Alcatraz Festival 2019


Alcatraz Festival

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 09 août 2019
Jour 2 : 10 août 2019
Jour 3 : 11 août 2019

REPORTS DU JOUR



GALLERY

 


Jour 1 :09 août 2019




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Il y a des festivals qu’on attend plus que d’autres. L’Alcatraz appartient à cette élite des noms prometteurs que l’on anticipe des mois à l’avance avec gourmandise. L’affiche est riche et variée, joyeux panachage de heavy old school, de brutal death, de metalcore japonais, de Hollandais planants, de thrash historique et de Thin Lizzy. Entre autres. Le généreux décorum pénitentiaire conçu par le vénéré Ed Repka contribue fortement à cette immersion dans un monde parallèle et idyllique où les décibels, les vestes à patches et les baraques à frites règnent en maîtres. C’est pourquoi, la conscience professionnelle chevillée à la Doc Martens, la rédaction de Eternels quadruple le nombre de ses envoyés spéciaux par rapport à l’édition précédente, ce qui fait donc quatre personnes arrachées à leurs congés payés prêtes à s’enquiller un max’ de concerts dans la joie et le manque de sommeil. Y compris celui d’Avantasia. Et ils ne sont pas déçus du voyage, les lève-tôt arrivés sur place dès l’ouverture des Portes du Pénitencier (désolé), accueillis par d’accortes fliquettes tout de faux cuir plus ou moins vêtues, se trémoussant en mode cheerleaders au son d’un rock band local en satin, veillées par un gardien de prison verdâtre, un serial killer en cavale, un méchant clown et un psychopathe à masque à gaz sur échasses. On repère le chapiteau de la nouvelle scène répondant au doux nom de La Morgue ainsi que l’emplacement du merch’ copieusement garni et, euh, des toilettes avant de descendre au fin fond du site, jusqu’à la scène extérieure, pour assister au premier concert donné à la Prison.

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CROBOT - 11h30-12h10 - Prison Stage (Tabris)

S'il est une chose que j'adore, c'est bien débuter un fest par un set de rock groovy and dirty léché. Stoner, dirons-nous, pour la faire simple. C'est tendance, me direz-vous – car rien de tel en plein cœur de l'été qu'un bon nuage de poussière chaude envoyé en pleine gueule ? Mais alors, qu'est-ce que j'en ai rien à battre de la tendance, rien à foutre qu'on se les arrache à ces heures, les groupes qui fleurent bon le road trip américain - le stoner, c'est juste un plaisir souverain ! Un plaisir que je goûte surtout en live. Et Crobot se trouve programmé à point nommé pour combler mes vœux. Une chemise à jabots et un blaser à paillettes catégorie« je vous éclate la rétine » pour un frontman sautillant, un backdrop flanqué d'un loup tous crocs mis en avant sur fond pop psyché en guise de décor et une énergie de je-me-lève-tôt-le-matin-pour-te-faire-bouffer-vite-fait-ton-croissant qui vous relance toutes les cellules comme un bon shoot de dopamine (ou amphétamines, voire mescaline, selon votre école), voilà le programme.

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Crobot, 2011, Pennsylvanie - dont nous n'avons pas encore parlé en nos terres éternelles, mais ça ne saurait tarder - armé d'un très excellent Welcome to Fat City et d'un on moins estimable Something Supernatural, sans oublier son dernier né, le tout frais Motherbrain, a des arguments plus que massifs pour défendre sa place sur la mainstage du fest, la Prison Stage. Que ce soit un "Night of Sacrifice", "La Mano de Lucifer", un "Wizards" ou consorts, le combo nous envoie direct dans les gencives un son dynamique, rond, chaud et d'excellente facture. Sans tarder, on se prend au jeu de ce rock flamboyant mâtiné de touches bluesy, bourré à ras-bord de hits à chanter à tue-tête, compositions riches et entraînantes, l'ombre d'un certain Kyuss planant dans l'air... rien à jeter ? En vérité... non. Même la pluie qui bat drue ne parvient pas à altérer l'effet dynamisant des compositions offertes par Crobot. Alors, pas d'originalité absolue dira la critique – mais qu'est-ce qu'elle pinaille celle-là ! - mais le talent évident de ceux qui savent mettre en avant un style éprouvé et très à la mode, avec suffisamment d'efficacité pour susciter l'adhésion pleine et entière. La Prison Stage offrant un son équilibré (à la différence de la Swamp, nous le verrons plus tard), aucun voile étouffant ne se pose sur le set et chaque membre du combo trouve naturellement sa place pour notre plus grande joie. Une section rythmique aux petits oignons, un groove (oui, je me répète) d'une efficacité redoutable, ces bons riffs gras très typés qu'on adore, des soli gavés de fuzz et un chant de fort bon aloi – louons à cette occasion la puissance vocale du compère Brandon Yeagley et encore, sa vivacité, car le bougre se montre peu avare en démonstrations, va-et-viens et harangues adressées à un public qui n'attend que ça: entrer plein gaz dans ce fest qui lui promet trois jours de bonheur. Que demander de plus pour savourer ce cru 2019 ? Ma foi, que toutes les prestations du jour nous conduisent à éprouver le même sentiment de jouissance bienheureuse.

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Deux Éternoz sont donc déjà bien échauffés par ce premier set et fins prêts à affronter les hostilités mitonnées avec savoir-faire par l'orga de l'Alcatraz festival. Ne tarde pas cependant à se présenter au portillon un troisième compère, prêt à en goûter lui aussi, même s'il a dû auparavant se battre avec piquets et toile, lutter contre vent et drache pour enfin poser sa tente et, serein, nous rejoindre devant les scènes.

NERVOSA - 12h10-12h50 - Swamp (Shamash)

Après une installation sous la pluie, voici venu le temps du répit. En effet, direction la scène nommée Swamp, couverte, pour profiter au mieux de mon premier concert du festival. Le public présent sera malgré tout arrosé par la virulence du trio féminin Nervosa. Les jeunes femmes se sont taillées une bonne réputation eu égard à la qualité de leur thrash direct et efficace. Pas de concession une fois encore. Leur prestation sera en tout point conforme à ce que l’on pouvait espérer. Ça joue vite et fort. Fernanda Lira au chant éructe ses paroles avec une agressivité appréciable. Les titres de leurs trois albums seront interprétés consciencieusement. La musique des Brésiliennes ne brille pas par son originalité, mais n’en demeure pas moins intéressante. Après quarante minutes de violence crue, le public exprime son contentement. Une excellente entrée en matière, qui promet à son tour un weekend de qualité.

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WAYWARD SONS - 12h50-13h30 - Prison Stage (MFF)

Un pantalon à carreaux, une casquette rétro, le polo rayé de Freddy Krueger (sans les trous), une chemise ornée de motifs bleuâtres, une autre à pois blancs sur fond noir, le tout sous la flotte: le collectif qui se présente pour la deuxième fois sur la Prison Stage est indubitablement britannique. Ancien membre des défunts Little Angels qui connurent un succès fort honorable Outre-Manche au tournant des années quatre-vingt dix, le rouquin à bouclettes Toby Jepson affiche une forme vocale étincelante, au service d'un hard rock classieux mi-AC/DC, mi-Thin Lizzy dont les accents énergiques finiront par réveiller les spectateurs trempés. La curiosité de ces derniers venus découvrir une formation ayant pour l'heure un seul LP au compteur (le bien accueilli Ghost of Yet to Come) sera récompensée par l'arrivée du soleil, saluée comme il se doit par les Fils Rebelles, tout sourire – spécialement le compétent soliste à pattes d'eph'. Très southern rock, pêchu, parfois bluesy, le son Wayward Sons révèle toutes ses saveurs et s'accueille donc avec un franc plaisir. Les Anglais offrent au passage deux titres issus de The Truth Ain't What It Used To Be (sortie prévue le 11 octobre 2019, notez-le bien, ça pourrait vous plaire) - "Any Other Way" et "The Jokes on You" - et termineront leur solide prestation par un "Until the End" au riff entêtant. On a bien fait d'attendre avant d'aller chercher les frites.

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Interlude Parce que nous avons à cœur de partager un maximum d'impressions avec vous, chers lecteurs, nous nous sommes permis d'aller asticoter les groupes pour recueillir leurs sentiments à chaud, brutes de décoffrage. Et le premier à accepter de se prêter au jeu se trouve justement être Wayward Sons. Un grand merci à ses membres d'avoir eu la gentillesse de répondre à quelques questions.

What is your first impression about this fest? Are you satisfied?

The festival was great, very well organised and for us a very good crowd, despite some rain when we started. By the end of our , we felt we had made some good new friends.

Wayward Sons is a recent signature, but we feel your experience right away, your performance was high quality of execution and quite energizing. What is the reception of the public to you productions, and was the public of the Alcatraz in the same way?

Well we have all been playing for a long time even though Wayward Sons is a new concept so thanks for spotting that. It is quite a strange thing for some older guys to be making a whole new project that doesn't rely on anything from the past but the reaction has been great so far and Alcatraz was no different - I think our efforts to make the songs as strong as we can really helps and of course for me being in a band with great musicians also helps.

How did you find the organization, the staff and the site? Do you have an anecdote to tell us? A special moment?

The organisation and the way we were looked after was up there with the best festivals in the world - Toby has played many more than the rest of us but I know he was blown away by how well everything was done. Special moment has to be the sun coming out around half way through our set after so much rain to start - but really the way a crowd formed depite the rain and made the best of things was special.

What did you think about the cast of this edition? Did you meet other bands?

We did not meet too many people sadly although in the catering everyone we did see was very friendly.

What are your expectations and plans?

We have our second album released on October 11th and a lot of touring for the next year so hopefully we can come back and play Alcatraz again one day - we hope to release our third album as early as 2020 so we have a lot of work to do!!


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CRYSTAL LAKE - 13h30-14h10 - Swamp (Tabris)

Retour sous la Swamp pour une plongée de plain pied dans le hardcore ciselé des japonais de Crystal Lake. Avec quinze ans d'expérience et cinq albums salués par la critique (sans compter EP et singles) – et plus particulièrement leur dernière offrande, l'excellent Helix (que je vous recommande chaudement) -, les Tokyoïtes se présentent à nous avec des arguments puissants, et c'est tout simplement une petite bombe de violence délectable qui nous est balancée en pleine poire durant les quarante minutes qui leur sont accordées. Rythmiques plombées, effets cybernétiques, chant puissant en rap et en screamo, sont les composantes principales de ce hardcore de très bonne facture qui ne tarde pas à conquérir et faire jumper l'assistance.

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Un son féroce, oui, conduit avec dextérité par des musiciens habités - aux yeux parfois même révulsés -, mâtiné de cette petite touche de djent qui n'est pas sans rappeller un certain Architects, il n'en faut pas plus pour que circle-pits et walls of death se forment rapidement sous les harrangues de Ryo Kinoshita, frontman possédé qui, porté debout par une foule émue, ira jusqu'à se fendre un chemin littéralement au-dessus d'elle. Mais Crystal Lake ne se cantonne cependant pas à ça et nous tient encore la dragée haute par des arrangements racés, des ruptures de rythmes et des plages mélodiques d'une délicatesse à couper le souffle, mêlant intimement atmosphère résolument moderne voire futuriste et élément traditionnels asiatiques sans qu'un quelconque sentiment de paradoxe ne vienne troubler nos sens. L'ensemble s'offre alors au béotien comme une surprise inattendue d'une efficacité redoutable et à l'amateur averti, très certainement comme des retrouvailles parfaitement jouissives. Un sans faute à saluer sans retenue.

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HELSTAR – 14h10-14h50 – Prison Stage (MFF)

Plus de trente-cinq ans au compteur et pourtant toujours anonymes (ou presque) : soyons clairs, les Texans jouissent d’un capital confiance limité au moment de leur entrée en scène sous les auspices bienveillants de Phebus. Et pourtant, les deux vétérans James Rivera au chant haut perché et Larry Barragan à la gratte vont délivrer avec les petits « jeunes » qui les accompagnent un set tout à fait honnête de heavy metal ultra traditionnel mais suffisamment mélodique pour faire passer un bon moment, malgré des guitares grésillantes et une batterie dont le son étouffé s'apparente à celui d'un baril de lessive frappé par un asthmatique. Ça ne bouge pas énormément sur scène, le look des musiciens est quelconque mais tout le monde joue correctement sa partition sans trop se prendre la tête : on n’en demandait pas plus de la part d'un collectif pas spécialement réputé pour la brillance de ses enregistrements studio. La magie du vieux heavy en live a encore fait son office.

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DEMOLITION HAMMER – 14h50-15h30 – Swamp (Shamash)

Les dernières notes jouées, il ne suffit que de quelques mètres pour rejoindre la Swamp. Notons à ce propos que le site a été extrêmement bien pensé et qu’il est ainsi possible de profiter de nombreux concerts sans rien manquer, du fait de la proximité des scènes. Voilà donc Demolion Hammer. Le groupe de thrash américain reformé depuis 2016, va prouver, s’il en était besoin, que ses membres sont passés maîtres dans l’art de brutaliser les foules. Les morceaux joués sont issus de leurs deux premiers albums, le décrié Time Bomb ayant été oublié. Quel plaisir de voir ces anciens délivrer un set axé sur la puissance. L’excellent "Skull Fracturing Nightmare" ouvre le bal de fort belle manière. Les années ont passé, mais la rage semble intacte. Les quinquagénaires savent s’y prendre pour martyriser le public, à grand coup de riffs enlevés et efficaces. L’on se brisera la nuque avec joie sur les classiques "Carnivorous Obsession" ou "Human Dissection". James Reilly s’avère être un frontman époustouflant, à près de soixante ans. À l’aise au chant et à la guitare, il va éclabousser de son talent la Swamp, aidé par ses compères, dont le jeune Angel Cotte derrière les fûts. Quarante minutes plus tard, il faut se rendre à l’évidence, Demolition Hammer a encore de quoi rassasier les fans de thrash violent. La première claque du festival me concernant.

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AN EVENING WITH KNIVES – 15h00-16h06 - La Morgue (Tabris)

« No opener, no headliner, just bands », telle est la devise de la Morgue, la plaisante nouveauté de cette édition 2019 de l'Alcatraz. « An obscure experience » et pour cause: capacité max 666 personnes, durée des sets 66 minutes, magnitude 6 sur l'échelle de Richter. Et la messe est dite. L'atmosphère annoncée de la scène dédiée au stoner, « doom, pissed-off homicidal maniac rawk'n'roll » et autres dark ambiant, a quelque chose d'alléchant. Ici, point de pit, on se cogne directement à la scène, on respire la poussière à pleins poumons, on a les mains posées sur les câbles si on traîne ses Docs au premier rang, les pieds sont fichés dans la terre et la face est presque collé au manche du gratteux planté quelques centimètres plus haut sur les planches et qui ploie dans un mouvement de passion. Attention aux revers ! An Evening With Knives lance donc la première salve sous ce chapiteau qui, je le confirme, n'a du cirque que le décorum extérieur et tient ses promesses, à quelques détails près. « Where the wall of sound falls down into a sea of tranquility, they always keep it dark, heavy, and captivating ». Avec deux EP au compteur, An Evening with Knives et Fade Out, ainsi qu'un LP, Serrated, la jeune formation néerlandaise propose cet après midi un post-metal dense et soigné, emprunt de doom - la basse à la main de Peter van Gruvsen est caractéristiquement très en avant – mais encore fortement coloré de stoner, notamment dans les splendides lignes de guitares psychédéliques signées Marco Gelisen. Ajouté à cela, un groove de toute beauté, il n'en faut pas beaucoup plus pour tendre franchement l'oreille. Un point noir cependant: la voix. Sur album, les lignes de chant, rugueuses, viennent accentuer l'approche plus métallique de l'ensemble. Mais cet après-midi, Marco subit hélas les effets d'une mauvaise balance et restera peu audible. Ceci ne ternira cependant pas l'effet général de la proposition qui fait majoritairement la part belle à l'instrumental. Les plages, truffées de surprises, tantôt aériennes et riches en poésie, tantôt catchy à souhait, convainquent sans effort et l'on se plaît donc très rapidement à entrer dans le labyrinthe sombre composé par les trois compères et plus encore à se perdre dans ses multiples méandres sonores. Un set original et captivant, incitant à porsuivre l'expérience sur album.

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VLTIMAS – 16h20-17h10 – Swamp (Shamash)

Même scène que pour Demolition Hammer, mais changement d’ambiance. Vltimas, le supergroupe signé chez Season of Mist, vient présenter son premier album, Something Wicked Marches In. Ce dernier m’avait convaincu. Restait donc à savoir si l’épreuve du live allait confirmer mes première impressions positives. Pour être tout à fait franc, il me faudra plusieurs minutes pour pleinement apprécier la prestation du trio, ici accompagné de João Duarte à la seconde guitare et de Ype Terwisscha van Scheltinga à la basse, David Vincent se concentrant uniquement sur le chant. Bizarrement en effet, les titres exécutés avec sérieux manquent un peu de hargne. Ou est-ce le chant de Vincent qui est moins virulent que sur disque ? Bref, un je-ne-sais-quoi m’empêche de pleinement m’enflammer. Mais, plus le temps passe, plus je dois reconnaître la qualité des musiciens. Blasphe
mer montre ses capacités à élaborer des riffs puissants et mélodiques, soutenu par l’excellent batteur Canadien Flo Mounier. Et David Vincent et ses danses chaloupées valent le détour ! Finalement, je ressors de ce concert content. Pas ravi, mais tout de même satisfait.

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THY ART IS MURDER - 17h10-18h00 – Prison Stage (Shamash)

Thy Art is Murder prend place sur la Prison Stage et le peu que je vois et entend me laisse de marbre. Je ne suis absolument pas touché par ce deathcore générique et peu inspiré. Je suis d’ailleurs surpris que ce groupe soit sur la mainstage en assez bonne place. Comme quoi, l’égout et les odeurs… Un passage par le bar - très stylé - s’impose.

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NAPALM DEATH – 18h00-18h50 – Swamp (Shamash)

Napalm Death déboule sur la Swamp. Rien à déclarer, les Britanniques, comme à leur habitude vont délivrer un set avec pour caractéristique première l’énergie. Barney se promène de long en large de la scène hurlant comme un damné, pendant que ses acolytes martyrisent leurs instruments. Plus de vingt titres, beaucoup de classiques, bref, le groupe est en pleine forme et nous fait profiter de sa virulence légendaire. Le public répond en se lançant dans des danses violentes au rythme de morceaux issus de leur discographie pléthorique. Napalm Death est à voir en live, car même après trente ans voués à un style aussi extrême que le grind death, les Anglais sont toujours capables d’ébranler les foules. Un groupe culte, une set-list classique. Que demander de plus ?

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QUEENSRŸCHE – 18h50-19h50 – Prison Stage (MFF)

S'il existe des personnes appréciant la période la plus récente de Queensrÿche débutée avec l'éviction du chanteur historique Geoff Tate, elles ont dû être sacrément déçues. Une fois interprétée "Light-Years", seule chanson issue de l'album sorti en cette année 2019 (The Verdict), le quintet de power nord-américain se concentre en effet exclusivement sur le meilleur de la période... Tate, soit les cinq premiers LP parus au siècle dernier et l'EP éponyme originel dont sera extrait l'incunable "Queen of the Reich". Le risque – réel - de subir la mièvrerie de la ballade "Silent Lucidity" s'estompe heureusement au fil des morceaux, exécutés avec sérieux par les vieux routiers Michael Wilton à la guitare et Eddie Jackson à la basse, secondés très efficacement par un trio de même pas quinquagénaires dont le batteur Casey Grillo qui se fait un plaisir de revêtir un masque à gaz du plus bel effet.

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Quant à l'ex-Crimson Glory Todd La Torre, sa performance irréprochable et pour tout dire impressionnante de puissance dans un registre exigeant, le situe clairement dans la catégorie des vocalistes remplaçant avantageusement les stars qui les ont précédés, à l'instar de ZP Theart plus que convaincant avec Skid Row aux festivals Rock Hard et Bang Your Head cette année. Alors bien sûr, tout ce petit monde so(m)brement vêtu est très statique (ici, c’est pas Avatar) et on pourra tiquer sur le choix peu aventureux des sempiternels "Eyes of a Stranger" et "Operation : Mindcrime" - des titres plus nerveux tels "Speak" et "Spreading the Disease" issus du recueil phare de la section de Bellevue auraient sans doute fait grimper encore davantage le niveau d'intensité. Mais portée par un très bon son et l'interprétation ultra pro des cinq musiciens, la performance de Queensrÿche a de quoi satisfaire bon nombre d'aficionados de longue date, justifiant le maintien en activité d'une entité dont les moments de gloire commencent à dater un peu – ironiquement (cruellement?), le logo de Saxon sur un élément du décor entreposé en arrière-plan aura été plus visible que celui des banlieusards de Seattle.

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WOLVENNEST – 19h00-20h06 – La Morgue (Shamash)

Début de soirée et découverte pour moi de la nouvelle scène, sobrement appelé La Morgue. Cette année, les organisateurs ont en effet décidé de programmer des groupes plus confidentiels, souvent belges, leur donnant ainsi le loisir de se produire devant un public assez garni. Ainsi donc, j’allais dans cette petite tente pour entendre le set de Wolvennest. Intrigué par la chronique de notre cabalero expatrié et piqué par l’écoute du premier album de ce groupe, me voila face à lui. Et de rapidement succomber au charme des titres proposés. Œuvrant dans une sorte de post-metal aérien, Wovennest a de quoi faire voyager les plus ouverts d’esprit. Les guitares sont lourdes, bien plus que sur disque. Le contraste avec la douce voix de Sharon Shazulla n’en sera que plus impressionnant. Wolvennest, c’est une puissance mêlée de noirceur qui s’avère hypnotique à souhait. Les morceaux sont longs et le collectif sait prendre son temps pour tisser des ambiances envoûtantes. Difficile de redescendre après ce set qui m’a finalement emmené dans des territoires lointains. Simplement de noter dans un coin de ma tête d’écouter le dernier album en date au plus vite.

SODOM – 19h50-20h50 – Swamp (Shamash)

Sodom. Un nom qui a traversé les décennies. Et pourtant, je n’avais encore jamais eu le loisir de croiser la route des Allemands. La seule fois où cela aurait dû se produire, un changement de batteur quelques jours auparavant avait empêché le groupe de se produire. C’était au Mass Deathtruction en 2010 (oui, souvenez-vous de ce festival neigeux). C’est donc avec un grand plaisir que j’attendais la troupe teutonne. Eh bien, le quartet nouvelle mouture a su répondre aux attentes des fans. Tom Angelripper s’est enfin entouré d’un nouveau personnel en fin d’année passée. Ainsi, Frank Blackfire a fait son grand retour, accompagné de Yorck Segatz lui aussi à la six-cordes. Derrière la batterie, c’est l’imposant Husky, cogneur chez Asphyx, qui va démontrer toute sa puissance. Le bonhomme frappe comme une brute sur ses toms, apportant une vigueur à des titres qui n’en manquaient pourtant pas. Là encore, un large spectre de la discographie sera balayé. Les morceaux du dernier EP en date seront en effet offerts. Pour le reste, du classique, rien que du classique. En effet, les autres morceaux sont tous issus des disques parus jusqu’en 1994. "Agent Orange", "Tired and Red", "The Saw is the Law", "Outbreak of Evil"… N’en jetez plus. Les amateurs de thrash ne pouvaient rêver mieux. La troupe Sodom est venue et a vaincu.

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URIAH HEEP – 20h50-22h00 – Prison Stage (MFF)

Mick Box est un survivor. C’est ainsi que le guitariste et seul membre originel de Uriah Heep est présenté par le chanteur Bernie Shaw, qui n’en est pourtant pas à sa première tournée avec le groupe de hard-prog fondé en… 1969 - voilà qui impose un minimum de respect, d’autant que la formation britannique n’a jamais cessé ses activités, contrairement à nombre de ses homologues apparues à la même époque. Du respect, d’accord, mais quelle garantie sur la qualité du show ? On connaît plus motivant que la perspective de passer soixante-dix minutes en compagnie de papys en pilotage automatique. Sauf que l'énergie et le professionnalisme déployés par les cinq membres de Uriah Heep donnent rapidement tort aux festivaliers ayant fait l’impasse sur le set par peur de l'ennui. À l'instar de Queensrÿche une paire d'heures plus tôt, le quintet se concentrera sur les cinq premières occurrences de sa discographie après avoir pioché avec parcimonie dans le dernier recueil paru en 2018. Néanmoins, les gars soignent l'exécution des deux titres récents, particulièrement "Take Away My Soul" conclu par un épique solo à la six-cordes. Ensuite, ce sera le défilé des classiques seventies que les suiveurs assidus entendent à chaque concert, les " Gypsy", "Look at Yourself ", "Lady in Black", "Rainbow Demon" et autre "Sunrise".

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Shaw profite de l’ambiance bucolique de "July Morning" pour s’asseoir sur un retour tandis que Coach Vahid, pardon, Phil Lanzon, se montre particulièrement démonstratif aux claviers, élément déterminant chez Uriah Heep sans être envahissant – ce sont plutôt les rondeurs avenantes de la basse de Davey Rimmer qui se distinguent ce soir. Bien sûr, le propos musical reste très mélodique, voir « léger » comparé à celui des sections surexcitées programmées à la Swamp, mais la cohésion générale confère aux morceaux une force irrésistible qui submerge le public et trouve son apogée sur le trépidant et terminal "Easy Livin’". De grands sourires viennent ponctuer de part et d’autre un set vivifiant – non, les dinosaures du (hard) rock encore dans le circuit ne sont pas tous plombés par la routine et le cabotinage, qu’on se le dise.

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VIO-LENCE – 22h00-23h10 – Swamp (MFF)

Le concert inimaginable. En sommeil depuis quinze ans (entrecoupé d'une représentation unique début 2018 afin de soutenir le chanteur Sean Killian, gravement malade), la section californienne « culte » n'avait jamais joué en Europe. L'Alcatraz était la seule date prévue sur le Vieux Continent, avant qu'une deuxième ne soit annoncée le jour même, à Londres en... 2020. C'est donc en privilégiés que les aficionados ayant usé jusqu'à la corde le révéré premier LP Eternal Nightmare accueillent les ex-espoirs du thrash des années quatre-vingts. Cette renaissance est la conséquence directe du départ de Machine Head de Phil Demmel, compositeur quasi-exclusif au sein de Vio-lence. Sa mésentente avec Robb Flynn, son ancien employé bien plus célèbre que lui, a poussé le désormais quinquagénaire à réactiver son gang d'origine en ce début d'année 2019. C'est donc aussi incrédule qu'un metalhead ayant récemment assisté à l'une des prestations de Heir Apparent – autre ressuscité des eighties – que l'on voit débouler Demmel et ses vieux complices, à l'exception évidente de Flynn, remplacé depuis longtemps à la six-cordes par Ray Vegas. Débute alors une grosse heure de thrash épileptique joué à fond les manettes. Comme il fallait s'y attendre, le débit mitraillette perché dans les aigus de Sean Killian ne plaît pas à tout le monde. Toutefois, l'impitoyable et singulière scansion du vocaliste au crâne rasé est loin d'être étranger à la tension qui régnera tout au long du set, d'autant que le frontman ne s'économise pas, y allant même de son bain de foule. Au menu : Eternal Nightmare interprété dans son intégralité, quatre extraits d'Oppressing the Masses (le second LP) et zéro du troisième Nothing to Gain – la lucidité n'a manifestement pas encore déserté les membres de Vio-lence. Bombardés de lumières rougeoyantes, ces derniers se démènent comme s'ils avaient vingt ans et n'en mettent pas beaucoup à côté – jolie performance de la part de types qui rejouent ensemble depuis quelques mois seulement après une pause aussi longue. Demmel (r)assure à la guitare tandis que derrière les fûts, Perry Strickland bluffe son monde par sa célérité. Killian se loupe dans son annonce du monstrueux "Bodies on Bodies" qu'il confond avec le tout aussi terrible "Kill on Command", deux occurrences qui achèveront d'hystériser les nombreux adeptes du pogo et de circle-pits qui s'en donnent à cœur joie.

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Avant de quitter l'estrade sur les derniers accords de "World in a World", le quintet accueille la joyeuse troupe costumée de l'Alcatraz constituée notamment d'accortes policières en latex, du fameux prisonnier évadé Frank Lee Morris et de l' « Officer Nice » dont le nom est tiré du titre éponyme de Vio-lence - l'hommage était inévitable. Au moment des remerciements, l'émotion des cinq thrasheurs revenus de l'Oubli est palpable. Ils pourront en tout cas se vanter de ne pas avoir donné leur part aux chiens et d'avoir satisfait celles et ceux qui ne pensaient jamais les voir un jour.

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SAXON – 23h10-00h40 – Prison Stage (MFF)

Saxon est un groupe de heavy metal traditionnel qui ne bouge pas beaucoup sur scène et fait défiler les pochettes de ses albums en arrière-plan. Le son est correct. Le chanteur Biff Byford accuse une fatigue flagrante - son chevrotement caractéristique s’accentue - et balance sans grande conviction des phrases de transition à connotation guerrière. Le vénérable vocaliste maintient cependant un niveau puissance/ mélodie tout à fait acceptable. Quelques titres récents, beaucoup de vieux, et c’est à peu près tout ce qu’il y a à signaler d’un récital sans défaut, mais qui ronronne assez rapidement, à bonne distance de la furia des jeunes années. On reprend deux fois des moules.

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OPETH – 00h40-01h50 - Prison Stage (Tabris)

Pour clôturer en beauté ce premier jour de fest, rendez-vous est pris sur la Prison Stage pour une heure de metal prog de haute volée avec le groupe qui demeure une valeur sûre en live, je parle bien entendu d'Opeth. Et avec un choix de setlist (certes sans surprise) qui ne mettra à l'honneur aucune œuvre en particulier mais constituera un condensé plus qu'efficace de la carrière du groupe, piochant tour à tour dans les derniers nés, Sorceress et Pale Communion, pour revenir ensuite vers les très estimés Ghost Reveries, Watersheed ou encore Blackwater Park, l'heure passera bien vite, trop même pour les âmes les plus convaincues. Nul voile hélas, ne sera cependant levé ce soir sur In Cauda Venenum, le recueil à paraître le mois suivant. Mais à cette petite déception près, impossible de bouder son plaisir. Opeth, as usual, nous délivrant avec autant de flegme que de ferveur, un set carré, fin et racé. Et lorsque je dis qu'Opeth est une valeur sûre en live, il suffit de la mise en bouche initiale pour s'en convaincre - s'il s'en faut encore compte tenu du calibre de la section suédoise. Aussi admirative sois-je, "Sorceress" ne m'a jamais pleinement convaincue sur album. Mais la dimension live, c'est tout autre chose et cette simple introduction, suivie de cette frappe caractéristique, puis la montée du chant ont de quoi filer d'emblée une chair de poule qui perdurera le reste du show. Plus de profondeur et de puissance. Et pourtant, rien ne semble différent de ce que l'on connaît. Il n'est pas une variation a priori perceptible, y compris dans le chant, Opeth étant à ce point perfectionniste dans ses offrandes qui se déroulent de manière fluide et logique. Mais l'épreuve de l'excellent album live Garden of Titans notamment, a laissé ses marques. J'ai beau le savoir, je me fais pourtant toujours avoir. Mais alors, quand les accord d'un "Ghost of Perdition", fendent l'air pour se déployer dans toute sa splendeur, plus de retenue encore concevable, on est jeté dans la dentelle noire et on n'en ressortira que lorsque le rideau tombera sur le fest.

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On retrouve un Joakim Svalberg invariablement habité derrière ses claviers et un Âkerfeldt, pince sans rire comme toujours - oubliez votre bière, ce soir on boit du thé et pourtant on décolle sévère. Toute le magie du prog. L'arrivée du titre suivant n'est pas non plus une surprise en soi, mais cette petite montée en puissance de "Cusp of Eternity" a un charme indéniable. Âkerfeld excelle dans cet exercice, et on se laisse porter par son chant, l'approche rêveuse du titre, sa rythmique entêtante et sa lumière. Et c'est sans compter encore sur ce solo grandiloquent. Mais le tragique propre aux anciennes compositions vient rompre cette note claire, et sans coup férir, on bascule vers de primes amours métalliques : accords mineurs en diable, labyrinthes obscurs et voix de gorge inquiétante, mâtinés de grondements de basse oppressante et de soli virevoltants ou délicieusement amers, cette exquise touche hispanique ajoutant cette sournoise et délectable couleur tragique à l'ensemble. Encore, ce chant clair, propre à vous écorcher l'âme, ces mélodieuses harmonies et ces nappes enveloppantes... Inchangés et toujours aussi savoureux, "Heir Apparent", "In my Time of Need" ou encore "The Drapery Falls" nous cueillent au passage et nous effeuillent comme un rien. Le set trouve son achèvement et son point d'orgue sur "Deliverance". Mais aussi longue et complexe soit cette dernière piste, la fin du concert me laisse émue et en désir de plus encore.

Il faut cependant se résoudre à l'évidence, cette première journée de fest s'achève. Ne nous reste plus qu'à rejoindre nos douces pénates ou moins douce tente, l'écho de cette première et délicieuse salve du premier jour pour consolation de l'attente fébrile de la suite des réjouissances.

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