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CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2015
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Josh Middleton
(chant + guitare)

-Alex Bailey
(guitare)

-Carl Parnell
(basse)

-Rob Callard
(batterie)

TRACKLIST

1) Where the Wolves Come to Die
2) Victims and Pawns
3) Dormant Heart
4) To Build a Bomb
5) Overthrown

6) Leech
7) Servitude
8) Indoctrinated
9) Harm
10) Mercy
11) Callous Souls
12) Quiescent
13) Pillars Erode
14) Zero (Smashing Pumpkins Cover)

DISCOGRAPHIE


Sylosis - Dormant Heart



Sylosis ou l’histoire d’un mec très talentueux (Josh Middleton) qui a fondé un groupe de métalcore mâtiné de thrash au milieu des années 2000 à Reading, a signé chez Nuclear Blast et qui, à peine le premier album sorti, en a eu un peu marre de la partie metalcore de son groupe. L’austère drille a donc décidé, au détour d’un changement de line-up, de prendre totalement le truc en main en s’arrogeant le chant en plus de la lead guitare. Et quand on voit la différence assez abyssale de niveau entre Conclusion Of An Age, premier opus prometteur mais encore mal dégrossi, et Edge Of The Earth, son successeur nettement plus mûr et ambitieux, on se dit que le bougre a bien fait.

C’est donc en quittant le marigot metalcore pour rejoindre les étendues herbeuses et épiques du thrash à tendance catchy et mélodique que Sylosis a pris son envol, envol confirmé avec un troisième effort de grande qualité, Monolith. Aujourd’hui, la bande à Josh est devenue un groupe respecté et reconnu au sein de la scène, qui va (enfin) jouer au Hellfest en 2015, et c’est avec un plaisir certain qu’on vous parle aujourd’hui du quatrième né des anglais, Dormant Heart. Sylosis étant un groupe ayant mis en place une cohérence stylistique forte, le risque majeur de ce nouvel opus était donc naturellement celui d’une certaine redite, déjà ressentie à l’écoute de Monolith par rapport à Edge Of The Earth. Et le fait est que ce sentiment de redite parvient peu à peu à l’oreille de l’auditeur lorsqu’il s’envoie Dormant Heart à quelques reprises. Sylosis fait, sur cet opus et à peu de choses près, du pur Sylosis, sans grande velléité d’évolution. Pourtant, l’intro absolument massive (l’excellente "Where The Wolves Come To Die") annonçait le meilleur ! Mais on aura « malheureusement » le droit qu’à du bon voire très bon. Vous nous direz que c’est déjà hyper bien, et l’on vous rétorquera, un brin contrit, qu’une fois que l’on s’est habitué au Champagne, cela fait un peu chier la baronne de revenir à de la Clairette de Die. On entend par là que Sylosis est le genre de groupe dont on attend l’excellence à chaque album, et que même si ce nouvel opus est résolument de grande qualité, on reste un poil sur sa faim, notamment sur la deuxième partie de l’opus.
On sent un groupe à un cheveu du mode automatique et très confiant dans sa capacité à pondre du riff de luxe sur des structures évolutives suivant à peu près toujours la même pattern : l’intro démâte presque toujours (gros point fort du groupe), les couplets thrashent à plus ou moins plein régime, les refrains sont généralement de pesants et majestueux mid-tempo, les ponts viennent briser la dynamique pour lui insuffler un groove inventif et bienvenu, la lead se déchaîne, Middleton hurle comme un véritable possédé et le tout est plié en 4 à 6 minutes. Voilà, en caricaturant un brin, la formule invariable de Sylosis, le cahier des charges typique du combo de Reading, et dont il respecte à la lettre chaque clause depuis l’époque d’Edge Of The Earth. Cette formule, on la retrouve très précisément sur des morceaux comme "Victims And Pawns", "Dormant Heart" ou encore "Indoctrinated". Ne vous y trompez pas, tous les morceaux de Dormant Heart sont en général de haute tenue, Middleton ayant cette capacité assez unique à pondre une infinité de riffs de grande qualité et qui feraient envie aux trois-quarts de la scène (selon moi, seul Revocation, dans toute la scène thrash actuelle, maintient une sorte de « niveau général » plus élevé que celui de Sylosis), mais le bonhomme reste dans sa recette et n’en dévie guère. On sent bien quelques touches de variété de-ci de-là, comme sur une "To Build A Tomb", plus ambiancée, plus prog, moins purement thrashy en somme… jusqu’à son final. Décidément ! On trouve également sur ce Dormant Heart un peu de chant clair, un peu de guitare acoustique, mais tout cela, Sylosis le faisait déjà sur ses dernières sorties.
En fait, on pourrait presque prendre les trois derniers albums de Sylosis, les foutre dans un gros mixer noir et rouge avec des flammes dessus, et mélanger les compos des uns avec les autres sans que cela ne perturbe le fan en quoi que ce soit. Une telle homogénéité et une telle intégrité forcent le respect, surtout pour un fan de hardcore comme l’est votre serviteur, mais force est de constater que les anglais risquent d’en perdre quelques-uns en chemin avec leur thrash mélo épique un brin monomaniaque. Difficile donc, sur ce nouvel autel érigé aux dieux du riff par Josh et sa bande, de sortir un ou deux tubes véritablement marquants. Reste alors l’immédiateté, l’émotion provoquée dans l’instant, pour faire la différence. Et à ce petit jeu, c’est l’excellente "Harm" et son refrain encore plus épique que la moyenne qui sort du lot, ainsi que la parfaitement construite "Overthrown" et son côté masterclass thrash épique un-peu-prog-mais-pas-trop, à montrer dans toutes les écoles du metal (si de telles écoles voyaient un jour le jour, quel grandiose moment cela serait en vérité !). Au rang des rares évolutions, on peut éventuellement noter une légère baisse de BPM générale, les morceaux entrant de plus en plus facilement dans des formats plus mid-tempo que frénétiquement thrash à la Dew Scented ("Leech" par exemple, est presque trop lente). Des influences plus heavy/power metal que par le passé seraient-elles donc en train de se saisir du bon Josh ? A l’écoute de l’intro d’un "Servitude" par exemple, ou d’un "Mercy", on se dit que c’est bien possible, mais bien entendu, "Servitude" finit par thrasher en seconde partie de morceau, et "Mercy" n’attend même pas la moitié du morceau pour s’y mettre.


Le constat final pourrait donc être celui-ci : Sylosis a peut-être un tout petit peu ralenti le tempo, et l’ensemble est peut-être un tout petit peu plus heavy et épique que par le passé, mais cela doit presque être inconsciemment et à son corps défendant que le groupe a commis ces évolutions, tant les compositions de ce solide quatrième album rappellent les précédents opus du groupe. On peut appeler cela un manque de prise de risque, de prise de recul et de capacité à évoluer, mais on appelle surtout cela avoir un put*** de style, une identité, et s’y tenir. Plus que jamais, avec ce quatrième opus, Sylosis confirme sa place au soleil de la scène metal moderne.

Ndlr : sachez que depuis l’enregistrement de l’opus le batteur Rob Callard a été remplacé par Ali Richardson, batteur de Bleed From Within, et que si je n’ai rien dit de la reprise de Zero de Smashing Pumpkins, c’est parce que je la trouve assez insignifiante et que j’ai un peu mal à voir ce qu’elle fout là.


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