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CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Bob Dylan
(chant+guitare+harmonica)

-Tony Brown
(basse)

-Buddy Cage
(steel guitar)

-Paul Griffin
(orgue)

-Eric Weissberg
(guitare)

-Bill Berg
(batterie)

et d'autres sessionmen

TRACKLIST

1)Tangled Up In Blue
2)Simple Twist Of Fate
3)You're A Big Girl Now
4)Idiot Wind
5)You're Gonna Make Me Lonesome When You Go
6)Meet Me In The Morning
7)Lily, Rosemary And The Jack Of Hearts
8)If You See Her, Say Hello
9)Shelter From The Storm
10)Buckets Of Rain

DISCOGRAPHIE


Dylan, Bob - Blood On The Tracks
(1975) - rock folk - Label : Columbia



Ce disque est magique. Il n’est pourtant pas très surprenant. Les arrangements sont très sommaires. Le ton est extrêmement uniforme. "Lily, Rosemary And The Jack Of Hearts" est une pièce bouffie affreusement longue et monotone qui ne semble avoir aucune raison valable de se retrouver là. Et pourtant, l'album n'en finit pas d'émerveiller. Parce que dans aucun disque de Dylan à ma connaissance, vous ne retrouverez cette atmosphère douloureusement intimiste, l’impression de se retrouver dans une chambre d’hôtel donnant sur une campagne grisonnante, avec votre vieux pote Bob, la guitare à la main, revivant dans tous les sens son histoire d’amour brisée, jonglant avec les personnages et les émotions, mais toujours à fleur de peau. L’album du divorce, a-t-on dit, l’occasion pour le poète de mettre son cœur à nu, de nous conter son chemin de croix du désespoir jusqu’à la sérénité retrouvée, et le résultat est désarmant.

Il y a d’abord ce son… cette réverbération discrète sur les compositions les plus dépouillées, cette clarté qui ouvre l’oreille à chaque note enregistrée, et éclaire majestueusement les passages les plus denses… et puis, menant la barque, il y a cette voix sur laquelle tant prennent plaisir à médire : trop nasillarde, rarement juste… oui, peut-être. Mais si vous vous braquez sur ces détails « techniques » à l’écoute de l’album, laissez-moi vous dire que vous allez passer complètement à côté de sa performance. Le mot est lâché : il faut l’entendre insuffler tant de vitalité et de passion à l’histoire de "Tangled Up In Blue", le laisser nous flanquer la chair de poule sur "Simple Twist Of Fate" (ah, ces montées…), évacuer toute sa rage sur "Idiot Wind", ou refermer le disque sur une note douce-amère avec "Buckets Of Rain" pour comprendre à quel point Dylan, est, après tout, un grand chanteur. Ou, si vous préférez, un formidable messager, à même de transmettre des émotions fortes sans même avoir besoin de maîtriser la langue de Shakespeare. Tout passe par les inflexions, les sonorités. Cela est encore plus vrai avec un album aussi personnel que celui-ci, et pourtant au thème si universel. Mais on le sait, traités par Bob, même les sujets les plus banals prennent une dimension toute particulière quand il s’en donne la peine.

Cela donne ici des morceaux absolument incroyables. Bon, certes, on a déjà cité "Lily"… et certains pourraient rétorquer que le blues-rock "Meet Me In The Morning" sonne également hors-contexte, ou que la ballade "If You See Her, Say Hello" sonne trop larmoyante, mais le reste est juste impressionnant. Même les morceaux les plus légers en apparence ont ces mélodies immaculées qui vous arrachent le cœur et vous font croire en même temps à des jours meilleurs, que ce soit l’explicite "You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go" ou "Buckets Of Rain". Cela reste évidemment sur les compositions plus troubles que Dylan atteint des sommets. Si la magnificence de "Tangled Up In Blue", le morceau d’ouverture, ne saute pas immédiatement aux oreilles, des écoutes répétées vous convaincront que Bob nous sert ici une de ses plus belles histoires, dont la simplicité et la pure maîtrise formelle rivalisent avec sa portée sans commune mesure. Cette histoire d’amour, pourtant si particulière, c’est juste celle que nous aimerions tous vivre sans nous le dire. Parce que ça nous semble impossible, parce que ça nous ferait mal. Parce que nous sommes juste comme ça.

Et reste encore un torrent d’émotions à se prendre en pleine face… "Simple Twist Of Fate", c’est encore une de ces histoires de couple qui finissent mal, douloureuse dans son ordinaire et son dépouillement… l’ouragan d’"Idiot Wind" est bien plus qu’un règlement de comptes envers son ex-femme : c’est avant tout une terrible évocation du dégoût de l’autre et de soi-même, quand il n’y a plus rien à quoi se raccrocher, plus de raison d’y croire. Et puisque l’apitoiement ne mène à rien sur le long terme, il faudra relever la tête, affronter de nouveau les éléments, quitte à se raccrocher à la main tendue ("Shelter From The Storm"). C’est tout cela, oui, que vous propose ce grand disque qu’est Blood On The Tracks. Si vous n’êtes absolument pas d’humeur ombrageuse à son écoute, sa puissance ne se révèlera peut-être pas toute entière (quoique la qualité des compositions est indiscutable), mais si vous êtes dans le parfait état d’esprit, vous allez connaître l’un des plus grands chocs musicaux de votre vie…





« People tell me it's a sin
To know and feel too much within.
I still believe she was my twin,
but I lost the ring.
She was born in spring,
but I was born too late
Blame it on a simple twist of fate.
»


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