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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Tony Naima
(chant+guitare)

+the Bitters
(instruments)

TRACKLIST

1)I Saw Them Die, Pt.1
2)Of Fire
3)In Deaths Cold Embrace
4)I Saw Them Die, Pt.2
5)Crime Divine [Instrumental]
6)Dreaming In Red
7)Let the Napalm Rain
8)Where IronCrosses Grow
9)I Saw Them Die, Pt.3

DISCOGRAPHIE

Dismember (2006)




Tony Naima & the Bitters, groupe Suédois parmi les plus inconnus, fut contacté il y a peu pour reprendre en acoustique quelques titres en live du groupe Dismember, compatriote exerçant dans le death-metal. Le résultat fut tellement inattendu et Tony et sa bande furent si contents d’eux qu’ils choisirent d’en faire un album. Mais attention, ici point d’acoustique dénudé et d’arpèges dépouillés. On y préfèrera un collage hallucinant de styles et d’influences venus de partout et de nulle part. La simplicité n’est pas de mise, seule la distorsion fut oubliée.

Le disque commence pourtant de manière très classique : une intro’ planante avec une voix féminine incantatoire, on jurerait que la suite fut tracée d’avance : de l’ambient épurée, une voix geignarde, quelques arpèges de guitares acoustiques pour montrer à quel point on est émotif. Il n’en est rien ! Ne vous attendez à rien en achetant ce disque, vous ne pourriez aborder ce tribute-album comme il le faut. En guise de «reprises acoustiques», on a le droit à un pot-pourri d’Acid-Rock, de Folk, de Goth’, et même de Soul ! Je suis certain que beaucoup partiront avec un fort a priori sur le disque (je l’ai fait), alors ne vous attendez à rien ! Allez-y en oubliant totalement Dismember (le groupe) et en oubliant simplement le death-metal pour ce Dismember (l'album). Le disque n’est pas là pour renier le style d’origine – il est là pour montrer à quel point le même morceau peut ressortir différemment selon les codes qu’on y met. Ne vous attendez à rien ! Personne ne peut s’attendre à des reprises de death-metal traitées de cette manière-là.

Rien que l’écoute pure est étonnante. Aucune lourdeur, aucune ambiance chère au death. L’ensemble est clair et très bien produit, le son est étonnamment groovy et si le style abordé est tout ce qu’il y a de plus crunchy, Naima & the Bitters arrivent à faire danser sur "Of Fire" ou "Where IronCrosses Grow" en apportant des multitudes de chœurs et de rides de basse, croisant le Hard-FM avec une parodie de Soul très enjôleuse. Il suffit d’écouter un peu les paroles pour être mal à l’aise ; le traitement apporté à tous ces morceaux est hors du commun. L’esprit original a (presque) totalement été perdu et Naima & the Bitters ont préférés faire ce qu’ils entendaient, quitte à copiner avec du Bob Dylan, du America ou toute autre grande figure habituellement rejetée par le death. La simple écoute de la seconde version d’ "I Saw Them Die", ressemblant foutrement à un croisement entre Ray Charles et Aerosmith qui se paye le luxe d’incorporer un orgue, des cuivres et une chaleur funky qui nous fera revenir sur notre position. En plus d’avoir travaillé le concept et l’idée de chacun des morceaux, en plus d’avoir rongé des racines de goûts disparates, Naima n’a pas commis l’erreur d’en rajouter et se contente d’un peu moins de 40’ de musique, sélectionnant soigneusement ce qui passe et mettant de côté ce qui casse en raccourcissant odieusement (mais intelligemment) les pistes plus faibles.

Même choc pour "In Deaths Cold Embrace" qui voit une trompette s’ajouter avec grâce au crew plonge le death-metal dans une veine cabaret étonnante mais planante et torturée à souhait. Tout comme ce "Crime Divine", instrumental qui reçoit un traitement de violons et violoncelles et se met à sonner comme un morceau traditionnel yiddish sorti du moyen-âge. S’il n’y avait pas cette voix, on pourrait jurer que le tribute-album est composé d’une demi-douzaine de groupes tant chaque piste a été pensée, arrangée, puis interprétée différemment. Même la structure très basique de "Dreaming In Red" n’arrive pas à enlever son charme à cette petite musique de manège de foire, emportant l’orgue de barbarie très loin dans la perversité et les faux-semblants. Seules les versions d’ouverture et de fermeture d’ "I Saw Them Die" (qui est présente pas moins de trois fois sur le disque) ne sont pas trop éloignées de l’esprit original du death-metal – cependant la violence criante des interprétations sans saturation est davantage contenue, et donc bien plus prenante. La clôture sur sa troisième version (avec petit bonus transe à la fin) est aussi apocalyptique que jouissive.


Rien ne ressemble à du metal extrême, et c’est bien pour ça que ce disque est si intéressant. On le sait : le disque ne marchera pas. La prise de risque était immense : les fans de Dismember trouveront ça chiant ; les autres n’écouteront pas un disque de reprises de death. Déception. Se basant sur la loi qui veut qu’«une reprise identique soit un manque de respect aux interprètes d’origine», Naima & the Bitters s’amusent, découvrent, et on se laisse facilement prendre au jeu tellement la démarche et la musique sont séduisantes. Et en plus d’une reconnaissance méritée, on peut largement lui accorder le [Bonus de l’Idée la Plus Originale].


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