Une brève histoire du metal noir



 


Les temps modernes (1ère partie)



Après cette période de renouveau, le black metal se devait de confirmer et d’infirmer. D’autant que les joyeux lurons italiens de Aborym avaient également prouvé que décidément, machines et black metal pouvaient faire sacrément bon ménage. Generator s’est ainsi révélé être une bombe black metal electro de bout en bout, légitimé par la présence de Faust (tiens donc, le même qui débuta dans un certain … Emperor) derrière les fûts.

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« Black metal ? Machine ? Ensemble ? Vraiment ? Oui »

Fort de cette répartie nouvelle, 2007 tenta de repartir sur le même rythme. C’est ainsi que Marduk… changea !! Evénement improbable quelques années auparavant, mais définitivement entériné par Rom 5: 12, la présence de Mortuus au chant (l’apocalyptique personnage derrière Funeral Mist, auteur d’un excellent Salvation en 2003) a fait évoluer Marduk, et donc Morgan par conséquence logique. D’un groupe qui pondait plus ou moins le même album avec le même son policé de black brutal tous les 18 mois, Marduk est (re-)devenu une entité inquiétante distillant des atmosphères au couteau. Chapeau bas pour des « vieux ». Autres vieux, les autrichiens d’Abigor sortent de leur torpeur pour se reformer sans avoir jamais arrêté et décident qu’il est maintenant plus que temps de pousser au maximum leurs envies de technicité : ainsi Fractal Possession est né. Surfant sur l’ouverture créée par Deathspell Omega, qui a au passage confirmé tous les espoirs avec son Fas – Ite, Maledicti, In Ignem Aeternum, la troupe pan(zer)-germanique impose un black metal ultra complexe, raffiné et rapide en se permettant le luxe de rendre ça hautement addictif.

Toutefois, cela n’était pas suffisant, cette année 2007 ne pouvait se contenter d’albums plus complexes, il fallait également des ambiances sombres et dépressives. C’est servi sur un plateau par le plus-très-black-metal et bluesy Halmstad de Shining. Kvarforth explose à la face du monde sa personnalité complexe et déchirée, qui n’a aucun amour pour aucun style si ce n’est la dépression. Cela doit passer par du blues, alors soit. Préparez les anti-dépresseurs et plongez dans le voyage intérieur vers votre mare noire, vous n’en sortirez pas.

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« Kvarforth, personnalité polarisante, mais une musique toujours intrigante »

Autre but, toujours autant d’ambiance, Two Hunters des Américains de Wolves in the Throne Room. Là on part dans le sylvestre et mystérieux, ces brouillards qui se lèvent dans les forêts au lever du jour vous savez, c’est Wolves in the Throne Room. Magnifique album introspectif et naturel, vous errerez sur le sentier d’un black metal cru, froid et feuillu. Une sorte de version écolo-moderne de Burzum.

Et enfin, le retour du maître qui signe sans ambigüité possible l’album le plus lourd et sombre du black metal : Mayhem avec Ordo Ad Chao. Véritable asphyxie sonore, le disque n’est qu’un long appel à la gravité qui vous attirera dans les plus profonds tréfonds. Rarement musique ne ce sera faite si obscurcissante, et probablement jamais dans le black metal. Les nuages sont tellement nombreux et noirs que l’espoir est pour toujours hors de portée. Ordo Ad Chao se vit véritablement plus qu’il ne s’écoute, une sorte de paroxysme du black metal qui voit le grand retour d’Attila au chant, et pourtant aucunement classique dans son déroulement.
Changement d’année et changement d’atmosphère apparemment. Si 2007 peut être considérée comme une année riche en sorties marquantes, sa cadette met le pied sur le frein même si des albums de grande qualité sortent. Le black metal reste plus dans ses clous. Par exemple, Celestial Bloodshed (paix à son chanteur/fondateur mort abattu) sort avec Cursed, Scarred and Forever Possessed une pépite de black metal très cru, ultra traditionnel et pourtant vecteur d’une très forte personnalité. On aurait aimé en avoir plus, mais malheureusement cela demeurera à jamais le testament musical de ce groupe trop rapidement disparu, et toujours scandinave.

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« Mourir sur la route, mais faire un excellent album avant »

Keep of Kalessin
n’invente toujours rien mais prouve avec Kolossus que le black peut lui aussi être une grosse machine : gros son, grosses mélodies, grosses compositions, au final, gros album de black mélodique et accessible, prêt à faire un carton. Dans le côté plus mélodico-symphonique du black se retrouve Mirrorthrone qui donne des sueurs froides de plaisir à ses adorateurs. Il faut apprécier les styles plus proches de Limbonic Art voire Dimmu Borgir, mais dans le genre, on ne fait pas beaucoup mieux. Du côté des Etats-Unis Krallice, en fait une congrégation de sommités issues du mathcore, comprenne le lien qui pourra, fait parler de lui non seulement pour ses origines et ses membres, mais également pour sa musique. En proposant une variation plus technique du black, malgré tout traditionnel mais essentiellement porté par les guitares maîtresses, le groupe dévoile un territoire plus ou moins nouveau qui surtout attire de nouveaux amateurs dans l’escarcelle black metal, venus plutôt des genre en core donc. Il s’attire également les foudres prévisibles des puristes du genre qui crient au scandale, on souille le genre originel ! Par contre, le groupe tourne très rapidement en rond.

Heureusement, des groupes comme Old Wainds le russe font brûler vive la flamme et reprennent le travail là où Darkthrone l'avait laissé depuis Sardonic Wrath. En résulte un Death Nord Kult tout en passé majeur sonnant malgré tout moderne. Dans le même style darkthronien, nous retrouvons Angst Skvadron qui tient en Flukt ce que Fenriz et Nocturno Culto auraient pondu s'ils avaient pris des champignons hallucinogènes en grande quantité. Etonnant mélange de true black et d'extra-terrestres (à noter que son successeur sera beaucoup moins bon).Toujours traditionnel mais moins nordique via le germain Infestus qui sort un second album en tous points remarquables, Chroniken des Ablebens, pur brûlot de black metal carré et malgré tout doté d'une atmosphère imparable. Le black metal prouve donc qu'il peut continuer de grandir des 2 côtés, à la fois vers le haut dans l'expérimental ou la... fusion (sic) et sur le côté en conservant toutes ses racines.

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« Tu aimes le black metal hein ? »

Un petit mot sur la scène de l'Est (surtout d'Ukraine en fait) qui a voulu se faire un statut culte via ses fans. Nokturnal Mortum, Drudkh, Hate Forest, Lucifugum etc... et on en passe des tonnes, ce sont tous faits un petit nom lors de la fin des années 90 pour les plus vieux, jusqu'en cette fin d'années 2000, avec un pic surtout pour la période 2000-2005. Certes, il y a eu des albums marquants pour certaines personnes, par exemple DrudkhBlood in Our Wells (le titre original est en cyrillique) relent de Burzum initial avec plus de folk et de rappels à la Nature, trop long, mais jamais marquants au point d'en faire un culte. D'ailleurs, vers 2010, on n'en parle guère plus que pour les quelques sorties régulières de Drudkh, seul nom qui ressorte régulièrement encore.







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