6786

CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 19 novembre 2014
Sa note : 08/20

LINE UP

-Daniel Neagoe 
(chant)

-Mark Antoniades 
(guitare)

-Steffan Gough 
(guitare)

-Chris Davies 
(basse)
 
-Adriano Ferraro 
(batterie)



TRACKLIST

1) Dear Insanity

DISCOGRAPHIE

Dear Insanity (2014)
Cenotaph (2016)

Eye of Solitude - Dear Insanity
(2014) - doom metal funeral doom - Label : Kaotoxin



Les morceaux-fleuves, c'est bête, mais quelque part ça me fascine. Car j'ai beau ne pas connaître beaucoup d'exemples, j'ai bien compris que l'exercice est un pari risqué. Light of Day, Day of Darkness (Green Carnation) est une œuvre magnifique de poésie, qui justifie chacune des 3606 secondes que dure la piste. A l'inverse, The Incident (Porcupine Tree), est une purge infâme et pompeuse en plus d'être un concept raté. Le grand écart. Très peu de temps après un Canto III qui m'avait secoué gros comme ça, c'est Eye of Solitude qui tente sa chance dans la très longue durée, avec les pas-loin-de-50 minutes que dure Dear Insanity, véritable ode à la folie.

Alors quoi ? Le funeral doom n'est-il pas de toute façon déjà connu pour ses longues plages sonores immortelles et chiantes ? P'têt bin qu'oui, mais là c'est différent. Là, c'est encore plus long. Pas la demie-heure, hein. Encore, encore plus long. Jusqu'à l'absurde. Ce qui tombe juste pour une œuvre dédiée à la folie et aux tourments de l'âme. Seulement voilà. Problème. L'inspiration semble à la peine tout au long de ces cinquante (décidément trop) longues minutes.  L'EP commence sur une dizaine de minutes de pure ambiance - claviers et cris dont les échos résonnent au loin. Idéal pour mettre l'auditeur dans l'état d'esprit adéquat, tout ceci n'en dit pas vraiment plus sur la musique qui suivra. Il faut dire qu'il n'y aura finalement que peu à dire sur ce qui suit. Riffs étendus et répétés inlassablement par le groupe, growls ultra-ultra-caverneux et profonds, production aux petits oignons pour emballer le cadeau et roule jeunesse. Seulement, voilà. Ni les riffs, ni le chant ne marquent ni ne retiennent l'attention. La désagréable impression d'écouter quelque chose de simplement lent et de bêtement long ne se dissipe jamais. Un riff en boucle disparaît pour laisser place à une éclaircie et... pouf ! à la reprise, le même riff est de retour ! Plus qu'un thème récurrent, c'est ici un mandala sonore répétitif et souvent lassant qui nous est imposé.
Écouter Dear Insanity, c'est savoir cultiver le rare. Savoir attendre sagement des minutes durant pour profiter d'un court instant qui surnage effectivement au-dessus du reste. Car il y a effectivement des sursauts qualitatifs, qui sauvent l’œuvre. Ce seront ces instants où, tour à tour, piano et guitare lead prendront leurs envols que l'on attendra avec fébrilité. Le reste du temps, trop peu de choses retiendront l'attention. Et l'on se demande même si les passages les plus délicats ne sont pas notables simplement parce qu'entourés d'un noir lisse et froid. Eye of Solitude déçoit malgré la démarche courageuse adoptée. Là où Canto III variait son propos toutes les deux minutes - et paf ! des blast-beat, et boum ! du suicidal black, et vlan ! des cris désespérés et déchirants, et chtoum ! des chants clairs et profonds - Dear Insanity se contente de mollement se laisser porter par un flot apathique d'accords déjà entendus. Ce qui n'est pas désagréable en soi n'est, malheureusement, pas pour autant marquant. C'est ainsi à grand-peine que ne je peux qu'avouer, du bout des lèvres, m'ennuyer sévère en écoutant Dear Insanity. Eye of Solitude, revenez nous-vite avec un disque égal à Canto III. Vous comptiez parmi les espoirs de la scène.


Eye of Solitude ne parvient pas à maintenir la tension (l'attention) au court de ces cinquante minutes parfois laborieuses. Malheureusement, l'apathie l'emportera souvent sur l'empathie, et rares seront les passages valant vraiment le détour à l'occasion de l'écoute de cet EP. Néanmoins, ces passages de grande beauté existent - cf. la fin du morceau, notamment - et justifient un minimum l'attention qui sera portée à Dear Insanity par les plus férus auditeurs du genre.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 1 polaroid milieu 1 polaroid gauche 1