956

CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 22 septembre 2007
Sa note : 17/20

LINE UP

-Tomi Joutsen
(chant)

-Esa Holopainen
(guitare)

-Tomi Koivusaari
(guitare)

-Santeri Kallio
(claviers)

-Niclas Etelävuori
(basse)

-Jan Rechberger
(batterie)

TRACKLIST

1)Two Moons
2)House of Sleep
3)Leaves Scar
4)Born From Fire
5)Under a Soil and Black Stone
6)Perkele (The God of Fire)
7)The Smoke
8)Same Flesh
9)Brother Moon
10)Empty Opening

DISCOGRAPHIE


Amorphis - Eclipse
(2006) - rock folk ambient melodeath - Label : Nuclear Blast



Avant la sortie d'Eclipse, on ne peut pas dire que la suite de la carrière d'Amorphis inspirait la plus grande sérénité. Le dernier album en date, Far From the Sun, avait vu les Finlandais accentuer le virage rock mélodique pris sur Am Universum, mais pour un résultat beaucoup plus mitigé. Les Finlandais semblaient au bout du rouleau et n'avaient pas su recréer la magie présente sur des titres comme "Alone", et la progression habituelle entre chaque album avait laissé place à une redite pas forcément très inspirée. Par-dessus le marché, lassé des tournées à répétition, le chanteur Pasi Koskinen avait décidé de quitter le navire. Rien de bien rassurant à l'horizon donc…

La quête d'un nouveau chanteur n'a apparemment pas été de tout repos pour Amorphis. Devant la difficulté à trouver la perle rare, Esa Holopainen et ses compagnons ont même songé à sortir un album entièrement instrumental, histoire de maintenir le groupe en vie. Et telle une bête blessée refusant de mourir, il faut reconnaître que les musiciens, Holopainen et Kallio en tête, se sont surpassés au moment de la composition des titres présents sur Eclipse. Le cas épineux du chanteur n'a finalement été résolu que très tardivement, puisque les titres étaient déjà prêts au moment Amorphis a fini par jeter son dévolu sur Tomi Joutsen. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe a eu la main heureuse en dénichant cette pépite enfouie, dont l'histoire n'est pas si éloignée de celle de Tim "Ripper" Owens au moment de son intronisation au poste de chanteur du Priest. En effet, Joutsen, qui officiait au sein de Sinisthra, obscur groupe sans grand avenir, était un fan de longue date d'Amorphis et plus particulièrement des premiers essais du groupe. Et s'il n'a pu prendre part à la composition cette fois, son arrivée a permis, de l'aveu même des musiciens, d'insuffler une fraîcheur qui manquait à Amorphis depuis un certain temps.

Pour sa première livraison pour le compte de son nouveau label Nuclear Blast, Amorphis a mis le paquet et placé la barre très haut. Plutôt que de se cantonner à un style particulier, les Finlandais ont opté pour une synthèse parfaite de tous les genres abordés au cours de leur féconde carrière, du death mélodique au rock 70's en passant par le folk et le metal atmosphérique. En cela, l'arrivée de Joutsen a joué un rôle prépondérant puisque c'est sous son impulsion que le growl a fait son retour dans les compositions du groupe. Il faut bien reconnaître qu'en 2006, même les vieux fans les plus optimistes n'osaient espérer entendre à nouveau un titre comme "Perkele (The God of Fire)", qui revient chasser sur des contrées death mélodique délaissées depuis une bonne dizaine d'années. Toutefois, les voix death ne sont principalement utilisées que sur quelques morceaux pour appuyer le registre clair/agressif de Joutsen, et ce subtil dosage se révèle comme un des points forts de l'album. Il faut dire que le chanteur passe d'un registre à l'autre avec une facilité déconcertante, comme sur le superbe refrain de "The Smoke".

Il est très difficile de ressortir une chanson en particulier sur Eclipse, car les 10 titres qui le composent sont tous très réussis, et ce dans des veines très différentes. Amorphis est parvenu à composer des mélodies vraiment catchy sans céder à la facilité, comme sur les deux mid tempo "House of Sleep" (qui a atteint la 1ère place des charts finlandais) et "Born from Fire". Partie intégrante de l'identité du groupe, les éléments folk ne sont pas en reste et sont mis en avant notamment sur "Leaves Scar" ou sur "Brother Moon". Dans les deux cas, l'utilisation parcimonieuse du growl apporte un plus indéniable. Le point d'orgue de l'album est peut-être atteint avec "Under a Soil and Black Stone". Après un début un début mélancolique magnifié par la douce voix de Joutsen, qui démontre une fois de plus l'étendue de son registre, le morceau se termine par une chevauchée instrumentale débridée dans laquelle chaque musicien est mis en valeur, notamment Jan Rechberger à travers des parties de batterie originales. L'album s'achève en beauté sur "Empty Opening", qui fera le bonheur de tous les fans du rock d'inspiration 70's développé sur l'excellent Am Universum.


Sur Eclipse, Amorphis réussit le tour de force de résumer, en à peine 10 titres, près de 12 ans de carrière et une multitude de genres différents. Les titres affichent une certaine concision (un seul morceau dépasse les 5 minutes pour un total d'environ 42 minutes) et la plupart sont immédiatement mémorisables. Et si bien souvent, les albums très catchy dans ce genre révèlent rapidement tous leurs secrets et voient leur durée de vie considérablement réduite, force est de constater qu'Eclipse passe superbement l'épreuve du temps et qu'il figurera à coup sûr parmi les joyaux de la discographie d'Amorphis. Un retour en force aussi inattendu que magistral.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4