – Prison Stage (MFF)

L’une des têtes d’affiche de cette édition était incontestablement très attendue au regard de la foule qui se masse au pied de l’estrade, sans nul doute alléchée par la promesse d’une mise en scène grandiloquente. Après l’apparition décalée de la troupe de l’Alcatraz - policières en spandex, déguisements carcéraux et artistes “circassiens” tendance moustaches et bides à l’air – un musicien entre solennellement pour se faire couronner en toute simplicité. Un feu d’artifice plus tard – un vrai, avec une musique de fond pas trop nase pour une fois – et voilà le quintet emmené par le grimé et grimaçant vocaliste Johannes Eckerström qui fait vrombir les amplis avec sa mixture heavy/ melodeath à grosses basses. Le contraste entre le visuel clinquant fortement déconseillé aux épileptiques et un rendu sonore façon goudron qui colle aux pattes donne l’impression que le contenu n’est pas tout à fait à la hauteur de l’enrobé (oui, ce jeu de mots est lamentable), malgré des refrains qui se veulent fédérateurs. Les fédéré(e)s hurlent les paroles à l’unisson du Marylin Manson à froufrous tandis que les réfractaires se lassent assez rapidement de cette tambouille sans grande saveur. Grand spectacle ou grande esbroufe ? Les deux, mon général d’opérette.

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AMENRA – 00h30-01h30 - Prison Stage (Tabris)

N'en déplaise aux amateurs de shows théâtraux et d'explosions incandescentes, Avatar, aussi coloré et festif soit-il, même porté par une foule d'amateurs totalement acquis à sa cause tous serrés les uns contre les autres dans la manifestation d'un plaisir évident, ne me convainc guère de m'attarder longuement. À chacun son style. Aux feux d'artifices qui ne manquent certes pas de brillance, aux décorums avantageux, costumes excentriques et mises en scènes fantasques auxquelles j'aurais peut-être répondu avec amusement, voire même entrain, un autre soir que celui-ci, je préfère amplement l'atmosphère monochrome et plus « confidentielle » qui se prépare sous tente. Mes pas se détournent donc bien avant la fin du set d'Avatar pour me conduire vers les premiers rangs de la Swamp. Car pour rien au monde manquerais-je, ne serait-ce qu'une miette, de la prestation clôturant à mes yeux comme un point d'orgue, cette excellente journée. Celle d'Amenra. La configuration festival n'est certes pas la plus propice à l'exercice. Les fervents, déjà recueillis, côtoyant une foule de curieux animés et bavards bien plus conséquente qu'en salle de concert, lorsque Amenra se trouve seule tête d'affiche - la religiosité de l'instant sera sans doute quelque peu mise à mal en début de set, mais l'implication des musiciens et la beauté des compositions aura rapidement raison de cette gène initiale. Comme à chaque occurrence, je retrouve donc avec émotion cette atmosphère feutrée, ces lentes et douloureuses montées en puissance, ces spasmes de virulence et ces éblouissements épileptiques. Comme à chaque fois, les musiciens qui nous font face respirent la concentration et délivrent avec art et précision les titres dont je ne parviens pas à me lasser, quelque soit l'usure des disques ou le nombre de sets contemplés (que j'estime en vérité encore bien insuffisants). La ferveur se fraye naturellement son chemin à mesure que la musique se déploie. Jusqu'à empoigner chacun de mes os, douloureusement. Plonger en avant, suivre les gestes de celui qui tourne immuablement le dos à la salle – qui lui tourne le dos pour être plus proche de nous, être avec nous, dans ce même mouvement un peu fou, désaxé, distordu. Les doigts se crispent, les bras se tordent, les mains se lèvent au ciel et le corps contracté ploie. Qui se sent inspiré par ces sonorités les éprouve physiquement. L'agité du bocal qui se cogne à moi durant une partie du set fini par disparaître, la foule calme ses bavardages, les mue en simples murmures. Il y a trop de fous dans le public pour que la clameur passe encore.

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Et comme à chaque fois, tout est différent. Car, si une setlist semble se répéter à l'envie, si la frappe de "Boden" sera l'immuable appel au silence initial et au recueillement, "Razoreater" s'imposera comme le cri de rage salvateur, si "A Solitary Reign" s'élèvera en fédérateur d'une foule très éclectique, "Diaken" sera l'ultime coup de semonce qui nous laissera immanquablement pantois et orphelins dans le terrible « silence » d'après concert. Si tous ces éléments semblent familiers, trop sur le papier, une performance d'Amenra est, et demeurera pourtant toujours unique. Ce qui flotte dans l'air répondant à l'unicité de la foule sise devant la scène, à l'état d'esprit de chacun, public et musiciens. Et cette donnée est une variable. Et ce soir, il est une tension tourmentante perceptible dans ces notes et dans ce chant, un trouble émouvant, brutal, à ce point de saisissement que la si sublime "A Solitary Reign" justement, me semble, à moi, qui l'ai écouté un nombre incalculable de fois depuis sa prime découverte, à la limite du soutenable. Lui dire non ? Impossible. Celle-ci est trop fondamentale. Alors, elle arrachera mon émotion, plus violemment que naguère, et cette émotion trouvera son prolongement durant tout le set. Colin H Van Eeckhout n'aura nul besoin ce soir de se mettre en croix ou de saigner de plaies réelles pour que certains d'entre nous soient touchés. Nous faire face, un court instant. Simplement. Comment rester humble dans la description de cette musique qui en live révèle une si terrible amplitude ? Comment exprimer objectivement tout ce qu'elle parvient à charrier alors sur son passage ? Ce qu'elle nourrit et offre de libérer sous cette voûte de toile. Douleurs, beautés et songes ? Ce qui me fascine toujours autant avec Amenra, c'est cette capacité unique de conduire quelques âmes à la catharsis, pour un temps hors du temps, quelques précieuses minutes, tout à la fois enchanteresses et écrasantes.

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Interlude: Passé un concert d'Amenra, vous pensez bien que je n'ai pu que m'empêcher de m'enquérir de l'impression à chaud de son frontman, Colin H Van Eeckhout :

Hello. Congratulation for your show at the Alcatraz festival. It was such a pleasure to see Amenra again. Still this fantastic intensity. May I ask you if you would share with us your feeling about this Alcatraz fest ?

The others felt good about the show, I didn’t. Parameters weren’t right for me to be able to fully enter the space I want to be. The people from Alcatraz were lovely, it was such a warm environment. It felt lile a homecoming, a true one. We shook hands with the mayor of the city we grew up in. And had some memorable conversations with old friends and new.

Artistes comme festivaliers apprécient le millésime 2019 de l'Alcatraz, c'est une évidence. N'avait-on pas prévenu que ce samedi serait riche en émotions ? De quoi se demander si le dimanche sera apte à rivaliser. Pour le découvrir, il faudra cliquer (en bas à droite ou sur le côté).


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