Be Prog! My Friend Fest 2015


Be Prog! My Friend Fest

UN REPORTAGE DE...




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Jour 1 : 11 juillet 2015

REPORTS DU JOUR



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Album photo du festival pour Les Eternels webzine :
Das Silverfoto

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Jour 1 :11 juillet 2015



S'il y avait un festival à ne pas manquer cet été, c'était bien le Be Prog My Friend saison 2. La première édition avait déjà fait l'an passé un joli buzz, avec une magnifique affiche imposant le respect (Opeth, Anathema, Fish, Pain Of Salvation, Alcest, TesseracT, Antimatter). À la fois éclectique dans les vastes chapelles progressives tout en restant parfaitement fidèle à une certaine idée du genre, on se régalait à l'avance de l'affiche de cette année ! Voici donc Les Eternels dépêchés pour la bonne cause pour un week-end allongé du 14 juillet dans la ville de Gaudi.

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Le festival ne commençant qu'à 16h - horaire espagnol oblige -, on profite de la matinée et du début d'après-midi pour faire un repérage des lieux tout en rasant les murs pour chercher la moindre once d'ombre de-ci de-là. Il fait lourd à Barcelone en ce jour de mi-juillet, le mercure grimpe autour des 32° mais surtout le taux d'humidité y est très élevé, si bien qu'on se retrouve à facilement détremper ses vêtements au bout de quelques minutes de marche seulement... On se lance à l'aventure depuis la Plaça Espanya, en passant devant l'imposant Museu Nacional d'Art de Catalunya pour ensuite s'attaquer à une route serpentueuse à fort pourcentage qui nous mène jusqu'au Poble Espanyol (« Village Espagnol »), lieu d'accueil du festival et musée à l'air libre le reste de l'année, situé en haut de la montagne de Montjuïc. Construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1929, le lieu a pour concept de rassembler des reproductions grandeur nature de bâtiments, places et rues représentatives de plusieurs villes espagnoles (situées dans quinze des communautés autonomes de l'Espagne actuelle).

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Sur la grande place centrale a ainsi été dressée une grande scène orientée sud-ouest (restant ainsi bien éclairée jusqu'à tard le soir, pour le plus grand plaisir des spectateurs et des photographes mais au grand dam des artistes - on y reviendra...). En addition par rapport à l'année passée, le festival bénéficie d'une deuxième scène qui a été sujette à une longue polémique pendant les mois précédents le début du festival. Pendant longtemps, les orgas nous ont annoncé une petite scène à accès restreint, nécessitant de s'inscrire à l'avance pour assister aux groupes y jouant ! Une bien drôle d'idée, qui a exacerbé les critiques quand le premier running order est paru. Les groupes de cette petite scène s'avéraient entrer en conflit avec ceux de la grande scène et bénéficier de temps de set largement plus longs... Peu de sens à tout cela. Tout est finalement rentré dans l'ordre quand peu de temps plus tard une mise à jour a été faite : plus d'accès restreint, deux scènes qui alternent classiquement et un running order revu. Mais quelle ne fut pas notre surprise au moment de découvrir cette fameuse deuxième scène en question ! Puisqu'il s'agit... D'une rotonde. Oui oui ce petit édifice circulaire surmonté d'une coupole. On croit tout d'abord à une mauvaise blague avec ce grand escalier vide faisant face aux barrières disposées au premier rang. Mais il faut bien accepter la réalité... Ce sera là que jouera Leprous ce soir...

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Mais retour à l’heure actuelle car la journée commence tout d’abord avec Riverside sur la grande scène ! Un choix qui peut s'avérer à juste titre bien étrange puisque le rock progressif mollasson des Polonais n'invite guère à faire face au soleil de plomb qui surplombe le Poble Espanyol. Fort d'un excellent opus Out Of Myself qui commence désormais à pas mal dater (2003), jamais égalé et aujourd'hui tombé aux oubliettes, Riverside a visiblement du mal à emballer le public qui reste passif voire amorphe devant une prestation mignonnette mais sans saveur. On se rappelle d'ailleurs non sans gloire de leur piètre performance au Hellfest 2012, toute aussi poussive et bénéficiant de conditions climatiques comparables. En bref, un premier set qui permettra plutôt de se rafraîchir à grands coups d'Estrella locale et de se balader aux quatre coins de la place. On enchaîne alors avec Messengers sur la fameuse petite scène. Déjà vu en première partie de Katatonia il y a plus d'un an lors de la tournée acoustique du quintet suédois, les Anglais peinent vraiment à faire vibrer et sans être désagréable, la performance du groupe sera vite oubliée au même titre que celle de Riverside. Double déception, il est temps de rattraper ça et vite.

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Le maître Ihsahn tombe pour ainsi dire à point nommé. Mais le géant du Nord semble bien souffrir du cagnard au point que des ventilos géants sont déployés sur le devant de la scène ! Cela n'empêche pas l'Empereur de suer à grosses gouttes dans le pays de la soif... Ironie du sort que d'ouvrir le set sur "Hiber", qui malgré son nom ne ramènera pas plus de fraîcheur dans la fosse. L'Ermite est bien décidé à mettre à l'honneur son nouvel opus Das Seelenbrechen et c'est ainsi qu'il ose même placer certains de ses titres les plus osés tels "Pulse" dont l'intro se trouve légèrement remodelée pour l'occasion, ou l'improbable et moitié improvisée "Tacit 2" ! Principale raison du déplacement à Barcelone tellement l'Empereur n'a jamais déçu votre serviteur en live, il faut malheureusement un début à tout car Ihsahn ne livrera pas aujourd’hui un show exempt de reproches. Certes ces derniers sont plus à adresser au bougre derrière la console de mix qu'au maître intouchable, mais le constat est bien là : le son n'est pas très bon. D'un côté, la batterie du petit génie Tobias Andersen sonne bizarre : trop de grosse caisse, cymbales brouillonnes... De l'autre, la nouvelle recrue derrière les claviers est inaudible et la basse est tout simplement absente de la scène ! Ihsahn désormais séparé des Leprous sur scène tente une configuration réduite qui déçoit donc même si la qualité de jeu est pourtant au top du niveau. Quant à la setlist, elle demeure très convaincante sans toutefois sortir des sentiers battus. C'est ainsi qu'on retrouvera la classique "The Grave" en clôture ou encore les immanquables "Frozen Lakes On Mars" et "A Grave Inversed" du célèbre After.

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On enchaîne sans transition avec les Anglais de Haken, déjà vus quelques semaines plus tôt au Hellfest et visiblement infatigables ou du moins omniprésents sur les routes ces derniers temps. Le groupe surfe sur une vague montante de popularité et se plaît à présenter son nouvel EP intitulé Restoration. Venant piocher dans tous ses albums à l'exception du premier, le sextet livre une prestation une nouvelle fois courte en pistes puisqu’on aura seulement droit à 6 titres pour presque une heure de jeu. L'inévitable "Cockroach King" ravit les fans du groupe et ne trompe pas le public prog amateurs de ces jeux de voix à la Queen. Enfin la longue pièce de vingt minutes "Crystallised" est un tour de force pas forcément facile à saisir pour le néophyte. On peut reprocher à Haken un manque de folie, pas aidé par cette scène exiguë où le groupe est obligé de se tasser. Malgré les quelques efforts du chanteur pour faire des accrobaties, le style lunettes de soleil et chemise tribale peut laisser sceptique... Mais si les proggeux étaient réputés pour leur goût vestimentaire, on le saurait !

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On passe à Katatonia. Les Suédois étaient attendus de pied ferme sur le sol catalan à voir le nombre d'insignes à leur effigie... et en particulier de tatouages ! Il faut croire que nos voisins espagnols semblent bien plus décomplexés de la chose que par chez nous, car il semble que c'est la norme ici d'avoir un peu d'encre sous la peau, même si le motif est discret. Mais revenons à nos moutons. Il faut dire que le dernier passage de Katatonia dans la capitale était particulier puisque le groupe y interprétait un set spécial acoustique ! De retour à l'électrique, on pouvait se demander où le groupe irait piocher niveau setlist. Sans trop de surprises, il se tourne majoritairement vers son album récent le plus péchu, à savoir le très bon The Great Cold Distance (2006) avec les tubes "Soil's Song", "My Twin" et "July" (bénéficiant d'une petite blagounette de Jonas à l'occasion du mois en cours). Cependant, ces morceaux étant placés en toute fin de set, il faudra du temps au public pour bien rentrer dans le jeu du combo mélancolique de Stockholm. Le début de set est un peu brouillon et mécanique avec des titres pas forcément très heureux. C'est à partir du milieu de set et "The Longest Year" que votre serviteur pourra se lâcher et commencer à joyeusement chantonner. Un set en demi-teinte mais globalement positif car ça faisait longtemps qu'on avait pas vu les Suédois et passé les approximations, l'amour est toujours au rendez-vous.

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Alors qu'on ne savait pas trop à quoi s'attendre après l'annulation de dernière minute d'IQ, voici Vincent Cavanagh qui fait du zèle puisque convoqué pour la deuxième édition consécutive, cette fois-ci non accompagné d'Anathema mais en solo ! Avant même que le set ne débute, l'intéressé prend la parole au micro pour annoncer timidement et de façon un peu gênée qu'il n'a jamais interprété de sa vie de concert seul et que c'était donc une première pour lui. Arrivé à l'arrache, le garçon débarque mains dans les poches ou presque... Une guitare, une pédale de « loop » et d'effets... et feu ! C'est parti pour de l'impro... Mais quelle impro ! La setlist parle d'elle-même : "Fragile Dreams" "Thin Air", "Flying", "Deep", "The Beginning and the End", "Distant Satellites". Pas loin de tous les plus beaux titres d'Anathema sont interprétés avec une voix !... Une voix !! Le bonhomme donne tout ce qu'il a et vient placer des notes dont le simple souvenir m'hérisse encore tout droit les poils de partout ! Galérant un peu à synchroniser sa « loop » par ailleurs, Vincent recommencera plus d'une fois pour pas mal des titres, ajoutant un charme sans précédent à la prestation puisque chacun participera en frappant des mains à rythmer la musique. On notera pour l'anecdote un titre de Manu Chao en dernier rappel ("Mentira"), choix plus que douteux mais ce sera bien le seul et unique regret !

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L'astre solaire commence un peu à décliner quand débarque le savant fou Devin Townsend. Clairement un des artistes les plus attendus de la journée à voir le monde massé devant la grande scène, le nombre de T-shirts ou plus simplement l'ambiance électrique régnant au Poble Espanyol ! Et dépucelage pour votre serviteur ! Il paraît qu'un concert du Canadien chauve est un spectacle inoubliable, voyons voir si cette accroche marketing se trouve vérifiée... Ça commence enfin et il faut bien reconnaître que le groupe semble être une machine de guerre très bien huilée : ça bouge beaucoup, ça joue très bien, ça chante divinement bien, il y a pas mal d'animations sur le backdrop, les lumières sont magnifiques, bref tout roule ! Venu pour défendre son dernier bébé Ziltoid 2, le Canadien a mis le paquet sur les effets visuels. Mais s'il est bien deux points sur lesquels on se doit d'insister, c'est la voix et le son. Commençons par ce dernier : propre et compact, la rythmique martiale de Devin s'avère implacable en live et les claviers trop présents sur albums retrouvent une place bien plus adaptée derrière les guitares massives, laissant les riffs s'exprimer à merveille. Du côté du chant... que dire ? Oui Devin Townsend est un des meilleurs vocalistes du circuit, plus aucun doute n'est permis suite à cette prestation. L'homme sait tout faire. Tout ! Les variations d'un growl puissant à une voix de ténor passent comme une lettre à la poste. Ce monsieur est vraiment grand.

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Arrivent enfin les petits génies de Leprous sur scène ! Le ciel est désormais noir, le public massé devant la petite rotonde exulte, bref l'ambiance est absolument parfaite pour apprécier pleinement le set des Norvégiens. Ces derniers recevront ni plus ni moins que le meilleur accueil des festivaliers de la journée, les Catalans connaissant visiblement par coeur les chansons et hurlant à tue-tête tous les refrains, même ceux du dernier album en date, l'excellent The Congregation ! Le set débute même avec un morceau de ce dernier et le choix ne se porte d'ailleurs pas forcément sur l'opener le plus évident puisque la bande débarque avec "The Flood". Une fois les nappes électroniques passées, la première explosion démolit tout sur son passage et on redécouvre au travers du live le titre sous un nouveau visage.  Les vieux de la vieille avaient l'honneur de trouver Camel en haut de l'affiche, on ne pourra malheureusement pas en dire grand chose car c'était l'heure de faire une pause pour cette journée riche en émotions ! Nous pouvons seulement affirmer que le son était impeccable et que le jeu semblait à du très haut niveau également... Dommage !

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Mais sans se mentir, notre présence était bien là pour un unique groupe, les pères fondateurs de la scène metal technique moderne dite « djent » aujourd'hui : je parle bien sûr des fous furieux d'Umeå Meshuggah ! Deuxième tête d'affiche du festival, les Suédois se situent à un horaire improbable complètement nocturne (1h30-3h00). A leur habitude, le set est grandiose dans un hymne à la rythmique saccadée. Après l’épisode de destruction totale au Hellfest, on savait que Meshuggah ne pouvait pas décevoir, puisque bénéficiant en outre d'une durée de jeu encore plus large. On aura ainsi bien le droit à un repeat du concert du Hellfest avec des bonus. Et quels bonus ! Pas moins que la génialement ralentie "Lethargica" ou la pièce monstrueuse "Dangers To A Discordant System", toute deux issues du monstrueux ObZen

Comme pour l'année passée, le Be Prog sait proposer une affiche une nouvelle fois équilibrée entre rock et metal, ce qui est bien rarement le cas dans le prog ! Avec un line-up d'une excellente qualité et d'une organisation sans faute, on pourra compter sur ce nouveau festival pour les années à suivre ! Chaudement conseillé !


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