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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été mise en ligne le 23 septembre 2007
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Asgeir Hatlen
(chant)

-Th Cern "Cernunus" Skei
(electronique+guitares)

-Eivind Vind
(guitares)

-Torstein D. Parelius
(basse)

-Tor Arne Helgesen
(batterie)

TRACKLIST

1)Deeprooted
2)Come to Pass
3)I Watch You Fall
4)A Cancer In Our Midst (Plague One)
5)Last Lights
6)Nobody Wants the Truth
7)My Journal of the Plague Years (Fuckmensch Warmensch)
8)The Cure-All
9)Transmigrant
10)Son of Night Brother of Sleep

DISCOGRAPHIE


Manes - How The World Came To An End
(2007) - heavy metal electro trip-hoppus electro-nocturnis - Label : Candlelight



Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’écoute-je ? Quel était le but de Manes quand ils ont composés cet album ? Eux qui partirent du black metal puis virèrent vers l’electro rock pour leur dernier album, Vilosophe – les voici totalement barrés dans les amphétamines et les hallucinogènes pour ce How The World Came To An End. Trip-hop, electronica, dark-trance, et seulement quelques réminiscences de leurs précédentes productions rock-metal. Difficile à assimiler, compliqué à écouter, dur à juger. Le virage entamé depuis quelques années nous emmène vers un groupe dont l’objectif musical a radicalement changé – peut-être même trop…

Beaucoup ont comparés la direction prise par Manes avec celle d’Ulver et même si ce dernier est parti dans un objectif différent (electro-ambient style bande originale) les chemins souillés sont proches : départ dans le métal extrême, puis purification progressive de la musique jusqu’au remplacement quasi-total des guitares par le semi-synthétique planant et avant-gardiste. Manes n’a pourtant pas renié ses anciennes activités : les influences du métal sont frappantes sur la ballade "Nobody Wants the Truth", le groupe a simplement ôté toute brutalité aux guitares saturées pour parvenir à un son organique plus atmosphérique. Un chemin curieux mais valable, et respectable à tout point de vue car même si on sent que l’entité Manes ne sait pas forcément où elle va, elle compte assez d’expérience et de technique pour ne jamais se bafouer ou se reléguer. Ce qu’elle fait, elle le fait bien.

Les rapprochements avec The Third/3rd and the Mortal sont tout aussi frappants sur les titres les plus trip-hop : nappes atmosphériques à grand renfort de borborygmes électroniques post-Pink Floydien, sons à la Kraftwerk modernisé et voix fluettes murmurants au loin… L’influence du précédent batteur (qui joua dans The Third/3rd and the Mortal) dut être déterminante ; et ce sont justement les métissages improbables qui garantissent l’intérêt toujours renouvelé du dernier opus de Manes. La seule concentration métallique arrive au centre du disque avec "My Journal of the Plague Years" et déborde de tous côtés en rythmique martial et lourdeur guitaristique – une exception sur cet album essentiellement synthétique, lorgnant toujours plus loin vers l’intérieur, vers la musique de salon introspective, tentant même des œillades vers le post-rock.

Trip-hop poussé le temps d’un morceau jusqu’à prendre au pied de la lettre sa désignation : électro/Hip-hop. Le résultat en est le très surprenant "Come to Pass", construit sur une base drum & bass avec des couplets hip-hop servis au choix en français (!?) et en anglais est une réussite totale : puissant, évocateur, le final en crescendo hérité de la trance est ahurissant ! Un morceau d’une telle originalité est un indice sur le développement conçu par Manes : on peut faire headbanguer une fosse avec autre chose qu’un riff de heavy-metal ; alors pourquoi se priver ? Touché / Coulé. Il est clair qu’un choix comme celui-là n’a pas été du être facile à faire : rien de tel qu’un peu de rap pour décourager un public comme le leur de continuer à s’intéresser à eux. Et pourtant, la piste renferme tant d’ingéniosité tout en n’étant, musicalement parlant, pas si proche du hip-hop, qu’on ne peut s’empêcher d’applaudir des deux mains pour avoir su prendre le risque – et l’avoir largement affronté.

Contrairement à ce qui a pu être dit, le groupe n’a nullement bifurqué vers le jazz expérimental ou le rap hardcore, et n’est donc nullement inaccessible aux précédents amateurs de Manes. Simplement, Cernunus et sa clique ont jugé bon de rendre leurs précédentes lubies plus soignées, toujours puissantes mais moins violentes. Le résultat n’est en fin de compte pas si différent d’un groupe d’electro-indus classique, il réunit juste plus de variations et d’influences que ses compagnons. Il est clair qu’un titre tel "Transmigrant", enchaînant les ruptures de rythme et les cassures vocales demande un réel effort pour être assimilé, et on est obligé d’avouer que le résultat aurait pu être cent fois plus séduisant si le groupe n’avait pas cherché à tout compliqué volontairement. Mais au bout du compte, c’est cette complication intensive et les prises de tête qu’elle entraîne à l’écoute qui apporte le charme et surtout l’originalité d’How The World Came To An End.


Nul doute que le groupe continuera à diviser – chez nous en tout cas, le rap français de "Come to Pass" suscite déjà la polémique, ce qui se comprend largement ! Il faudra en effet avoir l’esprit ouvert à toutes les expérimentations pour digérer le contenu d’How The World Came To An End. Dorénavant, Manes ne s’adresse plus aux simples metalleux (du chant rap, non mais vous imaginez !?), mais s’ouvre aux hallucinés qui prennent l’autoroute de nuit ou qui s’enquillent café sur café devant l’écran à quatre heures du matin. Grâce à son parti-pris de ne pas conforter l’oreille dans le prévisible, Manes tient éveillé. Demande de la réflexion. Un disque d’electro-nocturne puissante qui laisse une tache, bonne ou mauvaise. Puisse-t-elle s’élargir et corrompre les nouveaux arrivés…


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