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CHRONIQUE PAR ...

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Iokanaan
Cette chronique a été mise en ligne le 20 février 2015
Sa note : 17/20

LINE UP

-Rob Zawistowski
(chant+guitare)

-Dustan Toth
(chant+basse)

-Adam Young
(guitare)

-Jerome Brewer
(batterie)

TRACKLIST

1) Cupid's Fist
2) Blinded by the Diamond Planet
3) Rest In Depths
4) The Pillarist

DISCOGRAPHIE


Astrakhan - A Tapestry of Scabs and Skin
(2014) - rock prog metal prog - Label : War On Music



Peut-être qu'un jour cet album sera vénéré à outrance par certains fans d’une prochaine vague progressive... Peut-être. Peut-être qu'un jour nous le reconnaîtrons comme étant l’un de ces opus dégageant la voie d’un prochain tournant musical. Peut-être. Parce que sans aucun doute, le bonhomme en a les capacités. A Tapestry of Scabs and Skin fait quatre pistes tout mouillé, ses créateurs s’imposent à l’horizon depuis peu, ils ont pris d’assaut Vancouver et nous reste à espérer qu’ils viendront bientôt choper le reste du monde.

En elles-même, ces structures dévissées se donnant une allure bordélique pour en sortir terriblement plus carrées, ne sont pas spécialement nouvelles. Mais quand on met le nez dans le contexte, dur d’en éviter la fraîcheur. Stoner et doom sont toujours de super-potes, c’est écrit là-dedans. Les morceaux ont parfois même le fil dentaire assez mordant pour qu’on veuille qualifier certains passages d’un genre de stoner-core mélodique (aux environs... à peu près... par là quoi...). Kyuss, Candlemass, et pourquoi pas Protest the Hero, seraient dans un même immeuble que King-Kong secouerait très fort, y’aurait des risques qu’un Astrakhan en sorte... Autant vous dire que les influences des quatre compères, elles ont pas l’air de taper dans le tout-venant. Et c’est bien le but d’une formation qui a du caractère et de la gueule, non ?
Le premier riff ouvre le rideau sur une ambiance plaisante et annonce l’effet : technique et mélodique vont s'enlacer amoureusement vingt-cinq minutes durant et nous, terribles voyeurs que nous sommes, allons apprécier le spectacle. Rarement une introduction n’a été aussi aérienne et directe à la fois. "Cupid’s Fist" présente ici une grande élégance, comme de l’eau de source, un torrent qui suit son cours de la manière la plus simple et la plus tranquille qui soit : l’air touche le sol en avançant, mais jamais ne rampe... jamais ne frotte... "Blinded by the Diamond Planet" à contrario, vient se frotter sa lourdeur sur quelques murs qui en profiteront pour se fissurer sous le coup des décibels. Si la première piste jouait avec l’onirique de l’être, la deuxième l’ancre face à lui-même dans sa (putain) de réalité et lui dit d’avancer.
Car ce que cet album demande, c’est bien de ne jamais regarder en arrière. De laisser couler le torrent pour faire bander la cascade. C’est pourquoi le morceau "Rest in Depths" prend son début comme la fin de la piste précédente : dans cette lourdeur qu’il intensifie, qu’il malaxe, lui donnant la sensation d’un son pur par moments, puis qui s’étouffe après, il en augmente la vitesse et l’ardeur. Les voix du bassiste et du guitariste (alliage très précieux tout au long de l’opus) se mouillent de plus en plus. "The Pillarist" conclut l’affaire en profondeur, à l’éclat d’un plongeon contre la surface. On s’imagine, ralenti dans le vide, écartant d'un mouvement tout l’océan à notre passage. Et chaque goutte qui s’envole et retombe est une corde de grattée, une cymbale de frottée, une voix de criée...


Finalement, après s’être enfoncé dans tout ce liquide musical bienveillant, que nous reste-t-il ? Ces quatre morceaux, se donnant l’air d’un seul, peuvent paraître assez peu malgré la densité qui les traverse. Avons-nous besoin d’un album plus conséquent pour découvrir une formation comme Astrakhan ? Clairement, non ! L’équilibre est ici juste, clair, limpide. Non, ce dont nous avons besoin, c’est d’autre chose. Et l’opus se concluant comme un plongeon dans un gouffre sans fin, on serait peut-être en droit de demander un genre d’ascension. Un prochain coup, histoire de remonter. Une suite, vite, j’étouffe...


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