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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Mike Scheidt
(chant+guitare)

-Isamu Sato
(basse)

-Travis Foster
(batterie)

TRACKLIST

1)Quantum Mystic
2)Grasping Air
3)Kosmos
4)The Mental Tyrant

DISCOGRAPHIE


Yob - The Unreal Never Lived
(2005) - doom metal - Label : Metal Blade Records



Les groupes de grind sont célèbres pour nous balancer vingt ou trente titres sur un CD de trente minutes. Yob, c’est un peu l’anti-grind : il y a cinquante minutes de musique sur cet album, divisées en quatre plages ! La musique ? Un doom-metal extrêmement lourd et ambiancé, lent comme un jour sans bière et qui tire bien souvent vers le stoner… Rien de bien gai en somme, mais est-ce là ce qu’on demande à un groupe de doom ?

Le doom est à peu de choses près ce qu’on trouve de plus dépressif dans le métal. Aucun autre genre ne donne cette impression de fin du monde, de supplice infernal mille fois renouvelé, merci les riffs ultra-lents et répétitifs assénés encore et encore : j’appelle ça « l’effet coup de pelle dans la tronche ». Une telle musique ne saurait donc s’accommoder d’une production gentillette, et on ne s’étonnera pas de retrouver chez Yob un son sale, malsain, râpeux et vraiment méchant qui réussit à installer une ambiance de plomb sans passer par une distorsion excessive. Le son de guitare est beaucoup plus stoner que métal avec un grain rock graisseux qui fait vibrer les viscères à l’écoute, renforcé qu’il est par une basse hyper ronflante. La manière dont le chant est soit mixé normalement à l’avant soit totalement fondu dans le mix est également très pertinente car elle permet à Yob de varier les ambiances avec brio.

Le chant en question ne varie pas que dans le mix : d’un titre-pavé à l’autre l’approche change complètement. La première chanson voit le vocaliste briller dans un registre clair très seventies qui n’est pas sans rappeler Robert Plant (Led Zeppelin) ou Dave Mustaine (Megadeth) dans son côté nasal. Et cette orientation disparaît dès la deuxième plage car c’est un growl d’outre-tombe qui se met alors en place… Tout à fait justifié car le deuxième titre en question est beaucoup plus noir et dépressif que le premier. Cette orientation vocale se confirmera sur le reste de l’album et l’homme derrière le micro maîtrise parfaitement son sujet : ses cris dégagent une peine palpable dans la violence et font parfois penser aux cris de souffrance d’une bête monstrueuse enfermée depuis des siècles dans une prison humide et obscure (oui, tout ça). Autant dire que si vous aviez envie de vous trancher les veines en rentrant chez vous, ce chant devrait vous achever proprement.

Chacun des quatre titres de cet album dégage une atmosphère propre et réussit à installer une ambiance unique tout en se renouvelant subtilement. Prenons le premier quart, "Quantum Mystic" : ce titre laisse s’installer le riff principal pendant plus de cinq minutes torturées en le posant par touches. C’est d’abord une cellule rythmique fixe répétée encore et encore, puis les notes (ou plutôt la note) vient enrichir le tout. Puis on met des trous au milieu. Puis on rajoute une guitare. Puis on le joue en palm-mute, puis en arpèges… okay ? Le plan met si longtemps à se poser totalement qu’on n’est finalement pas surpris de voir le chant débarquer après plusieurs minutes ! Une fois toutes les composantes enfin présentes le groupe ne fait au final tourner le riff que peu avant de le casser de breaks ambiancés puis de balancer après six minutes un autre riff absolument monstrueux, à la fois inspiré du premier et un million de fois plus lourd, plus gras, plus stoner, plus doom, plus tout. Et sur cette base en béton armé le groupe se lance en plus dans des envolées mélodiques qui laissent pantois. Encore une fois ce ne sont que quelques notes aiguës jetées au vol, mais quelles notes !

Le groupe nous refait le coup dans "Grasping Air", le titre le plus métal du lot (comprendre le plus écrasant) : après six minutes de variations sur un riff à faire pleurer une pierre arrive une partie lead toute en feeling qui prend aux tripes. C’est si pur, si aérien et en même temps si désespéré que l’esprit largue les amarres pour partir loin, très loin… Et c’est là tout l’intérêt de la musique de Yob. The Unreal Never Lived est une musique de voyage, quelque chose qu’on ne saurait apprécier autrement qu’au casque ou à fort volume calé dans son fauteuil, les yeux fermés. On s’imagine sans souci le hippie moyen partir en very bad trip sur cet album après avoir fumé son joint pour finir en pleurs, complètement retourné… Et on imagine aussi très bien l’amateur de musique moyen mettre ce CD comme on en mettrait un autre et s’écrier « mais que c'est nul !» après trois ou quatre minutes d’ennui pur.


Cet album est donc un pur ovni, quelque chose que l’on appréciera totalement ou qu’on rejettera de manière épidermique selon que l’on soit sensible ou pas à la démarche. Et cela dépendra non seulement de la réceptivité générale de la personne mais aussi de son humeur du moment : j’ai vraiment beaucoup aimé cet album mais je ne l’écouterai pas au petit-déj par peur de plomber ma journée. Par contre se coller du Yob dans les oreilles dans les transports est un merveilleux moyen de s’isoler du monde extérieur à cent pour cent et d’associer au voyage géographique un voyage spirituel total. The Unreal Never Lived est en tout cas une véritable œuvre et mérite de figurer au panthéon des trucs les plus dépressifs jamais réalisés : à côté de Yob, Candlemass est un groupe de comptines pour enfants. A écouter au moins une fois.


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