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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 17 novembre 2014
Sa note : 13/20

LINE UP

-Renaud "Reuno" Wangermez
(chant)

-Daniel Descieux
(guitare)

-Philippe "Phil" Curty
(basse)

-Vincent Hernault
(batterie)

TRACKLIST

1) L'Innocence
2) Pornolitique
3) Contre Les Murs
4) Trompe La Mort
5) Le Malheur Des Autres
6) Romance
7) La Dérive
8) Pyromane
9) Karmasutra
10) La Tsarine
11) Double A
12) Chanson D'Amour
13) Transmission
14) Notre Terre

DISCOGRAPHIE


Lofofora - L'Épreuve du Contraire
(2014) - hardcore heavy metal punk fusion - Label : At(h)ome



On avait quitté les Lofofora avec leur album le plus heavy – ici au moins, l'expression ne correspond pas à un pénible élément de langage employé par de vieilles gloires en mal d'arguments. Trois ans plus tard, le « Monstre Ordinaire » a-t-il de nouveau revêtu sa combinaison en metal total un peu rigide ou s'est-il permis de fouiller parmi ses anciennes parures chamarrées ? L'intérêt de L'Épreuve du Contraire – jolie trouvaille – réside justement dans le dilemme qu'il a fallu résoudre.

Dilemme, cela reste d'ailleurs à vérifier - les membres du collectif parisien répétant à l'envi qu'ils composent de manière instinctive sans préjuger de la tonalité de l'album en gestation. Cependant, à l'écoute de leur neuvième livraison, il serait étonnant qu'ils ne se soient pas posés une ou deux questions. Creuser le sillon d'acier tracé sur l'œuvre précédente ou revenir aux fondamentaux hardcore du groupe, par exemple. L'entame du recueil offre un premier élément de réponse... ambigu. En effet, "L'Innocence" repose sur un tempo relativement soutenu sans pour autant être ultra rapide, martelé par un riff étiré façon indus/thrash/core comme sur Monstre Ordinaire. En revanche, la basse n'est plus noyée sous les couches de guitares et le chant rap fait son grand retour, contrastant avec les imprécations hurlées qui prévalaient sur la production antérieure. Dans l'ensemble, l'inclination metal est maintenue - le son des guitares et de nombreuses séquences se situant dans la continuité de Monstre Ordinaire, même si l'aspect « émotionnel », voire épique, de ce dernier a malheureusement disparu. Toujours est-il que la puissance est au rendez-vous, ce qui n'est guère étonnant lorsque la section rythmique se montre aussi tranchante – mention spéciale au batteur Vincent Hernault qui relance l'intérêt de certains morceaux à lui tout seul. Pour autant, quelques molécules anciennes de l'ADN lofoforien ont été réactivées et rappellent l'identité plurielle du quatuor. Ainsi Reuno s'est ménagé quelques pauses parmi ses harangues rugissantes et renoue donc avec le phrasé rap, mais aussi ses fameux parlés-chantés ("Le Malheur Des Autres", "Chanson D'Amour") et quelques passages en voix claire ("Pyromane"). Sur "Transmission", le vocaliste se la joue même crooner à la française - on croirait entendre Kent, l'ex-Starshooter reconvertit dans la variété haute gamme.
En outre, le gang francilien s'est rappelé au bon souvenir de ses fans les plus punks en distribuant quelques uppercuts hardcore, tels "Trompe la Mort" ou l'ironique "Romance". C'est d'ailleurs la chanson la plus courte - "La Tsarine", même pas une minute et demie au compteur - qui est probablement la meilleure. Déboulant à toute berzingue, ce concentré de virulence adressé à une fille à papa mal aimable qui se verrait bien au sommet de la chefferie hexagonale, malmène une mélodie tourbillonnante scandées de rimes en « meur » et de saillies imparables - « J'espère que le dieu des connasses pourra lui pardonner » - ô jubilation. Un traitement aussi direct aurait sans doute bonifié certaines compositions un peu trop délayées, les acolytes de Phil Curty – le bassiste historique responsable de la plaisante pochette - donnant parfois l'impression de ne pas savoir terminer une chanson, à l'instar de ce que l'on pouvait constater sur Monstre Ordinaire. De même, on pourra regretter qu'une sélection des neuf ou dix titres les plus percutants n'ait pas été opérée, mais Reuno a manifestement toujours autant de choses à dire et de combats à mener : le chanteur a peut-être un peu plus de bouteille, mais la colère ne le quitte pas – il faut dire que ce ne sont pas les motifs qui manquent. Il sait cependant calmer le jeu de temps à autre, pour preuve le taquin "Double A" sur lequel lui et ses compères invoquent la malice des Wampas pour se moquer gentiment des « adolescents attardés », texte sans nul doute autobiographique, mais qui fait aussi irrésistiblement songer aux rebelles à mèche vénérant l'increvable formation française homonyme d'une ancienne colonie d'Extrême-Orient. Un peu de fraîcheur dans une atmosphère globalement pessimiste et énervée.


Sur L'Epreuve du Contraire, Lofofora maintient le cap résolument metal pris sur Monstre Ordinaire, tout en s'autorisant, cette fois, quelques revigorantes virées punk et scansions rap - chassez le naturel etc. Certes, le résultat se révèle inégal – certaines pistes sont clairement superflues – mais ne remet pas en cause la réussite d'une mue vers un son plus lourd et plus intense, davantage en phase avec le rapprochement opéré depuis plusieurs années entre les sphères hardcore et metal. Et quand les textes de Reuno se montrent aussi inspirés que percutants, la concurrence francophone n'a plus qu'à écouter et apprendre, encore et toujours.

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