756

CHRONIQUE PAR ...

18
[MäelströM]
Cette chronique a été mise en ligne le 03 septembre 2007
Sa note : 5/20

LINE UP

-Eric Roger
(presque tout)

+ guests

TRACKLIST

1)Ensemble
2)Le Cri (1ère Partie)
3)L’Âge des Loups
4)Zoé
5)Fêtes
6)Je Rêve d’Être Une Star
7)Les Yeux Clos
8)Le Cri (2ème Partie)

DISCOGRAPHIE

Le Cri (2007)

Seven Pines - Le Cri
(2007) - barré folk electro - Label : Le Cluricon



Atmosphères lentes et torturées, musicalité bancale et oppressante, ambiances dérangées, Seven Pines rassemble la plupart des qualificatifs dark dans une cornue rouillée et en sort une acid-folk vaguement médiévale, réellement arty, bénéficiant d’une véritable individualité et incontestablement dark. Manque de chance, le matériel est sommaire, souvent trop peu élaboré pour le style et pêche justement par trop de libertarisme poétique.

Pourtant les idées ne manquaient pas : un titre comme "Le Cri (1ère Partie)" était un excellent moyen de se plonger dans une black-trance assourdissante gonflée d’envolées violonesques ; et le disque lancé, on s’apprête à découvrir toutes les influences (foisonnantes) qui forment Le Cri. Parfois médiévalement world (réminiscence de son autre groupe Gaë Bolg ?), notamment pour la liturgie "L’Âge des Loups". Cette dernière d’ailleurs avait tout pour plaire : ses multiples chœurs révèle un travail sur les harmonies vocales exceptionnel pour un morceau chamanique à souhait – aussi inspiré par les danses amérindiennes que par les cérémonies gobelines de quelque conte obscur. Mais pourquoi avoir déformé autant les voix ? jusqu’à ce que le merveilleux côté misérable n’en devienne finalement que pathétique… La même erreur s’applique à "Zoé" ou "Fêtes" qui, prolongeant l’atmosphère de film d’horreurs à la Chucky, ne révèlent au final pas grand chose d’appeurant, malgré les nombreux leitmotivs propres au genre (voix juvéniles et petits clochettes innocentes sur fond lourd et sombre).

Alors que "Je Rêve d’Être Une Star" bénéficie de paroles dérisoires très marrantes, la musique goth’ à la the Third & the Mortal est tellement sérieuse dans sa lenteur lourde qu’elle plombe définitivement l’activité du morceau. Eric Roger le multi-instrumentiste aime à broder ses ambiances new-world teintées de cold-wave. Comme par exemple sur l’electro-goth’ "Les Yeux Clos", sample de "I’m Waiting For the Night" de Depeche Mode – mais en oubliant totalement le côté planage-nocturne très smooth de l’originale. Comme pour le précédent "Ensemble", la musique sert ici à la déclamation d’un poème sur voix féminine, démarche arty un peu vaine que la lenteur de la musique n’aide définitivement pas. Le côté dark» de Seven Pines ne deviendrait-il finalement pas son plus malheureux point noir ? Les stigmates hérités des groupes de dark-folk sont si prégnants sur Le Cri qu’ils annihilent toute portée originale à sa musique en la tirant involontairement vers le bas.

Les bons titres se rapprochent en fait plus du travail effectué sur une Bande Originale de film ou de jeu vidéo d’horreur ("Le Cri (1ère Partie)" en première ligne) – et cela saute aux oreilles qu’Eric Roger ne comptait pas composer un disque de musique de salon mais s’est bel et bien laissé entraîner par sa création, la laissant à plusieurs reprises prendre le pas sur son propre contrôle et ses libertés vis-à-vis des harmonies et des sonorités classiques. Les mauvais titres pourront à la limite réjouir les amateurs de dark-folk, mais je doute des capacités de l’auditeur lambda à apprécier cela sans l’aide de quelques substances… Eric Roger termine son doux hurlement par une ambient "Le Cri (2ème Partie)" de 00’00’’ aux allures de Sigur Rós sans musiciens, et le vague crescendo saturé ne parvient malheureusement pas à faire trépigner comme les élucubrations electro-urbaines d’un Klaus Schulze pouvaient le faire. On arrête le disque. Après écoute, Le Cri comporte un immense sentiment d’inachevé que les idées (toujours bonnes) n’arrivent pas à rattraper. Edward Munch ne peignait comme personne – mais il peignait quand même. Seven Pines ne joue pas vraiment de musique, et son excellent parti pris noir et secret ne fait que s’effondrer à mesure que le disque avance…


Au bout du compte, les qualités malsaines de l’album finissent par devenir de trop grosses ficelles pour continuer à être terrifiantes. Les voix de bébé lancinantes et les orgues de manèges à chevaux de bois ne font plus peur, n’étonnent même plus vraiment, et alors qu’on attendait une perversion sadique à la Lydia Lunch, on se gratte l’épaule gauche en baillant devant la misère de ce qui s’annonçait comme une œuvre dérangeante, expérimentale, intéressante. Nous n’aurons finalement que de quoi animer une soirée jeu de rôle ou le dernier congrès des fans de Resident Evil… Dommage.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7