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CHRONIQUE PAR ...

103
Amdor
Cette chronique a été mise en ligne le 21 mars 2015
Sa note : 16/20

LINE UP

-Isaac
(chant)

-Etienne
(guitare)

-Quentin
(guitare)

-Clément
(saxophone)

-François
(basse)

-Romain
(batterie)

TRACKLIST

1) We Are Orphans
2) Cyclops
3) Modern Idiot
4) Moloch
5) Delusion Junction
6) Dopplegänger
7) Monkey on my Back
8) Loquèle
9) Je Ferai de ma Peau une Terre où Creuser

DISCOGRAPHIE

Fall in Line (2014)

Zapruder - Fall in Line
(2014) - postcore post-thing - Label : Apathia Records



Une spirale urbaine oppressante et infernale au sein d’une mégalopole dystopique. Alors que les âmes errent à travers ce labyrinthe bétonné, une question surgit : aurions-nous oublié le sens de notre existence ? Une interrogation vite balayée par le mouvement de la foule. Il faut suivre le courant. Sans s’arrêter. Les grandes dystopies de la première moitié du XXème siècle nous ont mis en garde et pourtant peut-être étaient-elles prémonitoires. C’est vers ces espaces suffocants que nous emmène Zapruder avec un premier album ambitieux, après un EP prometteur.

Il y a eu Cult of Luna et son dyptique Vertikal sur le Metropolis de Lang, il y aura peut-être bien Fall in Line des Poitevins de Zapruder. Plusieurs similitudes sont notables. Que ce soit pour l’atmosphère rappelant les métropoles modernes étouffantes ou les thématiques desillusionnistes, le rapprochement semble naturel. Une existence dépourvue de sens, la quête inachevée du bonheur, la société de surveillance et les relations humaines viciées par un système que nous avons nous-mêmes bâti, voilà autant d’images dont la musique de Zapruder est la toile de fond parfaite. Tous ces questionnements sont portés de manière fantastique par les hurlements d’Issac, en anglais mais aussi régulièrement en français, tout au long de l’album, jusqu’à l’excellent titre final. Mais ne brûlons pas les étapes trop vite et commençons par le début : Zapruder, c’est quoi ?
Postcore, pour autant que cette appellation ait un vrai sens, est le genre qui vient le premier en tête pour classer Fall in Line. Postcore c’est le mot magique pour dire que la musique est bâtarde, quelque part à la croisée entre post-rock, post-hardcore et sludge, jamais trop loin de Cult of Luna ou de Neurosis, avec quelques incursions vers le groove metal ou le mathcore. Le groupe se définit lui-même comme du « post-quelque chose », et, aussi vague que cela puisse paraître, c’est peut-être la meilleure appellation possible. Parce que Zapruder c’est tout ça mais en même temps un tout petit peu plus. Le break funky sur un "Modern Idiot" complètement fou, les réminiscences de metal extrême sur le tremolo typiquement black du foudroyant "Doppelgänger" ou les blast beats furieux disséminés à droite à gauche en sont quelques exemples représentatifs. Et il y un peu de saxophone aussi, parce que ça fait bien, schizophrénique sur "Cyclops", désabusé sur "Delusion Junction", le temps d’un jazz en apesanteur.
Et vous savez quoi ? Zapruder se paye en plus le luxe d’être accessible en même temps. L’album est relativement cours (à peine plus de quarante minutes) et comporte un bon nombre de moments de bravoure comme "Moloch" et son break post-rock ou le mid-tempo final, "Je Ferai de ma Peau une Terre Où Creuser" (un nom de morceau que n’aurait pas renié Celeste), morceau épique s’il en est, qui constitue le point d’orgue du voyage. Difficile de faire beaucoup mieux sur un premier full length, d’autant plus qu’il n’y a aucun reproche à faire au mixage du son qui est bien équilibré, ni lisse ni bordélique. Non, vraiment, ça devient difficile de faire la fine bouche.


Premier album et déjà une franche réussite, Zapruder impressionne par sa maturité et semble avoir déjà bien digéré ses influences (cinégraphiques, littéraires et musicales) multiples qui forment un tableau cohérent et puissant. Et pourtant le pari était loin d’être gagné d’avance tant les prédécesseurs sont aussi nombreux qu’illustres. Zapruder s’en sort pourtant avec les honneurs, en espérant que cela leur donne la confiance nécessaire pour nous sortir quelque chose d'encore plus léché la prochaine fois !


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