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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Edward Godby
(chant)

-Daniel Shaw
(guitare)

-David Hopkinson
(basse)

-Mark Lyons
(guitare)

-Danny Jones
(batterie)

TRACKLIST

1)Let Them Drown
2)Dead for Weeks
3)Burning Surface
4)Arrow Flies
5)Mercury Switch
6)Floating Point
7)Only One I Know
8)Red Diesel
9)Cabin Boy Jumped Ship
10)Important Letter
11)Ladder Theory
12)Crack Fiend
13)Important Letter [Live]
14)Let Them Drown [Live]
15)Arrow Flies [Live]
16)Red Diesel [Live]
17)Dead for Weeks [Lard Lubber Edit]

DISCOGRAPHIE


Beecher - Breaking The Fourth Wall
(2003) - hardcore heavy metal melodeath melting pot de tous les genres - Label : Earache Records Calculated Risk



Attention, grosse baffe en vue! Je ne sais pas si Beecher est le prochain groupe à succès, "the next big thing" comme disent les agents qui veulent créer un buzz, mais on peut dire qu'Earache met le paquet pour qu'il en soit ainsi. Le label ex-spécialisé dans l'extrême continue de se diversifier et inclut aujourd'hui à sa palette ce groupe très créatif, qui réussit à mélanger hardcore, heavy européen, hard-rock, heavy suédois et extrême avec brio. Ils nous ressortent même ce premier album aujourd'hui, histoire qu'on comprenne bien que c'est vachement bien, hey les gars, regardez le chouette groupe qu'on a signé! Mais trève de sarcasmes: Beecher est un groupe à part, et ça c'est sûr.

Premier titre: RABLAM! Beecher étale dès les premières secondes un niveau technique qui se pose là, en particulier par le biais d'un batteur épileptique à la fois rapide, puissant et fin. Du bonheur. Les riffs sont d'abord death, puis on part dans le pur heavy suédois à la In Flames. Comme le chant se place tout à fait dans cette mouvance hyperaigüe propre à ce type de métal et que le passage en chant clair/twin lead ne manque pas d'arriver, on se dit "mouais, super, voilà la copie britannique d'In Flames, on ne l'avait pas encore". Problème: le titre en question, "Let Them Drown", se développe d'une manière surprenante. Ça enchaîne break sur break tout en incluant un côté rock 'n' roll très jouissif et fort original par moments. Là, le chroniqueur lève le sourcil.

Le deuxième titre enfonce le clou: ça speede, ça hurle,ça enchaîne, ça change sans arrêt, la dynamique est parfaite, les riffs énormes succèdent aux parties heavy/lyriques puis aux ponts mélodiques dépressifs lents sans le moindre heurt... Le chroniqueur a les deux sourcils levés à ce stade, et bien que ça lui donne un air stupide c'est également le signe d'une profonde surprise doublée d'une grande satisfaction. Celle du CD qu'on n'attendait pas, celui qui apporte réellement quelque chose à un genre. Celui qui colle la banane car on sait qu'on va lui mettre une bonne note, et passer un certain temps à gaver les gens du forum pour qu'ils l'écoutent (ami internaute, t'es-tu inscrit à notre forum? Fais-le donc.).

En effet, imaginez vous que Beecher, ça cogne. Il est très dur de décrire une zique incorporant tant d'influences, mais on va dire que les tendances dominantes sont heavy scandinave et hardcore, genres qui sont déjà reliés à la base par une technique de chant hurlé assez similaire. Mais l'origine anglaise de Beecher est très perceptible par moments via leur approche de la mélodie qui est souvent popisante dans le bon sens du terme, comprendre "très jolie", comme dans l'intro de "The Ladder Theory". Le chanteur hurle comme un porc, et son registre de growl ne révolutionne rien mais est un exemple honorable de haine haut-perchée. Par contre son registre clair ne me convainc qu'à moitié, il chante juste mais c'est tout. Son timbre est un peu quelconque, et son registre mélodique-agressif pas très heureux. Mais bon, il hurle surtout sur l'album, donc c'est bien.

Il est, comme ses petits camarades, servi par un très bon son. Les guitares sont râpeuses au possible, méchantes en rythmique comme en mélodie. La batterie est très claire et très puissante, et la basse réchauffe les tripes. Le mix est super également: on entend tout, très bien. Ce qui est bien avec les prods modernes c'est qu'un groupe qui varie les ambiances sans cesse comme eux Beecher vraiment mis en valeur, car ça sonne aussi bien durant les parties extrême qu'electro, comme l'instru chelou "Floating Point", très expérimentale. L'intro de "The Only One I Know" est un moment d'extrême mélodique de haute volée: le blast-beat ravageur soutenant les guitares ultrarapides est un moment de joie. La suite tape dans le pseudo-scandinave, mais d'une manière très inspirée. Car là est le petit "plus" Beecher: évoluer dans un style donné sans copier les maîtres du genre. Beecher est en fait le premier groupe inspiré par la scène de Göteborg qui ne pompe pas outrageusement In Flames. Ils évoluent dans le même genre, c'est tout. Avec LEUR son. Ça fait du bien!

Bon, qu'est-ce qui ne m'a pas plu sur cet album? Le chant clair, qui est un peu juste. Et... euh... Et bien pas grand-chose. "Red Diesel" est un titre résolument orienté extrême au début, mais qui bascule tour à tour dans le heavy puis dans le hardcore et le thrash et on compte même une petite touche néo ça et là. Et la joie, c'est qu'ils assurent à chaque fois. Car dès que l'ombre d'un groupe se fait trop présente, Beecher a la bonne idée de balancer une nouvelle partie, un nouveau break, bref de casser la lassitude potentielle de l'auditeur avant même qu'elle ne s'installe. Résultat: ça regorge de riffs bien pensés, et comme les compos sont dynamiques et ne présentent que très peu de longueurs, c'est du tout bon.


Donc voilà, Beecher couvre au final une sacrée palette. Ils ne m'ont pas fait l'effet d'un groupe de génies ou d'un groupe révolutionnaire, mais bien de ce que nous autres chroniqueurs appelons dans notre jargon technique un "putain de groupe". A savoir un qui fait vraiment mal, qui réussit à s'ancrer dans le connu tout en développant une personnalité et une originalité indéniables. Au pire pourra-t-on reprocher le trop grand nombre de titres sur l'album, mais Earache a cru bien faire en ajoutant des lives à la BBC du groupe qui nous prouvent que les garçons sont diablement carrés en concert... Mais bon, un live sans public c'est limité. Reste un groupe de qualité qui a su intelligemment se démarquer de la masse. Très bon album.


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