Une brève histoire du metal noir



 


L'explosion



1990 ou le début de la grande aventure. ImmortalSatyricon et Marduk sont nés. Emperor les imite en 1991 et Marduk en profite pour faire sa première démo culte, Fuck Me Jesus rendue célèbre grâce à sa pochette montrant une jeune dame se sodomisant allègrement à coup de crucifix de bonne taille. 

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« Il y a eu George Abitbol. Mais avant, il y avait Marduk »

On remarque le goût prononcé du genre pour la provocation. Ce goût ne le quittera jamais. La musique est à l'avenant, dérangeante et très mal produite, mais pas géniale. Samael se permet de sortir son 1er opus et celui qui demeurera probablement à tout jamais comme leur plus black metal : Worship Him. Pour rester en dehors de la Norvège, la nouvelle République Tchèque développe une scène qui marque les esprits de l'underground, notamment Master's Hammer qui en représente LA référence. Ritual est leur premier album après de nombreuses démos et il s'impose comme un chef-d'œuvre connu essentiellement des initiés (aujourd'hui encore, ce qui est bien regrettable). Il donne à faire à un black metal d'obédience bathoresque orienté années 80 mais subtilement détourné pour en faire une musique unique. Unique et originale il donne une autre vision du black que celle scandinave. Mayhem enregistre son premier live, Live in Leipzig qui sortira en 1993 ainsi qu'une démo jamais réellement sortie officiellement, de 4 titres avec Dead au chant dont ce seront les seuls testaments sonores officiels puisqu'il se suicide pour faire honneur à son nom cette même année. 

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« Plus culte, impossible. Plus mort, aussi. »

Ce sont les prémices de De Mysteriis Dom Satanas dont les premiers jalons sont ici posés. Sympathique mais il y a encore du travail à faire. Burzum sort son 1er album sans titre. Il comporte quelques pépites, augure d'un dérangement mental avancé au chant mais reste globalement naïf. Darkthrone sort un premier album de death avec Soulside Journey à l'intérêt assez quelconque puisqu'il se place dans la grande mouvance death de l'époque sans grande originalité. La remarque peut s'appliquer à Emperor et Immortal dont les premières démos respirent le death. A noter que dans son coin, en Angleterre, contrée encore épargnée par le mouvement pour le moment, un dénommé Dani Filth fonde Cradle of Filth. C'est encore death comme la plupart des autres groupes, mais cela changera...

Fort heureusement pour les amateurs de black, les norvégiens vont arrêter de faire joujou et vont se décider à réellement faire du black metal désormais sous l'impulsion d'un Euronymous qui se comporte comme le grand frère (tout simplement car il a quelques années de plus que ses suiveurs) qui montre (dicte) le chemin à suivre. Et en qualité. 1992 sent le soufre brûlant, la bombe à retardement termine le compte à rebours et explose à la face du monde : 

- Wrath of the Tyrant de Emperor, démo définitive du groupe, avec l'apparition des claviers et des compositions qui montrent la majesté à venir. Sympathique mise en bouche avant leur 1ère sortie.
- Diabolical Fullmoon Mysticism de Immortal, 1er album un peu maladroit mais le groupe est lancé. A noter un clip montrant les membres des groupes en chapeau de sorcière qui passera à la postérité pour son goût … douteux (je vous laisse seuls juges). 
- A Blaze in the Northern Sky de Darkthrone. Finie la rigolade. Du vrai pur black metal excessivement corrosif pour les tympans avec un affreux son strident de guitares mais des compositions hantées et un chant braillard au possible qui en font LE premier brûlot de la période. 

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« Zephyrous, mystère regretté. Ca devient très sérieux. »

Incroyablement noir et possédant, cet album fait mal, très mal et est un choc à l'époque car le death metal de l'opus précédent est complètement passé à la trappe. Si bien que le label crût à une blague à la présentation des premiers enregistrements. Une référence encore maintenant. Le voilà notre acte de naissance à la face du monde ! L'étincelle est devenue explosion, au sens propre du terme puisque les incendies d'églises se multiplient dans le même temps en Norvège. Le pays a d'ailleurs maintenant totalement pris en main les rênes du genre. Black metal sera associé à Norvège à partir de dorénavant. La Suède tente de suivre timidement avec Marduk, mais ses albums de l'époque ne sont pas vraiment au niveau encore et surtout, encore isolés. 

1993 laisse le chant libre à Immortal qui délivre un Pure Holocaust tout à fait exquis de black metal froid et cruel, rapide en diable avec une utilisation abusive des blasts beats. Cela sera d'ailleurs la marque de fabrique des débuts du groupe. Attention aux dégâts ! 
Mais aussi à Darkthrone qui enfonce le clou avec Under a Funeral Moon qui casse la baraque, toujours aussi froid et mal enregistré, toujours aussi dérangeant mais un poil moins inspiré que A Blaze in the Northern Sky

Dissection sort un premier album, The Somberlain, qui opte pour une orientation black/death mélodique nouvelle dans le genre, avec son lot de très bons riffs et tout simplement essentiel. Arcturus, devient une sorte de supergroupe de black en accueillant rien moins que Samoth (Emperor) et Garm, qui vient fraîchement de monter Ulver, dans ses rangs. La Norvège ne bouge pas seule pourtant, et étonnamment, c'est un groupe japonais qui se lie à Euronymous et sort son 1er album d'une longue lignée, leur seul véritablement black metal au sens pur du terme, dans un black assez fou. Il s'agit de Sigh dont le Scorn Defeat, au-delà de la légende d'être sorti sur le label Deathlike Silence Productions, est une étape essentielle pour comprendre quels sont les confins du black metal.

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« On peut avoir le droit de zoner et faire du black metal »

Les églises continuent gentiment de brûler jusqu'à ce qu'en Août Varg Vikernes se décide à mettre un terme à la vie de Euronymous, membre fondateur et principal compositeur de Mayhem. Le début de tout le bordel aussi puisque pas mal de têtes du milieu tomberont à la suite de cet acte. Pour plus d'information, lire le très détaillé et agréable « Les seigneurs du chaos » (bien que trop partisan et sensationaliste) mais surtout, les archives de Slayer Mag, une vraie plongée dans le milieu du black norvégien de l'époque, salement honnête et naïf. 








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