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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 22 septembre 2007
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jonathan Davis
(chant+cornemuse)

-Head
(guitare)

-Munky
(guitare)

-Fieldy
(basse)

-David Silveria
(batterie)

TRACKLIST

1)Right Now
2)Break Some Off
3)Counting on Me
4)Here It Comes Again
5)Deep Inside
6)Did my Time
7)Everything I've Known
8)Play Me (feat. Nas)
9)Alive
10)Let's Do This Now
11)I'm Done
12)Y'all Want a Single
13)When Will This End

DISCOGRAPHIE


Korn - Take A Look In The Mirror
(2003) - néo metal - Label : Epic Records Immortal



Ainsi donc, Untouchables avait fait un flop. Les explorations pop-electro, le côté profondément imprévisible des compos, le fait d'avoir osé cesser d'être bourrin (à croire que personne n'avait écouté Issues ?), tout ça avait persuadé les fans que Korn avait soudainement viré commercial (et Follow The Leader alors?) et qu'en conséquence il fallait leur jeter des briques et insulter leurs mamans. Sachant qu'à ce rythme leurs mamans allaient finir par se prendre des briques, les gars de Bakersville se devaient de réagir. Les fans attendaient un album bourrin, les critiques se demandaient si le combo aurait les tripes d'assumer son changement d'orientation musicale... et Korn a sorti Take A Look In The Mirror. Sacrés eux.

C'est un peu un pied-de-nez gigantesque qui renvoie tout le monde dos à dos. Camouflés derrière un son brut qui rappelle tout de suite les premiers albums, les membres de Korn ont continué tranquillement à faire ce qu'ils voulaient. Nul doute que le retour à la violence primaire les titillait : de "Right Now" à "Break Some Off" en passant par "Here It Comes Again", "Alive" et le refrain légendaire de "Y'All Want A Single", Davis se fend d'un growl titanesque qui tend franchement vers le métal extrême et qu'il ne réutilisera plus ensuite (snif). Il n'avait jamais hurlé comme ça, et cette violence vocale couplée au retour des gros riffs dépouillés ainsi que de l'énorme basse percussive de Fieldy aura suffi au fan de base : ouf, Korn était revenu dans le droit chemin. Sauf que les explorations pop et ambient n'ont pas cessé, elles sont juste liées à cette énergie brute. "Break Some Off" a beau envoyer une sacrée dose haine pure, le couplet met la puce à l'oreille : si les mélodies cristallines rappellent plus Issues qu'Untouchables, on comprend tout de suite que le simple retour aux sources n'est pas au menu du jour.

"Counting" est presque emblématique de l'approche de patchwork de l'album : une intro Life Is Peachy, un couplet Issues... et un refrain complètement Untouchables. Pas dans le son, non : le chant de Davis est agressif/mélodique tendance écorché et le tout est écrasant (et addictif)... mais le fond est une succession d'accords et pas un riff. Une succession d'accords sur laquelle vient se coller une mélodie vocale, à savoir la définition de base de la pop. Comme dans "Thoughtless" ou "Alone I Break", le son soft en moins et la violence en plus. Mais c'est la même chose au fond, de même que le refrain saisissant de "Did MyTime" pourrait être joué au piano sans changer tant que ça.... et pourtant les couplets relèvent du tube Kornien ultra-accessible et jumpy adoré par les fans. Et que dire de "Everything I've Known" : riff qui poutre en intro, mais couplet aux arrangements ciselés, pont pop lyrique, puis retour direct au son de brutasse pour le refrain. Idem pour "I'm Done" aux multiples breaks d'ambiance: on est en permanence entre la synthèse et la juxtaposition, le résultat ayant une certaine tendance à claquer la tronche avec joie.

Car Take A Look In The Mirror regorge de tubes : le tordu "Deep Inside" qui enchaîne binaire et ternaire, "Right Now", "Counting" et "Did My Time" déjà cités et bien entendu la parodie réjouissante "Y'All Want A Single", Korn n'avait jamais aligné autant de compos directes et immédiatement accessibles depuis Follow The Leader. La différence est que le groupe utilise cette approche accrocheuse pour prendre son auditeur au piège : une fois pris à headbanguer furieusement, le djeunz à baggy n'a d'autre choix que d'accepter les incursions soudaines de pop et les choeurs Untouchabliens, surtout que ça repart aussi sec derrière. Il est pris dans le mouvement en quelque sorte. Seule la tentative ratée de rap-metal "Play Me" assombrit le tableau : le flow de Nas n'est pas en cause, mais le riff de fond est affreusement plat et l'interaction entre le rappeur et Davis est réduite à sa plus simple expression. Et... et c'est tout. A défaut de faire avancer le schmilblik, Take A Look In The Mirror est une collection de chansons de tueurs qui rassemble les meilleurs aspects de Korn toutes époques confondues.


Cet album est donc un passage en revue de la carrière de Korn, un genre de best-of composé uniquement d'inédits en somme. Ultra-efficace et recherché à la fois, c'est par contre le premier album depuis Life Is Peachy à ne pas faire évoluer la musique du quintette - chant hurlé de porc excepté - vu qu'il se contente de démontrer que les éléments de Korn peuvent cohabiter avec ceux d'Untouchables. Limité par sa démarche, il regorge néanmoins de classiques et fait un peu penser à l'Archetype de Fear Factory : pas innovant pour un sou, mais diablement bon tout de même. Et en plus il a bien vieilli...


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