Une brève histoire du metal noir



 


1994, année supernova



Si les 2 années précédentes peuvent déjà être considérées comme extrêmement fertiles, 1994 se révèlera être monumentale tout simplement. Mayhem sort enfin son messie noir tant attendu, un premier album après 10 années d'existence, De Mysteriis Dom Sathanas qui rendra fous tous les amateurs de black. Euronymous fait offrande de sa définition du black comme un testament ultime et indétrônable. 8 titres qui noirciront les coeurs de tous ceux qui les écouteront, avec un hymne absolu : "Freezing Moon". Des riffs glacés au possible racontés par Attila Csihar recruté au chant pour l'occasion dans un registre assez étrange qui enfonce le clou du mysticisme entourant l'album. Probablement l'album le plus attendu de tous les temps du black et probablement celui qui a soulevé le plus de débats. A noter que Dead a collaboré sur les 4 premiers titres, qui sont étrangement les meilleurs. 

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« C'est ça l'album le plus représentatif du black. Le meilleur ? Non, quand même pas. »

In the Nightside Eclipse arrive du côté de chez Emperor et pour la première fois des claviers apparaissent dans un album de black metal majeur comme instrument complet. Le choc est colossal et l'accueil à la hauteur. Loué et porté aux nues, les guitares stellaires, le chant possédé et la qualité incroyable des riffs imposent le groupe directement comme un monstre de la scène. 

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« Ca c'est monumental »

Darkthrone clôt sa trilogie maléfique et insensée avec Transilvanian Hunger, disque qui repousse les limites du son mal enregistré et du riff mono-maniaque. Etrangement, il s'agit probablement de leur plus grande réussite à ce jour avec une ambiance fabuleuse et de rares mélodies, la chanson-titre en est l'exemple parfait, le type d'album qui définit ce qui peut se faire de plus pur dans un genre. 

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« Fenriz, aime moi tendre, aime moi noir.  »

La nemesis de MayhemBurzum, sort lui aussi son album le plus célèbre et à juste titre car il s'agit aussi de son plus intense brûlot, Hvis Lyset Tar Oss. Un chant qui ne sera jamais égalé dans la folie et le déchirement, des riffs lancinants étalés sans vergogne sur des chansons de plus de 10 minutes, des claviers bizarrement mielleux en arrière-plan et une batterie soutenue et répétitive donnent un disque inoubliable qui fait regretter l'emprisonnement de leur créateur, Varg Vikernes. 
 
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« La représentation de la folie faite black. Un dérangé tueur, mais aussi un sacré compositeur.  »

4 albums de légende et unanimement reconnus comme étant des pierres angulaires du style, rien que ça. Et tout est sorti la même année. Un peu en-deçà de ces exploits musicaux (et encore, il n'est pas interdit de penser l'inverse), Satyricon se lance dans le grand bain avec un Dark Medieval Times fort goûtu qui expose un jeune groupe plein de talent, proposant une musique riche et inspirée qui n'oublie pas les mélodies tout en restant très crue dont le leader Satyr en est le compositeur indéniablement talentueux et Frost le batteur implacable. 

Enslaved apporte aussi sa pierre à l'édifice tout en ouvrant de nouvelles voies pour le black puisqu'il sort un Frost de toute beauté, bien qu'un poil ennuyeux par moments, officiant dans les ornières du viking metal. En fait seuls les textes tous portés sur les légendes nordiques, certains chants grandiloquents et quelques rares apparitions instrumentales folkloriques caractérisent cette musique avant tout basée sur le black metal. Gorgoroth, encore une fois un groupe norvégien, délivre une première offrande excessivement courte et mal enregistrée sous la forme de Pentagram, honnête. 

Arrivé à la fin de cette année 1994, on ne peut qu'imaginer l'état des fans de black metal, alors peu nombreux et ultra repliés sur eux-mêmes, qui ont vu en 12 mois la perte de leur leader spirituel en même temps qu'une quantité improbable d'album qui laisseront leur nom dans le charbon ensanglanté de l'Histoire. Difficile à se représenter de nos jours, il faut aussi savoir qu'à l'époque, et cela durera quelques années jusque vers 2000, la scène se scinde en 2, les pro-Euronymous et les pro-Varg. Cette scission un peu idiote sera néanmoins vécue comme profonde par le noyau dur et mettra clairement au ban des groupes aux oreilles des fanatiques. Fort heureusement elle disparaîtra d'elle-même sous les coups de l'oubli.

Les morceaux pour s'en mettre plein la tête : 


Mayhem - Freezing Moon 
Darkthrone - Transilvanian Hunger 
Emperor - Into the Infinity of Thoughts 
Burzum - Det Som Engang Var 
Satyricon - Walk the Path of Sorrow







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