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CHRONIQUE PAR ...

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Beren
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13/20

LINE UP

-Eicca Toppinen
(violoncelle)

-Pertuu Kivilaakso
(violoncelle)

-Paavo Lötjönen
(violoncelle)

-Mikko Siren
(batterie)

TRACKLIST

1)Life Burns!
2)Quutamo
3)Distraction
4)Bittersweet
5)Misconstruction
6)Fisheye
7)Farewell
8)Fatal Error
9)Betrayal/Forgiveness
10)Ruska
11)Deathzone
12)En Vie

DISCOGRAPHIE

Apocalyptica (2005)
7th Symphony (2010)

Apocalyptica - Apocalyptica
(2005) - inclassable - Label : Universal



Avec cet album, je reste partagé entre mon admiration devant tant de maîtrise technique et d'originalité, et le sentiment abject de m'être fait un peu berner par un groupe qui n'en est plus à son coup d'essai, finalement. Ce cinquième album mis en boîte par Stefan Glaumann (Rammstein) remet du moins les pendules techniques et artistiques à l'heure d'hiver, après un Reflections (2003) plus qu'en demi-teinte, descendu férocement par la critique à sa sortie et que j'ai moi aussi très moyennement apprécié.

Avant toute chose, ce qui fait l'originalité de ce trio venu du grand froid (ces messieurs sont finlandais), c'est, bien entendu, cet ensemble de violoncelles se rapprochant d'une façon mimétique de bonnes grosses guitares saturées. Ce qui ne fut au départ qu'un pari un peu fou, c'est-à-dire reprendre des classiques de Metallica version violoncelle sur l'album Apocalyptica Plays Metallica By Four Cellos (1996), est devenu, en l'espace de neuf ans maintenant, une caractéristique unique de ce groupe porté par le très cinglé Eicca Toppinen. Apocalyptica s'en vante haut et fort, la lente maturité (évidente sur cet album) qui coule dans les veines du groupe l'a lentement transformé en groupe de rock à part entière. D'ailleurs, en écoutant pour la première fois ce nouvel opus, rien ne distingue vraiment une guitare électrique d'un violoncelle joué saturé et distordu. Ce qui vous fera dire qu'il n'y a pas de violoncelles sur cet album, mais des guitares et crier donc au scandale. Or, c'est une grossière erreur: il n'y aucune guitare sur cet album, mais bel et bien trois violoncelles... Et une batterie, assurée par Mikko Siren. Tout les différencie sur ce point d'un groupe de rock. Mais en écoutant plus attentivement le son vraiment peu commun qui ressort de ces violoncelles branchés sur le 220V, vous remarquerez que le son est bien plus lourd, grave et pesant.

Ce qui m'amène tout naturellement au constat suivant: Apocalyptica mérite tout à fait sa place au sein des étalages metal de vos magasins. Une bonne moitié de cet album se compose d'instrumentaux heavy à souhait, terriblement lourds et très réussis. Le trio de crazy violoncellistes a frappé, à ce propos, bien plus fort que les quelques minables compositions des précédents albums. Par contre, le syndrome "commercial" se profile à l'horizon avec deux titres chantés (sur trois) qui fleurent bon le marketing pré-pubère: l'entrée en matière plutôt ratée qu'est "Life Burns!" avec Lauri Ylönen de ces chers Rasmus, morceau pop/rock intelligemment conçu pour se faire connaître (mais terriblement banal) et "Bittersweet", premier single avec le duo Ville Valö et Lauri Ylönen, qui sent bon, mais alors, très bon la guimauve sucrée des champs: arthritique, bébête, malgré un final des plus alléchants. Autant dire que ce n'est pas dans les titres chantés que cet album se démarque, bien que "En Vie" - décliné sous forme instrumentale et dans diverses langues - rehausse un peu le niveau avec Manu, la chanteuse de Dolly, dont le timbre colle assez bien à la tonalité pessimiste du morceau.

Non, non, il faut chercher du côté de ces superbes instrumentaux que nous ont concocté les Finlandais, qui ont cette fois cherché à écrire et arranger intelligement. Le résultat est plus qu'à la hauteur: le surprenant "Distraction", tout en nuances thrash, égrène des riffs de violoncelles en veux-tu en voilà, monstres de compacité et de puissance, accompagnés d'une section rythmique impressionnante de charisme. La batterie, assurée par Mikko Siren, est cette fois mise très en avant pour un résultat très lourd et enlevé. "Fisheye" possède à ce titre des lignes de violoncelles incroyables de dureté, tout comme le monstrueux "Fatar Error", doté d'un solo de violoncelle dantesque. La cerise sur le gâteau: un "Betrayal/Forgiveness" d'anthologie, avec, à la batterie, Dave Lombardo, qui assurait déjà les parties de batterie sur les anciens albums. Débutant crescendo, le premier riff de violoncelle, technique au possible vous laisse sur les rotules pour un morceau de plus de cinq minutes, constitué de breaks à n'en plus finir, qui restera dans les annales du genre. D'autres titres, plus communs, mais tout aussi empreints d'un certain feeling parsèment le tracklisting assez bien pensé: "Farewell", placé entre deux morceaux heavy repose et emmène l'auditeur; le diptyque "Ruska"/"Deathzone" clôt quant à lui l'album à la façon d'une bande originale de film.

En fin de compte, on ne soupçonne même pas le potentiel de violence contenu dans les riffs de violoncelles: distortion à gogo, saturation, tapping, slap, tout l'arsenal des guitaristes/bassistes y passe. D'autant que ces trois gaillards sont d'excellents musiciens, doublés d'un feeling rock que ne renieraient pas certains musiciens issus de la scene metal. Maintenant, je conchie cette attitude commerciale infecte en regroupant deux des chanteurs les moins charismatiques, mais les plus vendeurs, de la scène finlandaise pour un coup marketing pompeux et simpliste au possible, au résultat finalement raté. Ce groupe doit se faire connaître, c'est certain, mais d'une autre manière... Bien que lassant au bout de quelques écoutes, cet album est néanmoins inventif, composé de morceaux imparables qui seront à coup sûr de futurs classiques du groupe. La technique hallucinante y est, manque encore ce soupçon d'intégrité, qui n'est une nouvelle fois pas prégnant sur ce nouvel album. Affaire à suivre pour un éventuel sixième album, qui devra faire preuve de plus de personnalité, au risque de tomber dans les oubliettes.




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