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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Arno
(chant)

-Poun
(chant)

-Scalp
(guitare)

-Snake
(guitare)

-Mario
(basse)

-Hervé
(batterie)

TRACKLIST

1)Double
2)Legalize Me
3)No One Knows
4)Burn
5)Mary
6)Look At The Pain
7)Shoot At The Gossip
8)Fine Talkers
9)Reject For Me
10)Madmen
11)New Wars
12)Who Fuck Who?

DISCOGRAPHIE


Black Bomb A - Speech Of Freedom
(2004) - hardcore metalcore - Label : Enrage



Changement marquant dans l'histoire de Black Bomb A, Jag est parti. Le co-chanteur fondateur du groupe dont la complémentarité avec son compère Poun sur Human Bomb était si bluffante que Bigtonio a cru qu'il n'étaient qu'un (hi hi...). Comment retrouver une caractéristique si particulière du son Black Bomb A? Et bien en n'essayant pas. En changeant. Et le changement s'appelle Arno, auparavant dans No Flag. Et le groupe parisien a été carrément fin sur ce coup-là, car Speech Of Freedom est un rouleau compresseur.

Production: Stéphane Buriez. Leader de Loudblast, producteur renommé, le son de cette galette en claquera plus d'un. C'est du remue-boyaux, un son thrash profond, rauque et chaud. Les guitares sont écrasantes mais la basse est incroyablement présente et la batterie est aussi brutale que finement rendue. La prise du chant est incroyable. Honnêtement, je ne pensais pas que Buriez était si fort! Sinon, pour faire court, Black Bomb A est un des leaders français du thrash-hardcore qui tape... Mais je ne compte sûrement pas me contenter de balancer une étiquette et de faire comme si elle pouvait résumer la zique de cet album. Black Bomb A contruit sur une base en béton armé une multitudes d'approches et de variations.

Parlons-en, de ce chant. Sur Human Bomb les registres étaient similaires: le hurlement si particulier de Jag était dans les mêmes tonalités hardcores suraïgues traditionnelles que Poun. Mais Arno, attention! Dans le jargon des vocalistes qui gueulent, on appelle ça une voix de porc. C'est à l'opposé de la technique précitée, et donc de Poun: Arno est un hurleur thrash/death du genre grave et écorché. Et quel grain, mes aïeux! A chaque gueulante on reste un peu abasourdi par l'évidence que cette tessiture est le fruit saturation naturelle de la voix et pas d'un effet, un peu comme chez Barney de Napalm Death. Mais avec Poun on passe dans une autre catégorie de chanteur. Arno a un growl ultrapuissant; Poun est un caméléon vocal qui excelle en tout. C'est écoeurant, cet homme maîtrise sa voix dans ses moindres nuances. Son chant clair est très personnel, techniquement irréprochable, et monte parfois à des hauteurs assez insolentes. Son hurlement hardcore peut atteindre des degrés de vomissements aigus qui laissent énormément de chanteurs internationaux derrière (je vois encore Anders Friden dans le style, et encore...). Et le pire, c'est qu'il arrive à volonté à combiner ces deux registres, parfois dans la vraie note suraigüe et parfois dans le cri pur. Croyez-moi, c'est incroyablement technique, et je n'ai pas parlé de son flow. Ce type est un monstre.

Reste que la musique doit assurer... Et ô joie, ça tape très dur. J'ai évoqué le son brutal, et il est au service de riffs à suivant la bonne vieille logique "saute!" / "mange-toi ça!" / "saute" / "mange-toi ça!", comme dans tout bon metalcore jumpy. Mais ne vous attendez pas à du hardcore vieille école: tout ça sonne très très métal. La construction des titres et l'enchaînement des riffs est thrash, et surtout le groupe sait varier et multiplier les ambiances sur tout l'album. L'excellent chant clair de Poun permet des envolées mélodiques très bien pensées et surtout ne suivant pas toutes la même formule. Le titre de tueur "Double" qui ouvre l'album propose ainsi un pont qui sonne nu-metal, mais cette orientation n'est absolument pas reprise sur toutes les chansons, elle ne constitue qu'une seule touche de la palette du groupe. Le groupe prend d'ailleurs un malin plaisir à laisser ses deux vocalistes beugler comme des démons sur l'intro qui annonce ce plan que d'aucuns trouveront plus "commercial"... Grandissez, les gars. Le couplet: déferlement de violence maîtrisée up-tempo qui rebondit et quand le plan revient (cette fois-ci un vrai refrain mélodique avec chant clair et tout) sa complémentarité avec le reste s'impose.

Black Bomb A est un groupe de très bons zicos, donc ils peuvent se permettre pas mal de trucs. A part leur organe hors-normes, les deux chanteurs possèdent un art du placement et du ping-pong qui s'il n'atteint pas les sommets de Human Bomb bénéficie de l'effet contraste des deux voix et donc tabasse, c'est un déferlement. Les gratteux balancent riff sur riff et enchaînent les plans thrash comme hardcore ou ambiancés avec insolence. Et le groupe sait pondre des hymnes. Je ne peux m'empêcher de citer ici l'intro/refrain de "Mary", aujourd'hui culte pour les fans: «Oh Mary, sweet Mary, my Mary, ohhh...oh Mary, sweet Mary, my Mary YOU GET ME SO HIIIIIIGH!». Chanté sur un thème entêtant puis hurlé avec une rage corrosive, ce texte vous hantera dès la première écoute. Le titre -coupé d'un speech de JP Gaillard (président du CIRC)- est LE tube de l'album, tube version hardcore très fâché qui fait sauter les stades. Enorme! "Shoot At The Gossip" renferme un riff presque heavy-metal qui réjouit... "Legalize Me" tape dans le speed-punk avant de partir dans une digression syncopée où Poun fait encore merveille avec un flow arabisant semi-agressif (ouah!) jouissif. Les atmosphères exotiques se retrouvent sur "Madmen" et son intro aux percus, tandis que New Wars enchaîne une riff qui sonne presque Slipknot à un couplet ambiancé et contemplatif, puis à un énorme plan où le chant ragga-métal de Poun rappelle Serj de System Of A Down niveau maîtrise, et...


Et il faut que je m'arrête, donc voilà. Black Bomb A est un groupe de classe internationale, point barre. Peu de groupes balancent un skeud de metal-hardcore de ce calibre. Un truc aussi bien composé, qui claque aussi fort, avec tant de composantes parfaitement digérées, un chanteur très bon et l'autre phénoménal... Seigneur, quand Poun se double pour faire des chœurs, ça colle le frisson! Bref, écoutez cet album. Si vous êtes un métalleux un poil ouvert vous allez vous faire très, très plaisir. C'est du sérieux.


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