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CHRONIQUE PAR ...

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Beren
Cette chronique a été mise en ligne le 23 septembre 2007
Sa note : 18/20

LINE UP

-Mike Vennart
(chant+guitare)

-Steve Durose
(chant+guitare)

-Gambler
(guitare)

-Jon Ellis
(basse)

-Mark Heron
(batterie)

TRACKLIST

1)Commemorative____T-Shirt
2)Unfamiliar
3)Trail Of Fire
4)Savant
5)Only Twin
6)An Old Friend of The Christy's
7)Sleeping Dogs And Dead Lions
8)The Frame

DISCOGRAPHIE


Oceansize - Frames
(2007) - rock prog post rock - Label : SPV



Avec une régularité qui tient de la précision métronomique, les Anglais d’Oceansize reviennent avec un nouvel album : Frames est ainsi le troisième album du groupe, après un Everyone Into Position enchanteur mais aussi déroutant, qui leur vaut désormais une réputation de faiseurs de miracles en deux albums. En effet, même si le groupe demeure relativement jeune, Oceansize déroule une musique de plus en plus effarante de maturité au fur et à mesure de ses parutions et la marge de progression observée est purement incroyable. Qui aurait parié sur Everyone Into Position après le carton, magique, proposé par Effloresce ? Il en est de même avec Frames, une nouvelle fois annoncé à la dernière minute.

L’enrobage est mystérieux, à la limite de l’expérimental: drapé d’un artwork rouge minimaliste, identique à celui de l’EP Music For Nurses, l’album compte huit morceaux pour plus d’une heure de musique : les bases de ce nouvel album sont plus intrigantes que jamais. A l’écoute, ce doute se révèle exact: la découverte n’est plus là, mais l’effet de surprise n’en est pas moins imposant. Oceansize a une nouvelle fois repoussé les limites de son style si particulier en structurant sa musique à la manière d’un tableau. D’aucuns pourront affirmer que le groupe franchit un palier dans l’absolu musical (le côte parfois abstrait des compositions risque de décontenancer plus d’un amateur du groupe) mais de ce fait, Frames est un album à effeuiller encore plus consciencieusement que ses aînés.

Superposition de landscapes musicaux et de dynamiques d’une richesse parfois incommensurable, ce nouvel album se révèle carrément incroyable au bout de quelques écoutes. A ce titre, bien que la plupart des morceaux déclinent un schéma très post-rock dans l’esprit (longueur exacerbée, crescendos, guitares tamisées mais omniprésentes) et peuvent ainsi perdre l’auditeur dans un labyrinthe musical, il faut souligner l’intensité incroyable de certains titres comme "Unfamiliar", l’évanescent "Savant" ou encore "Trail Of Fire", un pur morceau d’anthologie. Construction quasi-parfaite de son déroulement jusqu’à l’explosion finale (qui colle un frisson monstrueux), rythmique implacable et chant à l’avenant (qui, d’ailleurs, le reste tout au long de l’album), cette composition représente la nouvelle cuvée Oceansize avec une indécence révélatrice de l’état d’esprit actuel du groupe : apaisé et surtout, totalement décomplexé.

A l’image de "Sleeping Dogs And Dead Lions", unique titre-défouloir de l’album où le groupe n’hésite pas à copier ouvertement puis détourner habilement Meshuggah (!), Oceansize fait montre d’un culot plutôt démesuré et retourne ses influences (noise-rock, progressif, indie) à son avantage. Aussi, l’évolution sur cet album se fait sur la construction des morceaux (plus diluée, mais aussi plus progressive que jamais) et non pas sur le style lui-même, désormais reconnaissable entre mille.

A la question « cet album enterre-t-il les précédents ? », je réponds par la négative. Ce troisième album est une nouvelle fois différent de ses prédécesseurs, tout en laissant une nouvelle fois exploser le talent du groupe à créer des ambiances finement ciselées. Elégant à l’extrême, mystérieux au point de paraître parfois impénétrable, Frames peut décevoir une partie du public habitué aux compositions plus traditionnelles du groupe. De même, puisque la barre est placée très haute, certains morceaux – très bons au demeurant – peinent à accrocher l’auditeur sur la longueur ("The Frame", décevant final après un menu très copieux) alors qu’ils avaient le potentiel pour devenir des classiques.


Tout le paradoxe est là : démontrer l’étendue de son intelligence musicale et freiner ses ardeurs adolescentes (la puissance est de moins en moins démonstrative, de plus en plus suggérée), quitte à laisser de côté les prétentions mélodiques originelles (il n’y a plus de morceau à single sur cet album), était-ce le bon choix ? Il me semble plus que pertinent, oui ! Oceansize est enfin adulte, plus sérieux et jusqu’au-boutiste mais n’hésite pas aussi à se faire plaisir. Tout serait-il enfin réuni pour faire d’Oceansize « ce que l’Angleterre a produit de mieux depuis trente ans » ? Cette citation d’un journaliste anglais (on connaît l’amour des Anglais pour ce genre d’assertions) qui se révélait déjà pour moi très juste à l’époque d’Effloresce, devient aujourd’hui une vérité fondamentale. Trois albums, trois époques, trois classiques. Éblouissant.


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