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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13/20

LINE UP

-John Lennon
(chant+guitare+piano)

-Paul McCartney
(chant+basse)

-George Harrison
(guitare+piano+chant)

-Ringo Starr
(batterie)

TRACKLIST

1)Back In The Ussr
2)Dear Prudence
3)Glass Onion
4)Ob-La-Di, Ob-La-Da
5)Wild Honey Pie
6)The Continuing Story Of Bungalow Bill
7)While My Guitar Gently Weeps
8)Happiness Is A Warm Gun
9)Martha My Dear
10)I'm So Tired
11)Blackbird
12)Piggies
13)Rocky Raccoon
14)Don't Pass Me By
15)Why Don't We Do It In The Road
16)I Will
17)Julia
18)Birthday
19)Yer Blues
20)Mother Nature's Son
21)Everybody's Got Something To Hide Except Me & My Monkey
22)Sexy Sadie
23)Helter Skelter
24)Long Long Long
25)Revolution 1
26)Honey Pie
27)Savor Truffle
28)Cry Baby Cry
29)Revolution 9
30)Good Night

DISCOGRAPHIE


Beatles, (the) - The Beatles (White Album)
(1968) - pop rock - Label : Parlophone





Je pète un plomb. Nous sommes le 28 Août 1968, il est 23h12, je m’appelle George Martin et je n’en ai plus rien à faire. J’enregistre le nouvel album des Beatles avec un Lennon complètement halluciné et raide junk, un McCartney tantôt pédant tantôt fleur bleu, un Harrison qui s’en moque éperdument et un Starr caractériel dès qu’on parle de sa nouvelle moustache. J’ai un bassiste à la batterie, un pianiste qui s’improvise ingénieur du son, certains jours j’ai trois chanteurs le lendemain je n’en ai plus un seul… En un mot comme en quatre : j’enregistre le dernier album des Beatles.

Il semblerait que s’engueuler ne leur suffise plus, il faut aussi qu’ils me la ramènent avec leur double. Ils m’ont bien eus. J’avais déjà des doutes quand ils m’ont annoncé qu’ils étaient si prolifiques qu’il leur faudrait un double support. En entendant le relent de massacre qui leur vient chaque jour, je commence sérieusement à avoir peur. Ils veulent montrer qu’ils savent tout faire ? Pourtant ils ont insisté pour commencer par le même morceau ! "Back In The U.S.S.R." et "Birthday", deux rock ’n’ roll à la Little Chuck Berrychard qui rend hommage à tout le monde, sauf aux Beatles. L’autre jour je les avais déjà laissé avec une maquette désastreuse d’un truc nommé "Ob-La-Di, Ob-La-Da"… Ils ont été foutus de me réveiller pour rajouter des bruitages, des La-la-la affreux et même des rires de grands-pères ! Je désespère…

Déjà qu’ils m’ont tanné pour une pitrerie faussement western mais réellement infantile dans "The Continuing Story Of Bungalow Bill"… Un vrai désastre, ce groupe. Au moins quand ils s’attaquent à du mauvais honky-tonk dans "Rocky Raccoon", ils le font avec humour et personnalité. Mais en entendant "Long, Long, Long" ou "I Will", je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils s’obstinent à porter de tels monuments à l’atrocité, et pourtant ils arrivent à assumer de me parler de «double» devant des horreurs pareilles. Je me suis engueulé avec John à propos des paroles, d’ailleurs. Comment un type aussi brillant, qui arrive à accoucher de textes comme "Sexy Sadie" ou "Glass Onion", peut-il ensuite nous présenter "Everybody’s Got Something To Hide Except Me and My Monkey" avec sérieux ? Je n’en peux plus…

Ce qui est étonnant c’est que malgré la confrontation de ces quatre égos sur ces chansons, malgré toute l’horreur dégoulinante de certains de leurs morceaux, je sais que la moitié passera à la postérité. Il suffit de voir la tête que font les ouvriers qui travaillent dans le bâtiment quand ils passent près de nous et qu’ils entendent "Honey Pie" (joli mais banal), "Revolution 1" (John mais banal) ou "Cry Baby Cry" (juste banal)… Ca ne trompe pas, les Beatles même à demi-régime restent les Beatles. Quoi que… Quand j’entends les huit minutes vingt de "Revolution 9", je me demande s’ils ne leur arrivent pas de se perdre, par moments... Ou tout simplement de se laisser influencer par des gens aimables mais de mauvais conseils. Mais il parait que je ne connais rien à la musique, alors à part me taire, je n’ai rien à faire. Je suis perdu…

Ajoutez à ça que John a insisté pour hurler un vieux blues pourrave ("Yer Blues") qui, s’il est écrit dans une veine parfaite, interprété à la perfection et qu’il renifle le vécu, ne ressemble jamais qu’à un autre vieux blues pourrave… Je leur avais pourtant dit de ne pas se mêler du territoire des Stones, mais ils s’en foutent ! Ils vont chercher John Lee Hooker ou Hank Williams si ça les chante, ils ne reculent devant rien pourvu que l’orgueil y soit. Et parfois je me demande s’ils ont des limites. Quand George m’apporte un "Piggies" aux clavecins qui a l’air de sortir du Moyen-Age, je m’interroge sérieusement. Et qui va se taper les orchestrations, à votre avis ? J’en ai marre…

Je pense que toute cette activité les a énervé. La première fois qu’ils m’ont balancé "Why Don’t We Do It In The Road?" j’ai cru devenir malade… Alors quand j’ai entendu "Helter Skelter" j’ai dû leur faire peur. Je me demande quel cataclysme ils vont provoquer avec ça… Cette manière de trancher les fûts, d’appuyer la saturation à l’extrême, de faire passer Hendrix pour un chanteur, le tout enrobé de toujours plus de fausses fins. Même Ringo n’en pouvait plus, vu le hurlement qu’il pousse à la fin. Tant de violence décuplée, il y a de quoi donner des envies de meurtres ! Et ce n’est pas leur maigre justification à propos de "Mother Nature’s Son", censé détendre l’oreille, qui apportera du réconfort. Ca ne détend rien, c’est juste niais. Je suis à bout…

Enfin… Je pardonne Ringo car il a été mis à l’écart. Et je pardonne les autres au moins pour cet échange. Pour cette suite de sept minutes vingt que constitue "While My Guitar Gently Weeps" / "Happiness Is A Warm Gun". Je pardonne à George pour "Savoy Truffle", ou pour avoir débaucher Eric Clapton pour un morceau de la grandeur de "While My Guitar" ; une ouverture de charley, une harmonie vocale, un solo titanesque… J’en ai des frissons à chaque fois qu’ils mettent la bande, et peu de chansons vous font un effet pareil. Je pardonne à John et à Paul pour "Dear Prudence", ou pour "Happiness" ; car on doit bien leur rendre les honneurs d’une progression aussi parfaite et d’un tel mélange pour un morceau taillé à la durée parfaite, surprenant à chaque écoute, et inspirant une telle fragilité. Je suis ému…


C’est déconstruit, c’est effiloché, c’est contradictoire, ça passe de la beauté pure à l’horreur simple de minutes en minutes. Mais que vouliez-vous ? On ne parle pas de l’enregistrement d’un groupe parmi d’autres, on parle d’un double des Beatles. Un projet titanesque de trente morceaux mal collés, tout juste bien disposés, où règne en maître un quart de chef d’œuvre réellement fabuleux pour une bonne dose de prétention dilettante. J’espère avoir eu raison d’y mettre autant d’énergie. Et j’espère que les quatre abrutis qui m’ont tapé sur le système durant cinq mois ne le regretteront pas. L’avenir me dira si j’ai eu raison. Je suis épuisé…


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