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CHRONIQUE PAR ...

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Alexis KV
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Stefan Hertrich
(chant)

-Christian Bystron
(guitare)

-Harald Winkler
(batterie)

TRACKLIST

1)Shamanic Dream
2)Ever Expanding Eternity
3)God and Me
4)Oh Great Spirit
5)Of Things Not Seen
6)Desert Dance
7)Forgive Them
8)Little Wanderer
9)From The Goddess
10)Save My Belief
11)Heavens Throat
12)My Demons

DISCOGRAPHIE


Betray My Secrets - Betray My Secrets
(1999) - gothique folk - Label : Serenade Records





Cela fait bien longtemps que l'appellation "folk-metal" ne surprend plus vraiment, et dans le subconscient metallique cette notion semble de nos jours indissolublement liée aux groupes scandinaves mélangeant mélodies sautillantes et metal extrême ou célébrant la gloire de fiers vikings. Tout au plus, une personne un peu mieux renseignée vous citera les vétérans injustement oubliés de Skyclad, les festifs Mägo De Oz, les Israéliens d'Orphaned Land ou encore les Biélorusses de Gods Tower. Pourtant, le metal ne connaît pas de frontières et l'on peut aller explorer des contrées encore plus lointaines, comme le prouvent Stefan Heitrich (chanteur du groupe Darkseed) et ses sbires de l'éphémère side-project Betray My Secrets. L'idée de base reste originale et très peu exploitée même six ans après la sortie de cet album: faire se rencontrer la grosse distorsion et les sonorités de l'extrême-orient.

Les défenseurs de l'intégrité artistique absolue devraient être un peu déçus: les membres du groupe ne sont pas nés dans une famille shaman de la tribu Tungus, pas plus qu'ils n'ont accompli un long pèlerinage au Tibet afin d'enregistrer dans les meilleures conditions les mantras des moines de Dza Rongbuk. Pour pallier ce manque, l'essentiel de l'aspect "folk" de Betray My Secrets repose donc sur des samples, dont certains ont été empruntés à Robert Gass ("Oh Great Spirit", "From the Goddess"), artiste connu pour ses disques d'ambient ethnique (si l'on devait rapprocher ces morceaux d'un groupe connu dans l'univers du metal, il s'agirait bien évidemment du duo Rajna). Pour compléter l'esprit méditatif et planant de ces morceaux, il n'y avait pas de sous-genres du metal mieux désignés que le doom/death ou le gothique, et c'est donc en toute logique que la majorité des titres est dominée par des riffs sombres voire carrément plombés.

Tirés de leur contexte, lesdits riffs n'ont pas vraiment grand-chose d'exceptionnel, souvent des suites assez simples d'accords de puissance ou des parties rythmiques lorgnant parfois vers le thrash et l'indus, tandis que les leads mélodiques oscillent principalement entre gothique et heavy metal plus traditionnel (avec toutefois des harmonies orientales pour coller à l'ensemble). Vous l'aurez compris, la principale force du projet se situe donc dans les structures des compositions, ainsi que la manière dont se marient les "vrais" instruments et les samples. Si jamais des musiciens téméraires se décident à perpétuer l'œuvre de Betray My Secrets alors le morceau ouvrant le disque, "Shamanic Dreams", pourra servir de véritable manuel en la matière. Les montées en puissance en introduction et après le break atmosphérique (ré)introduisent les parties agressives d'une manière exemplaire, et que dire du surprenant couplet où une litanie de shaman répond aux hurlements de Stefan. On notera au passage que son chant, puisant principalement dans un registre black-metal, est très efficace à défaut d'être exceptionnel et possède surtout cette capacité à basculer sans peine dans un growl bien plus guttural et grave.

Sur un des titres ("Of Things Not Seen"), il s'aventure dans des parties en chant clair pour résultat un peu moins convaincant mais pas spécialement rebutant non plus, son timbre grave assurant efficacement les chœurs. Sur le reste de l'opus, quand il n'est pas occupé à gueuler, il déclame moult narrations en anglais et en allemand, contribuant à instaurer une atmosphère de dévotion et de solennité (mention spéciale à ce propos au titre "Oh Great Spirit"). La seule véritable faiblesse du disque c'est une production assez moyenne qui, couplée à l'utilisation de samples ainsi qu'à la batterie plutôt binaire, tend à donner parfois une sonorité globale trop froide, surtout quand le groupe passe la seconde et se lance dans des rythmiques martiales (à la Oomph!/Rammstein) comme celles de "God And Me" ou "Little Wanderer". Mais cela ne remet nullement en question la qualité globale du méfait, et même quand Betray My Secrets choisit de se passer de samples sur "Forgive Them", on a sur les mains un sacré morceau de doom lancinant à souhait. Il ne reste plus qu'à espérer que la frange progressive des adorateurs de metal se joindra à votre humble serviteur dans son comité visant à financer un voyage vers Katmandou pour Stefan Hertrich et un nouvel opus pour ce side-project surprenant. En attendant, vous pouvez déjà faire une bonne action en investissant dans ce disque.




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