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CHRONIQUE PAR ...

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Bigduff
Cette chronique a été mise en ligne le 25 septembre 2007
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Dave Mustaine
(chant+guitare)

-Al Pitrelli
(guitare)

-Dave Ellefson
(basse)

-Jimmy DeGrasso
(batterie)

TRACKLIST

1)Disconnect
2)The World needs a Hero
3)Moto Psycho
4)1000 Times Goodbye
5)Burning Bridges
6)Promises
7)Recipe for Hate … Warhorse
8)Losing my Senses
9)Dread and the Fugitive Mind
10)Silent Scorn
11)Return to Hangar
12)When

DISCOGRAPHIE


Megadeth - The World Needs a Hero
(2001) - heavy metal - Label : Sanctuary Records



Ce qui est formidable avec les grands groupes qui font de longues carrières, c’est qu’inévitablement, passé 4-5 albums ou une dizaine d’années – selon ce qui vient en premier – c’est la dégringolade, les pieds dans le tapis, la tronche dans le mur … Si le phénomène est rarement définitif – c’est une chance – nombreux sont les groupes qui ne sortent pas indemnes de leur premier faux-pas. La faute revient toujours aux mêmes : à la presse spécialisée, grande amatrice des fatwas qui donnent l’illusion à leurs initiateurs – une ou deux fois par an – d’être indépendants des labels qui les nourrit. Aux fans, qui réclament toujours le même album, l’un des trois premiers généralement, décliné ad nauseam. Et au bassiste du groupe tiens, coupable …bah coupable quoi, c’est un bassiste. Megadeth, lui, s’est planté avec Risk et l’a très, très mal vécu. Et ça s’est senti au travers de The World Needs a Hero, son successeur pondu par un line-up revu pour moitié. Hé oui les p’tits amis, les années Friedman/Menza, en 2001, c’est bel et bien fini.

Définitivement, le début du 21ème siècle aura été synonyme de gueule de bois pour le gars Mustaine. Les belles années de stabilité du meilleur line-up qu’aura connu son groupe se sont achevées dans un bordel sans nom, entre règlements de compte et prises de risque pas du tout assumées. Marty Friedman, qui pressentait l’échec commercial (et artistique) de Risk, reproche à Mustaine de rester le cul coincé entre deux chaises, avec ses compos plus du tout agressives, mais pas assez pop pour le coup. En froid avec le patron, son départ devient inévitable et les fans assistent, effondrés, à son exil pour le Japon où les amateurs de shred stérile sont légion. Un malheur n’arrivant jamais seul, Nick Menza est contraint par l’un de ses genoux – atteint d’une sorte de tumeur – à poser les baguettes pour un temps. Celle-ci s’avèrera par bonheur être bénigne, mais pour Mustaine il est déjà trop tard : l’arrivée de Jimmy DeGrasso (ex-Suicidal Tendencies) est rapidement officialisée, et Nick se voit gentiment signifier que Megadeth n’a plus besoin de lui (sic).


Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une succession heureuse à Risk. Les multiples déclarations parues dans la presse, qui promettent toutes un « retour aux sources », laissent la communauté plutôt perplexe, et il y a de quoi ! L’eau a coulé sous les ponts, et elles ne sont plus très nombreuses les vieilles gloires des 80’s à faire encore lever les foules ! La mode est aux baggys, aux sept cordes désaccordées, au nu metal quoi ! Et pourtant, mû par une inspiration aussi soudaine qu’inespérée, Mustaine tiendra sa promesse (ou celle de son management) en faisant de The World Needs a Hero un album assez proche de Countdown to Extinction. J’ai dit « proche » hein, pas « similaire » ou « identique », attention ! Le rouquin revient en fait à un heavy mid-tempo ultra-carré, sans trop de fioritures (quoique, sur certaines plages…) et mélodique au besoin. Les breaks sont nombreux, et sont autant de rampes de lancement pour les soli, la plupart très inspirés. Les compos un peu déglinguées, qui sortent de l’ordinaire si vous voulez et qui avaient fait les beaux jours de Countdown to Extinction ("Sweating Bullets", "High Speed Dirt") sont bien là elles aussi avec les groovy "Moto Psycho" et "The World Needs a Hero".

Alors pourquoi dans ce cas ne peut-on pas les associer davantage ? Je parlais un peu plus haut de heavy mid-tempo. Countdown to Extinction n’était déjà pas bien rapide (pas évident de soutenir la comparaison avec Rust in Peace), The World Needs a Hero l’est encore moins. Sur certains morceaux, comme "1000 Times Goodbye" ou "Burning Bridges", c’est carrément un problème et comme par hasard, le groupe s’est empressé de corriger le tir en live. Comparez donc les versions de Rude Awakening avec celles de l’album, et faites votre choix. Ca ne devrait pas prendre beaucoup de temps. Non le vrai problème, et c’est du pur feeling attention, c’est que tout a l’air d’être un cran en-dessous. L’album est pourtant homogène en qualité, c’est indéniable. Seuls les "Recipe for Hate … Warhorse", "Losing my Senses" et "When" sont vraiment à jeter. Le larmoyant "Promises" (vestige de l’époque Risk ?) fait un peu tâche à côté des bombes que sont "Dread and the Fugitive Mind", "Silent Scorn" / "Return to Hangar" (haaa, nostalgie) et "Disconnect", mais il ne choque pas plus que "Moto Psycho" et consorts, dont on a déjà parlé.


Alors quoi, c’est juste moins bien, c’est tout ? Ben oui. The World needs a Hero, à l’exception des trois tueries mentionnées ci-dessus, ne marquera pas votre conscience au fer rouge une fois écouté, même si – objectivement – le reste des morceaux qui le composent est de bonne facture. Il manque cette étincelle, ce feu sacré qui font d’un bon album un album exemplaire. Et il manque surtout une bonne dose d’énergie brute, thrash, capable de transcender le côté un peu léthargique de l’ensemble, plombé par la lenteur des compos et la production assez fade. Si The World Needs a Hero reste un vrai retour aux sources qui a rassuré pas mal de monde après le traumatisme Risk, dites-vous bien que c’est précisément à ce dernier qu’il doit son succès critique. S’il était sorti après Countdown to Extinction, les manifestations d’enthousiasme se seraient faites bien plus discrètes, indéniablement. Comme quoi, le contexte, ça peut changer beaucoup de choses …


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