Hellfest 2018


Hellfest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 22 juin 2018
Jour 2 : 23 juin 2018
Jour 3 : 24 juin 2018

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Jour 1 :22 juin 2018



vendredi 22 Juin

Drakwald (ALTAR - 10h30)
la petite tradition et la grande joie de découvrir le premier concert de chaque édition sous les hangars. Alors que les années précédentes sont plutôt timides en terme d'affluence, force est de constater que le nombre de spectateurs est très conséquent pour le lancement des festivités. Le pagan de Drakwald lance de la meilleure des façons le weekend de la Tour Altar. En effet les originaires de Tours nous font monter dans les tours avec ce death metal vitaminée façon flûte et tsoin-tsoin Cornemuse  qui va bien (promis tous les jeux de mots pourraves ont été placés dés maintenant pour permettre une saine lecture tout le long du weekend). En deux LP et un line up a priori maintenant stable le combo est parvenu à suffisant se promouvoir pour attirer l'attention de  l'organisation Hellfest. Bien vu car finalement le public , déjà fourni, continue d'affluer alors que le festival n'ouvre ses portes que depuis quelques minutes. Une petite demi heure pour surtout finalement jouer Riven Earth où dés le départ "Doomsday Argument" donne le ton. et faire défiler "Primal Dawn" , "Chasm of Ignorance " ou un très sonore final "Erase by fire". A priori seul un titre de Resist Fatality fut joué en début de set.  Le son est plutôt équilibré et laisse tolérance à l'auditeur sous couvert d'un premier groupe sur les trois jours à venir. Le set est forcément court et vite fini. En conclusion et vingt minutes plus tard, le festival est déjà lancé sous l 'Altar Hangar puisque le public bien présent chasse de facto les impressions d'un "premier groupe = petit parterre = on peut s’asseoir par terre".

The Walking Dead Orchestra (ALTAR - 11h40) 
Avec deux albums et malheureusement sans avoir eu l'occasion de voir sur scène le combo, c'est avec une impatience réelle que votre serviteur s'approche de la scène où le backdrop aux couleurs du dernier LP pose le décors de la prochaine demi heure à venir. Si les avis divergent quand au style proposé, le groupe parvient peu à peu à se faire une (petite) place dans l' hémicycle death core n' co (Ho Hoo Hoo !)  national.  Hélas le son n'aidera en rien à faire adhérer les curieux se massant (l'affluence est vraiment notable dés ce troisième concert de couple Temple/Altar) : la batterie est parfois quasi inaudible et la section rythmique entière souffre dans la restitution de death core grenoblois. Reste l'énergie dégagée par Florian Gatta notamment qui hurle et crache son message de la plus puissante des façons.  le set reste ainsi très agréable de l'implication de son groupe qui bataille fermement avec les conditions sonores qui, elles, viennent un peu gâcher la bagarre. Soyons indulgent et goûtons le plaisir de voir le groupe à Clisson en attendant, on espère, de la fraîche actualité musicale

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Benighted (ALTAR - 14h20)
Les voilà ! Les monstres ! Les leaders de la musique extrême française. Même s'il ne reste plus que Julien de la formation initiale, à n'en point douter Benighted n'a pas réellement de combo actuellement capable de tenir la cadence. Les derniers albums même en voyant légèrement le style évolué restent incontestables et finalement incontestés. Le nombre de date partout sur le territoire a fini par fédérer un public conséquent du fan base à l'amateur connaisseur. Chacun attend. Chacun sait de quoi le groupe est capable. Chacun espère et attend. Et à l'heure de la sieste le combo va se faire un malin plaisir à retourner Altar. Visiblement ravi de se produire une nouvelle fois à Clisson. En guise de chauffe c'est "Reptilian" qui lance le bal des mandales, le pit réagit au quart de tour. Mais à partir du deuxième morceau c'est Altar qui s'embrase d'un coup dans seul un uppercut à la façon de "Let the Blood Spill Between My Broken Teeth" ne laissant aucun doute au quart d'heure restant. Au final la setlist mêle quelques titres de Necrobreed et pioche dans les grands crus du groupe. Si Julien l'homme aux pieds nus ne cesse ne maintenir la pression avec le public par une communication souriante et régulière il ne manque pas l'occasion de convier son pote de Black Bomb A pour un petit guest conviviale et brutal. Benighted ne s'économise en aucune façon et profite même des dernières minutes alloués pour envoyer un "Biotech" de Sepultura qui ferait rougir  d'envie le Maxou Cavalera maintenant perdu dans ses délires. 

Toseland (MS1 - 12h15)
Quoi de mieux pour une mi-journée sous le soleil qu’une bonne dose de big rock bien ricain (ce qui est paradoxal pour des britanniques, cela dit) ? C’est ce que propose Toseland sur la MS1, à savoir une prestation énergique, devant un auditoire assez clairsemé mais enthousiaste à l’écoute du spectacle qui leur est offert. Des morceaux entraînants, un chanteur convaincant, une prestation idéale pour l’heure et le lieu, en somme. Cinq morceaux très agréables pour une découverte qui ne l’est pas moins, et l’ancien champion de Superbike et ses compères quittent la scène principale sous les applaudissements d’un public satisfait.

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TesseracT (MS 2 - 12h50)
Les Britanniques de TesseracT débarquent en ce début d'après-midi sur la MS2, amorçant une programmation assez étonnante sur cette scène pour la journée à venir. On a pu reprocher au festival par le passé de ne pas avoir de scène dédiée au metal moderne échappant un peu aux étiquettes classiques, faisant des groupes aussi variés que BTBAM se retrouver sur l'Altar, Leprous sur la Temple en 2013, où encore Textures également sur cette même MS2 l'an passé. Cette année le pari des organisateurs a été de proposer pour tout l'après-midi du vendredi une journée résolument moderne aux accents prog et expérimentaux sur la MS2, citons pèle mêle Converge, Meshuggah, Steven Wilson, avant de finir en apothéose avec A Perfect Circle en tête d'affiche. Pour revenir à nos Anglais de TesseracT, nos colonnes ont pu à plusieurs reprises démontrer la justesse et l'intensité de leur propos en salle. Force est de constater qu'ils n'ont jamais démérité non plus dans l'exercice du festival, la musique relativement technique et cérébrale du quintet n'en reste pas moins très efficace lorsque l'on va piocher dans les bons titres de la discographie. Aussi la sensualité de certains passages et les refrains très mélodiques sont loin de plomber l'efficacité des titres, mais permettent au contraire aux néophytes de mieux appréhender des pièces comme "Nocturne" ou "Smile". Mais comme à son accoutumée, c'est surtout du côté de son premier EP Conceiling Fate - datant d'y il y a 8 ans déjà ! - que le groupe va très largement piocher. Le choix est on ne peut plus logique dans le contexte du Hellfest. Si la dernière production du groupe intitulée Sonder nous emmène dans des signatures plus complexes, les titres proposés surprennent en bien, comme un "King" assez atypique mais à l'intensité marquante ! Ainsi une nouvelle fois TesseracT a brillé sans décevoir, prouvant à 100% sa place justifiée pour ce type de festival.

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Misanthope (ALTAR - 12h50)
Toujours vivant ! C'est marrant cette expression qui reste en tête pour définir après le set la prestation du groupe Misanthrope. Pourtant le combo rend visite à Clisson ponctuellement.  En 2013 ou précédemment sur le projet parallèle du chanteur. Bon ne nous leurrons pas non plus c'est avec un plaisir réel que le public se masse timidement sur le devant de scène. Le groupe vient de sortir un album de qualité et dispose d'un registre historique suffisant pour faire le show. C'est d'ailleurs de manière très théâtral que début le concert ; certains diront à l'ancienne avec un leader chanteur débarquant avec les lunettes noires sur le nez, la gestuelle travaillée avant de se débarrasser de l'artifice à l'issu du premier titre.  La setlist met quelques titres récents en avant mais c'est bien évidemment sur les "1666 Théâtre Bizarre" et "Bâtisseur de Cathédrales" que le pit bouge et que le public réagit. Le moment d'attente reste malgré tout agréable, le groupe maîtrise son registre et sait parfaitement se trouver sur les titres et quelque soit leur époque.  C'est agréable, bien placé dans la journée et permet de voir ou revoir un groupe notable  jouant le jeu et poursuivant mine de rien sa carrière largement respectable quoiqu'on en dise. 

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Schammasch (TEMPLE - 13h35)
Amateurs d'ambiances ésotériques et occultes bonjour, car oui il fallait décaniller pas trop tard pour assister à la cérémonie black/death des Suisses de Schammasch. Pleinement inscrit dans la présente mode des groupes qui "ritualisent", aussi connu sous le pseudonyme de "gang des blackeux à cupuches", Schammasch a néanmoins su d'après votre serviteur a bien se démarquer de la masse par son ingéniosité de composition. L'album de la révélation fut bien sûr la triple offrande Triangle en 2016, dont les 2 premières pièces marquent encore les esprits. Album d'ailleurs produit par V. Sentura, la filiation à Triptykon est dans tous les esprits à l'écoute des jeunes (petits ?) Suisses, le côté thrash en moins. Plus ambiante en effet, leur musique ritualisante sait compter sur quelques tubes bien sentis, "Consensus" ou "Metanoia" en tête. A 3 guitares, on arrive cependant à la limite du discernement, et il arrive malheureusement que quelques titres soient un peu plus brouillons, surtout on ne les connait pas bien à l'avance. Ce sera sans doute un point à améliorer pour le futur du groupe, savoir retranscrire le magma intense des productions studio sur scène. L'ambiance, elle, était bien au rendez-vous, bien que le groupe aurait gagné à jouer le soir, les règles sont malheureusement les mêmes pour tout le monde !

Sons Of Apollo (MS2 - 14h20)
En matière de supergroupe, Sons Of Apollo se pose là. Auteurs d’un premier album convaincant, les américains doivent encore passer l’épreuve de la scène.  C’est ce qu’ils tentent de faire en ce début d’après-midi devant un public qui gonfle d’heure en heure. Équipé d’une panoplie incroyable (double guitare pour Ron Thal, double basse pour Billy Sheehan, drumkit « toujours plus » de Mike Portnoy et une tripotée de claviers pour Derek Sherinian), le groupe va malgré tout peiner à convaincre. "God Of The Sun" est une bonne entrée en matière, les musiciens semblent très impliqués, l’accroche est bonne, même si Jeff Scott Soto semble un tantinet à la peine dans les aigus, mais la musique ultra technique et la débauche de notes offerte par le combo vont assez vite déstabiliser voire lasser. Pourtant, la motivation est là, la qualité est au rendez-vous, mais l’ensemble est peut-être trop hermétique. Les morceaux plus immédiats que sont "Alive" et "Coming Home" joués en fin de set parviendront tout de même à  séduire l’ensemble du public. Petite déception supplémentaire (même si pardonnable) : "Lines In The Sand" de Dream Theater, jouée lors d’autres concerts du groupe, est absente de la set-list, faute de temps…

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Converge (MS2 - 16h40)
40 minutes pour Converge. C'est un peu dur tout de même, et franchement frustrant pour un groupe ayant tant à démontrer sur scène. Mais c'est le jeu et si cette édition-ci les Américains quittent leur chère Warzone pour une MainStage, c'est au prix de l'horaire (mais ça limite, on peut s'en contenter), et surtout du temps de jeu. Le locace Jocob Bannon devra donc laisser son bagou dans sa poche pour se concentrer sur ses hurlements caractéristiques, provoquant l’hilarité des néophytes au passage (Jacob, comprendras-tu un jour qu'il faut arrêter de manger ton micro ?). Kurt Ballou et ses copains balancent ainsi à un rythme effréné leur 12 bombes dans le temps imparti (une bonne moyenne de 3 minutes par titre, preuve de l'enchaînement prompt). La part belle est faire au denier album The Dusk In Us, avec un "Reptilian" bien senti en introduction. You Fail Me, mis à l'honneur au Roadburn 2018, se contentera de clore le show en 3 actes. En parlant du Roadburn, votre serviteur ayant eu la chance d'y voir les lascards en double ration quelques mois plus tôt, on ne pouvait être que très déçu de ce set du Hellfest en comparaison. Certes la performance du quatuor a été limitée par la montre mais le principal coupable est à chercher du côté des bourrasques de vent, qui ont complètement ruiné le son du set... Au final, une prestation peu marquante des rois de la rage sophistiquée et de la colère artistique. On sait qu'ils méritent mieux toutefois et on se dit que la prochaine fois, ils n'en reviendront que plus forts !

Joan Jett And The Blackhearts (MS1 - 16h45)
« I love naaa naaa naaaa + yaourt + yaourt + yaourt …My baby ! » Hélas et malheureusement réduit à ce titre universelle, c'est malgré tout avec une joie immense et dans les groupes ravis de voir au Hellfest qu'un des Eternels se presse vers la MS1 alors qu'on aurait plutôt l'habitude de le voire traîner sous Altar et Temple. De tous les groupes annoncés le festival parvient toujours à sortir ce que certains appellent les "classics" ou les "anthologiques" au limite du metal mais pouvant légitimement et largement justifier leur présence.  Entre un Kiss, un ZZ-Top ou un Toto c'est au tour de LA punk Joan de porter le classic rock au Hellfest. Sachant - histoire d'en rajouter - que la guitariste se produit en France pour la première fois depuis plus de trente ans , autant dire que la présence est finalement un événement (certes parmi d’autres) durant le festival. Le créneau horaire est parfait et le set débute sous de beaux applaudissements lorsque débarque la Runaways. Le son est impeccable. La guitare. La voix. Le regard. Allez on est sous le charme, d'autant que dés le deuxième titre un "Cherry Bomb " permet au groupe de finir son tour de chauffe et fait renaître Joan sur scène tel qu'on pourrait l'imaginer des décennies auparavant. Malgré l'age l'Américaine dégage une aura et un charisme de feu. Malignement accompagné de musiciens talentueux la setlist distille du Runaways ("you drive me wild, Cherry Bomb) du Springsteen (Light of the day) parfaitement exécuté et adapté  mais aussi du Gary Glitter avec un "Do you wanna touch me". Bien sur les Blackhearts ne restent pas en reste (hoo hoo hoo) avec un "french song" évident , un "fresh Start" ou un "fétish" qui passe l'épreuve du public . Arrive bien évidemment l'attendue reprise de "I love RnR" des Arrows qui allume tout le festival. Un dernier "I hate Myself loving you" termine le set.  Aérien, groovy , du classic rock  parfaitement et sublimement joué  avec en conclusion a minima une découverte anecdotique pour certains et à l'inverse une consécration des personnes qu'on finit par rêver de voir live. Délirons jusqu'au bout , rangeons le "sign of the horns" et balançons un cœur avec les doigts (ndlr : S1Pho fait le vite en espérant qu'elle te voit... ba quoi ?!) 

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Saor (TEMPLE - 16h45)

Meshuggah (MS2 - 17h40)

Les géants d'Umeå sont de retour par chez nous ! Ah Meshuggah, c'est toujours des petits frissons qui parcourent l'échine avant le début des hostilités. L'émotion du calme avant la tempête dirons-nous... Ayant pris d'assaut la MS2, les Suédois ont pu installer leur impressionnant backdrop à l'effigie de leur dernier né The Violent Sleep of Reason. Les toiles habillent majestueusement la scène, bonne mise en condition du souffle chaotique et dévastateur qui s'apprête à déferler sur Clisson. Les lourdes ondes sonores délivrées par "Born in Dissonance" puis "Do Not Look Down" sont d'ailleurs à mettre en perspective de l'ennemi de l'après-midi : le vent... Heureusement, ce dernier faiblit et rendra les armes pour de bon vers le milieu du set, ouf ! Et à peine enclenché, le rouleau-compresseur Meshuggah s'emballe à l'image des premiers rangs du pit qui s'enflamment malgré l'atmosphère ambiante déjà torride. Les rythmes orgasmiques atteignent leur apogée sur "Rational Gaze" et "Pravus", titre iconique de obZen disparu des setlists depuis un bail ! Vient alors le titre éponyme du dernier né, sorte de synthèse écœurante du génie du groupe, avant de conclure par la destruction faite musique en 2 temps, "Bleed" (pour sa version tronçonneuse) et "Demiurge" (pour sa version bulldozer). Le seul regret objectif qu'on pourrait émettre serait les lights (vrai 6ème membre du groupe) bien moins impressionnantes qu'à la nuit tombée. Mais on compensera en se disant qu'assister à messe polyrythmique de grande ampleur est si rare, qu'on ne pourra décemment que retirer un profond sentiment de jouissance musicale de ce moment.

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Church of Misery (VALLEY - 17h40)
Cette soirée du vendredi sous la Valley sentait bon la fin de journée en Louisiane, le soleil écrasant descendant paresseusement dans le ciel, les marais boueux s’apprêtant à accueillir la grande messe du fuzz cradingue des Japonais. Car s’ils ont été programmés au milieu des sets de la NOLA’s family (Crowbar, Eyehategod, Corrosion Of Conformity, finalement Philou aurait pu faire un caméo qui n’aurait étonné personne vu qu’il ne manquait plus que lui au line-up de Down), la prestation impérieuse de Church Of Misery ne détonne absolument pas tant ils sont passés maîtres de la saturation épaisse et du groove qui cogne. 
Pichet de muscadet bien frais en main, j’ai pu assister au début du concert face à l’écran, allongé dans l’herbe, récupérant de Meshuggah et me préparant au cloaque visqueux à venir avec Eyehategod. Comme une bonne mandale, l’avalanche de son gras avec en entrée le tube “El Padrino”, m’a refoutu immédiatement d’aplomb, impossible de rester assis alors on confie avec méfiance le précieux breuvage viticol à un ami d’à peu près confiance et on fait des coudes pour débouler le plus à l’avant. Biberonnés à Black Sabbath et Pentagram, élevés au monastère du Reverend Bizarre, Church Of Misery passera son master “fuzz & groove” à l’Université Saint-Vitus. Le doom stoner ultra efficace des Japonais, tout de pattes d’eph’ et de chemises bariolées vêtus, fait mouche comme une montée de THC après avoir tiré longuement sur un bang blindé d’herbe multicolore homologué “retour dans les 70’s”. Knock Out de saturations heureuses et béates !
Tandis que Tatsu Mikami, tel un Scott Reeder Nippon, dirige de sa Rickenbacker au niveau des genoux la célébration du gras, le batteur bûcheronne ses fûts d’une frappe implacable. La section rythmique tout en souplesse et lourdeur produit la brume épaisse et envoûtante sur laquelle viennent se poser les riffs et solos tout droit sortis de la belle époque psyché. Les morceaux s’enchaînent en une orgie hallucinée et massive de sons tandis que le frontman hurle ses couplets tel un Dave Wyndorf défoncé, jusque dans la moustache et la gestuel. La setlist, bien que courte révèle un catalogue bien choisi de titres solides et groovy.
Je suis sortis d’une Valley enivrée. Les Japonais ne réinvente pas la messe il faut bien l’admettre, mais ils célèbrent le rock dur et sale des débuts des 70’s avec un doom trapu d’une classe humble et d’une aisance déconcertante. J’étais paré pour la suite de la traversée marécageuse du bayou Clissonais!

Steven Wilson (MS2 - 19h40)
Steven Wilson au Hellfest, voilà un concert qu'il ne fallait rater sous aucun prétexte ! Déjà parce que cet icône du rock prog contemporain est bien connu des métalleux de part ses nombreuses collaborations avec Opeth (surtout), Orphaned Land et quelques autres. Ensuite parce que depuis 10 ans et la dernière venue de son ancien groupe Porcupine Tree, notre Anglais préféré n'avait pas refoulé les planches de Clisson ! Enfin, parce Steven Wilson, c'est avant tout un all-star band sur scène, le gratin du gratin des zicos, peut-être pas les plus célèbres mais un gage certain de qualité. Les premières notes ne font qu'abonder en ce sens, rarement il n'a été donné sur une MainStage d'avoir un son d'une aussi incroyable qualité et justesse. Tout est maîtrisé au poil et c'est vraiment beau. La question maintenant que tout le monde avait sur les lèvres était de savoir ce que notre meilleur ami de la perfide Albion allait nous mijoter comme setlist ! Allait-on avoir son dernier tube pop en date Permanating ? Et bien non ! Steven Wilson reste un musicien intelligent voulant avant tout faire plaisir à ses fans qui aiment la distorsion et éventuellement séduire quelques-uns de leurs amis qui ne le connaîtraient pas encore. Il osera jusqu'à dire : "Je vais jouer les titres les plus heavy (sic) de ma discographie". Notons qu'il n'a pas précisé de quelle discographie il parlait... Crevons le suspense des rêveurs, il n'y aura ni "Anesthetize" ni "Arriving Somewhere but not Here". Et au final que deux titres de Porcupine Tree : l'épique "Sleep Together" en outro, qui commence à s'imposer comme un classique, et plus rare, le très groovy "The Creator Has a Mastertape", pioché sur In Absentia. Mais les bonnes surprises sont plutôt à chercher du côté de "Hand. Cannot. Erase." avec des interprétations saisissantes de "Home Invasion" / "Regret #9" en intro et surtout de la pièce maîtresse "Ancestral", frissons garantis ! Plutôt donc que chercher la distorsion, le pari a été de mettre l'accent sur des titres aux ambiances sombres, intenses et aux climax. Un choix très intelligent pour un des sets les plus appréciés du festival !

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Eyehategod (VALLEY - 21h50)
Le crépuscule s’installe sur la Valley tandis qu’une attente impatiente précède l’arrivée des cavaliers de l’apocalypse version piliers de bar miteux du bayou au sol jonché de seringues usagées. Alors que les badauds s’allongent dans l’herbe face à un Temple bondé, pour écouter de loin les Islandais de Solstafir, les amoureux de sludge crasseux commencent à affluer pour célébrer les patrons du genre. La plupart, ivres ou défoncés, se préparent déjà au rouleau compresseur de Louisiane en se rapprochant de la scène avec bonne humeur. On est venu prendre notre dose de crasse boueuse et épaisse, ce dégoût du monde que sait vomir merveilleusement bien Mike IX Williams qui a dansé avec la mort jusqu’à très récemment et subi une transplantation du foie.
EYEHATEGOD débarque et le moins qu’on puisse dire c’est que les vieux briscards  sont restés les mêmes (Mike fera remarquer pour les plus myopes que Jimmy a sacrément grossi, ce à quoi il répondra par un habituel sourire bonnard et un majeur levé bien haut). Heureux de retrouver la bonhomie du guitariste qui contraste tant avec la musique sombre et dégueulasse du groupe, le public se prépare à la fête du sludge. 
Le groupe fera pleuvoir des torrents de boue et la Valley se transformera rapidement en cloaque, les circle pits se formant comme autant de tourbillons d’ordures durant toute cette litanie poisseuse et bordélique. Les tubes du groupe s’enchaînent (“New Orleans is the New Vietnam”, “White Nigger”, “Medecine Noose”, “Sister Fucker”) comme Jimmy siffle consciencieusement les Heinekens posées nonchalamment sur son ampli entre deux riffs ultra gras modèle gargantuesque. Pendant une heure les Sudistes nous feront suer par litres toute la bière consommée durant la journée. Le son pachydermique de la basse et les riffs boulimiques laissant très peu d’espace à l’audience pour respirer montrent que les boss de fin de niveau du Sludge ne sont pas prêt à laisser le trône vacant. Enorme prestation, d’autant plus après avoir déclenché une émeute punk dans les rues de Paris la veille (cf : la défaite de la musique à l’UFO avec Bongzilla et Dopethrone....) Une grandiose baffe en somme, merci.

Suffocation (ALTAR - 21h50)
Suffo ! Suffo ! Suffo !  Après Obituary et Cannibal Corpse on pouvait bien attendre un Suffocation cette année. Vous l'avez souhaitez ? Hellfest l'a fait. Le groupe n'a finalement jamais cessé de sortir des LP et enchaîner les tournées parcourant le monde au gré des petites et moyennes salles. Et ça commence à troller dans la fosse "ouais y' a pas Mullen bla bla bla" chez les graisseux  qui pourtant semblent faire le pieds de grue depuis deux sets histoire d'être très bien placés sous le hangar. Quoiqu'il en soit le groupe repasse par la métropole en mode festival et va pouvoir taire les rabats joies nous gâtant avec pas moins de 4 titres de Effigy of the Forgotten (allez on se les dit histoire d'en baver : "Infecting the Crypts" , "Jesus Wept" , "Liege of Inveracity" et bien sur l'anthologique "Effigy of the Forgotten". Ajoutons "Thrones of Blood" et "Pierced from Within" deux titres de l'album éponyme et le plaisir est total. Le jeu est d'une précision incroyable. Et comme le son reste tolérant tout du long du set, les Américains distillent une brutalité et un death metal d'une évidence incroyable. Inutile d'ailleurs d'en rajouter et de d’exhorter plus que ça le pit chauffé à blanc. Le combo enchaîne et déchaîne les pogos.  Les musiciens sont de véritables métronomes. Cette batterie incroyable du jeune batteur Eric Morotti ! soutient avec la basse expérimenté de Derek Boyer. Hobbs attire malgré tout pas mal de regard et impressionne de régularité et de technicité. Au final , les années passent le groupe parvient a maintenir avec respect une musique et un registre largement assimilés et régurgités mais montre encore qu'il a toute sa place et reste dans les leaders du genre. Un set impeccable.

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Judas Priest (MS1 - 23h25)

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Napalm Death (ALTAR - 00h00)
La branlée donnée par le groupe en 2016 est encore en tête pour les festivaliers présent sur ladite édition. Le groupe se produit d'ailleurs régulièrement à Clisson et reste toujours le porte drapeau de la grande baffe musicale et de la leçon de vie. D'ailleurs malgré l'heure Altar dégueule de public qui se tasse et ne veut en aucun cas manquer la leçon. Les rois de l'ultra violence et du grind débarque sur "multinational corporations" qui parvient toujours à faire monter la pression dans le public. Les musiciens débarquent et Barney déchaînent les hurlements. C'est parti pour la mandale : les titres défilent, c'est court , massif, puissant et douloureux comme un parpaing dans la tronche mais sacrément efficace tant la forme soutient le fonds. La setlist mélangent pratiquement toutes les périodes et posent rapidement une ambiance particulière dans le public entre démence du pit et malaise usuel porté par la succession des titres d'une brutalité et puissance affirmée de suite cassés par les silences et la nonchalance très britannique du groupe. Le maître de cérémonie Barney prend le temps de rappeler et partage sa vision du monde et d'expliquer l'approche artistique de certains titres. D'apparence fatiguée le groupe a malgré tout exécuté son set et distribuer sa bonne parole et sa bonne musique. une expérience qu'il faut vivre au moins une fois mais un groupe qu'on ne se finalement lasse jamais de voir et revoir. Chapeau.

Corrosion Of Conformity (VALLEY - 00h00)
Le sol de la Valley exhale encore une fumée âcre et pestilentielle après le passage de leurs comparses de Louisiane alors que Corrosion Of Conformity fait son entrée sous une tente blindée jusqu’à la gueule. Sous les acclamations d’un public déjà acquis, on retrouve le groupe mené par un Pepper toujours aussi charismatique et un Woody rigolard. La chaleureuse bagarre de bar peut commencer tandis que l’odeur d’herbe commence à se faire plus dense. COC pour ceux qui auraient séché les cours de stoner option redneck, c’est Lynyrd Skynyrd qui se serait fait violer sauvagement par un groupe de heavy, avec en sus un goût immodéré pour le riffing simple et efficace qui reste dans le crâne et fait mouche. Le desert-stoner a Kyuss, le bayou-stoner a Corrosion Of Conformity.
“Bottom Feeder” en opener a un goût de cramé et sonne bien groovy, à la manière d’un titre instrumental de Karma To Burn. Les tubes s’enchaînent dans un festival de bonne humeur tandis que l’assemblée se met de plus en plus en mouvement (palme du festoche à l’abruti qui se fout devant la scène avec un pichet de bière remplie à rabord). Pepper très en forme vient draguer l’assemblée au bord de la scène à plusieurs reprises en balançant des solos complètement pétés tandis que les festivaliers hilares ont apparemment décidé de faire slammer tout le monde. Tout le monde semble prendre un pied d’enfer et avoir la banane.
Une heure de fête stoner endiablée où l’ambiance ne redescendra que bien après la fin du concert, personne ne souhaitant que ça se termine. Une setlist pas surprenante pour un sou, tant certains tubes sont incontournables. “Vote With a Bullet”, acerbe à souhait, fera plaisir aux fans de la première heure et un final attendue mais toujours aussi efficace : “Albatross” et “Clean My Wounds”. Un sans faute pour COC à qui revient la palme de la meilleure ambiance

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A Perfect Circle (MS1 - 01h00)
Groupe des plus attendus - pour ne pas dire LE plus attendu - de cette édition du Hellfest, A Perfect Cicle signe en cette fin de journée du vendredi son premier passage en France depuis... 2004 ! 14 ans d'attente insoutenable pour les fans de l'époque et rêve devenu réalité pour tous les fans plus récents. Et pour finir, un nouvel album sorti quelques mois plus tôt pour accompagner ce retour, intitulé Eat the Elephant. On pourrait commencer par ce bout-là, puisque ce nouvel opus est bien loin d'avoir fait l'unanimité dans la presse et auprès des fans. Beaucoup de piano, un contenu plus mielleux dans l'ensemble, plus porté sur les mélodies vocales que sur les guitares, musicalement l'album tranche assez nettement de ses lointains prédécesseurs. Assez logiquement, près de la moitié de la setlist lui est consacré. Sauf que pour votre serviteur comme pour beaucoup d'autres sous ce ciel étoilé clissonnais, nombreux se sont mis à complètement redécouvrir ce qu'ils avaient écouté distraitement d'une oreille déçue plusieurs semaines auparavant. Par quelle magie ? Une est bien connue, et on pouvait s'y attendre - non sans appréhension, elle s'appelle Maynard J. Keenan. Le frontman de Tool, presque aussi attendu que APC en tant que tel, a brillé de mille feux sur le podium de la scène. Brillé d'autant plus que son costume rose ne l'a pas laissé pas inaperçu, sa performance au charme unique était au-delà des espérances de beaucoup. La scénographie peut y être pour quelque chose aussi, avec un jeu de lumières splendide et une mise en scène marquante. On notera aussi un son excellemment équilibré, redonnant vie à des éléments un peu massacré sur l'album comme la batterie ou les guitares. Enfin le choix assez intelligent de la setlist a permis d'apprécier d'autant plus des titres catchy comme "Hourglass" ou le refrain de "TalkTalk", ou alors les magnifiques "Disillusioned" ou "The Contrarian" à la sensualité décuplée par l'ambiance nocturne. Pour le reste, le groupe ira sélectionner des classiques qui auront fédéré ses rangs de fans tels "The Hollow", "Weak and Powerless" ou "The Outsider" en clôture. Curiosité de la setlist - sans doute un troll de Maynard - une reprise de "Dog Eat Dog" d'AC/DC en mémoire de Malcolm Young - ou comment voir APC jouer du hard rock... Un peu cheveu sur la soupe et un peu bête car les fans avides n'auraient pas boudé un titre d'APC supplémentaire après tant d'attente... Mais qu'importe, on ne retiendra que le meilleur qui fera de ce moment sans doute l'un des concerts du festival.

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Therion (Temple - 01h05)
Pour clôturer la première journée sous la Temple, les Suédois de Therion sont attendus au tournant. Parce que leur dernier album, l’opera-metal Beloved Antichrist a divisé des fans qui attendaient fébrilement depuis six ans maintenant des nouvelles de la Bête, leader incontestable du metal symphonique et grandiloquent. C’est donc impatient mais avec un zeste d’appréhension que le public du Hellfest attend une prestation de haute volée. Le show débute par "Theme Of Antichrist" qui conclut pourtant l’album marathon sus-nommé. Des guitares entraînantes, des nappes de claviers, des chœurs, des lumières et de la fumée, un son tout à fait convenable, Christofer Johnsson en déguisement steampunk, on y est ! Le refrain surgit sans qu’aucun chanteur n’ait fait son entrée sur scène, mais ça y est, Thomas Vikstrom surgit, accompagné des deux chanteuses, dont sa fille Linnea qui assure le chant féminin principal. Dans une ambiance très animée malgré l’heure tardive, les Suédois vont enchaîner les tubes couvrant quasiment toute leur discographie, recevant bon nombre d’acclamations. Après une première phase un peu rapide et agressive ("The Blood Of Kingu", "Din"), les morceaux épiques s’enchaînent ("Ginnungagap", "Wine Of Aluqah"), le classique "Lemuria" apporte la petite touche intimiste habituelle, et le show repart de plus belle avec les fantastiques "Son Of The Staves Of Time" et "The Rise Of Sodom And Gomorrah". La soirée est passée tellement vite, il est déjà temps de clôturer le spectacle avec la cultissime "To Mega Therion". Incroyable, c’est déjà fini ! Alors qu’on a eu à peine… onze morceaux ? Ah oui, quand même, on n’a pas vu le temps passer… Et que du bon, en plus, la part belle étant laissée aux meilleurs albums du groupe. Un set de festival quasi idéal, rien que ça. Revenez quand vous voulez, les gens, c’est toujours un plaisir !


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