6934

CHRONIQUE PAR ...

67
Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 15 mars 2015
Sa note : 18/20

LINE UP

-Chino Moreno 
(chant+guitare) 

-Stephen Carpenter 
(guitare) 

-Chi Cheng 
(basse) 

-Abe Cunningham 
(batterie) 

TRACKLIST

1) My Own Summer (Shove It)
2) Lhabia
3) Mascara
4) Around the Fur
5) Rickets
6) Be Quiet and Drive (Far Away)
7) Lotion
8) Dai the Flu
9) Head Up
10) MX

DISCOGRAPHIE

Around The Fur (1997)
White Pony (2000)
Diamond Eyes (2010)
Koi No Yokan (2012)
Gore (2016)

Deftones - Around The Fur
(1997) - néo metal metal alternatif - Label : Warner Maverick



Bonjour, aujourd'hui je vais vous parler d'un des plus grands albums de metal de tous les temps (mince, ça fout un peu la pression d'écrire ça), qui manquait jusque là cruellement à la base de données. Oubli désormais réparé, ouf... Mais avant de commencer, se pose la question de QUOI vous raconter qui aille un peu plus loin que la première phrase de cette chronique. En essayant peut-être de vous faire parvenir à redécouvrir cet album que vous connaissez vraisemblablement déjà par cœur, ou à combler une cruelle lacune (sait-on jamais ?) avec des arguments - je l'espère - irréfutables...

Around The Fur est le deuxième album de Deftones et de très loin son plus populaire. Disque de platine aux États-Unis, disque d'or au Royaume-Uni et en Australie... Bref, une fois n'est pas coutume, je ne vais pas vous parler du dernier album du petit groupe underground qui vient de fait un mini buzz dans son cercle d'initiés... C'est tellement vrai qu'à moins d'avoir vécu dans une grotte ou d'avoir plus de 60 ans, vous avez forcément déjà entendu au cours d'une soirée mondaine (ou pas) "My Own Summer (Shove It)" ou encore "Be Quiet and Drive (Far Away)", les deux tubes mondiaux du combo de Sacramento. Around The Fur est un album pilier qui, dans son contexte historique, est devenu culte de par la génération entière qu'il a marqué (les adolescents de la fin des années 90s et du début des 00s), le genre nouveau dont il a accompagné l'essor fulgurant (le neo metal) et bien sûr le coup d'ascenseur énorme qu'il a permis au groupe. Pour remettre dans le contexte, Follow the Leader de Korn ne sortira qu'un an plus tard et il faudra trois ans pour que Linkin Park accouche de Hybrid Theory. La scène est encore en plein balbutiement que les Deftones balancent un pavé dans la mare avec Around The Fur, deux ans après leur premier album Adrenaline, déjà bien remarqué et qui posait les bases du génie à venir.
Dès le "tou-tam" introductif de "My Own Summer", on retrouve la voix suave et torturée de Chino Moreno, reprenant avec sensibilité et sensualité le même schéma que "Bored" à savoir l'alternance « je chouine » / « je hurle », mais en la passant à un niveau supérieur, à un niveau tout simplement sexuel. Sur les couplets, les gémissements de Chino Moreno ne sont plus dans la simple sensualité, ils entrent ni plus ni moins dans l'érotisme, avec le panel d'émotions que tout cela implique. Sur le refrain, le hurlement déchirant « Coooooooooooooooooome, Shoooooooooooooooooove, The Suuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuun, Asiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiide » intercalé des harangues « Shove It ! Shove It ! », marquera sa génération d'adolescents et provoquera d'ailleurs bien des années après toujours sa même petite décharge de frissons. Ultra-simpliste dans sa structure, c'est bien là aussi que réside la force du titre devenu culte à tous les niveaux. Voyez son immédiateté musicale : le pattern de batterie, le riff et la ligne de basse du couplet et le riff du refrain... Pas besoin de dix écoutes pour avoir chaque partie gravée instantanément dans le cerveau et tomber aussitôt sous le coup de l'addiction, d'appuyer sur replay une fois fini. Ces remarques peuvent aussi bien s'appliquer à son petit frère en la personne du titre éponyme de la galette "Around The Fur", qui suit exactement le même schéma (le pattern de batterie introductif inclus !) et qui est au moins aussi marquant.
Suite à Adrenaline, on discerne déjà une bien nette évolution avec des titres plus sombres et clairement mélancoliques, développant une esthétique jusque là absolument inconnue tant dans le metal que dans le néo. Korn avait façonné un malaise au travers d'un son cliquetant et du chant possédé de Jonathan Davis, Deftones s'impose une identité nouvelle où les mots "planant" et "aérien" peuvent désormais voir le jour. Les filiations hip-hop s'effacent, exception faite sur "Head Up" qui contient en outre un featuring du gros Cavalera (enfin peut-être moins gros à l'époque) assez dinguo pour un résultat jumpy à souhait et donnant envie de tout péter dans la piaule ou dans la rue (selon où vous écoutez). Ce sera la dernière fois que le groupe flirtera avec une ambiance aussi « ghetto » / « street » et dans un dernier clin d’œil, dit adieu à ses origines qui disparaîtront à jamais sur les prochains efforts. "Rickets", dans une moindre mesure, donne la transition avec des riffs tous faits de palm mute et de power chords, soutenus par une rythmique qui dynamite en deux minutes et quelques la compo. A ce propos, la section basse / batterie réalise des merveilles avec un groove absolument monstrueux, mais servant des morceaux paradoxalement souvent plus axées sur la mélodie. On pourrait aussi citer le punchy "Lotion" qui reprend un phrasé plus parlé et scandé, tout en gueulant comme il se doit sur les couplets, nous replongeant plus volontiers dans une ambiance typée "7 Words" si l'on met de côté le refrain.
Mais le meilleur est sûrement à rechercher du côté de "Be Quiet and Drive (Far Away)", premier morceau dans l'histoire du groupe à être aussi planant, onirique, invitant justement à conduire ou se laisser conduire. Ce titre évoque assez naturellement des paysages qui défilent à l'infini, titre intrinsèquement nostalgique qui de façon cohérente se bonifie comme un bon vin avec les années, l'effet ne s'en retrouvant que décuplé. Un titre quasiment tout en chant clair, annonciateur de beaucoup d'autres du suivant White Pony : "Digital Bath", "Passenger", "Change (In the House Of Flies)"... On n'en est pas encore à des incrustations shoegaze et post-rock, vient nous le rappeler le break velu avec ses méchantes harmoniques précédant le final en chant hurlé, mais on devine la tendance future qui se dessine... L'album pourrait dans un premier temps faussement paraître divisé entre « tubes » et « fillers », des écoutes plus approfondies montreront qu'au contraire, Around The Fur s'apprécie dans ses enchaînements, les titres les moins marquants de prime abord se révélant au fur et à mesure comme parfaitement intégrés à un ensemble cohérent et réfléchi. On peut penser à "Lhabia" et sa rythmique tourbillonnante ou "Mascara" marquant une pause et pouvant paraître bancal avec son refrain à moitié faux, mais annonçant toutefois les balades à venir sur les prochains albums. "Dai The Flu" n'est pas en reste, effectuant au cours d'un crescendo une belle synthèse de l'album entre un refrain assez catchy et une ambiance introspective sur ses couplets.


Album le plus connu, il est sans doute le meilleur aussi des gars de Sacramento, même si certains lui préféreront un White Pony plus expérimental et innovant. N'oublions pas le dernier en date, le sublime Koi No Yokan qui peut à très juste titre concourir pour décrocher cette palme. Et puis il y a aussi cette pochette, cette photo « plongeante » dans tous les sens du terme, à priori banale mais qui rentrera dans la légende avec sa poitrine et son bikini. Les photos promos à l'intérieur du boitier transpirent également leur époque avec ces pantalons « baggy » horribles et ces T-shirts blancs unis en taille 4XL. Tout cela participe à la contextualisation du mythe, qu'il serait faux de réduire à son intérêt historique puisque aujourd'hui encore, Around The Fur s'apprécie avant tout pour ce qu'il est, sans avoir pris la moindre ride.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4