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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 15 novembre 2014
Sa note : 13/20

LINE UP

-Renaud "Reuno" Wangermez
(chant)

-Daniel Descieux
(guitare)

-Philippe "Phil" Curty
(basse)

-Vincent Hernault
(batterie)

TRACKLIST

1) Utopiste
2) Les Evadés
3) Élixir
4) Les Conquérants
5) La Merde en Tube
6) Le Visiteur
7) Ma Folie
8) Un Mec sans Histoire
9) Cannibales
10) Frustrasong
11) La Beauté et la Bête

DISCOGRAPHIE


Lofofora - Monstre Ordinaire
(2011) - heavy metal - Label : At(h)ome



« Lofofora, c'est pas du metal ! » assène à qui veut l'entendre un éminent confrère hors les murs qui fait honneur aux Éternels en venant y partager de temps en temps ses coups de cœurs crust & core. OK man, admettons. Mais si la présence généreuse de la bande à Reuno dans les médias tenus par des mecs biberonnés à Iron Maiden et Metallica incite à nuancer cette affirmation, Monstre Ordinaire, la cuvée 2011 du collectif parisien, achève carrément de la contredire. Parce que pour le coup et à moins de vouloir claquer la meilleure performance en mauvaise foi de l'Histoire, il faut bien admettre qu'il est metal, l'animal.

Dès les premières notes, le sourcil se lève, mû par l'étonnement de celui (ou celle) qui a encore en tête la tonalité punk/hardcore très prononcée du recueil précédent : le son est abrasif, plein et lourd. Heavy, quoi. Mais pas le heavy chaleureux et chevelu des seventies, ouh là non. La tendance est nettement plus moderne - chape de plomb et boue froide d'où s'extraient épisodiquement de douloureuses mais fières harmonies. Comme sur cet "Utopiste", le titre d'ouverture qu'on jurerait échappé d'une réalisation de mélodeath suédois si ce n'était le refrain d'une belle et lucide mélancolie. Est-ce dû au changement de batteur, Vincent Hernault (ex-Zoe) ayant remplacé Pierre Belleville au pied levé après le départ précipité, semble-t'il, de ce dernier en avril 2009 ? Le choc est rude en tout cas et propage ses ondes jusqu'au point d'orgue, le parti pris 75% metal étant assumé jusqu'au bout, à l'exception du petit brûlot de rage punk réglementaire que l'on retrouve au moins une fois sur chaque album de Lofofora - l'intitulé explicite "La Merde en Tube" n'en dissimulant toutefois pas la tonalité finalement plus thrash que hardcore. « Et le quart restant ? » demanderont les attentifs. Le chant. As usual. Non, Reuno ne s'est pas mué en grogneur des cavernes scandinave ou en castrat italien - son style immédiatement identifiable bien que souvent imité n'a pas beaucoup varié, restant essentiellement dans la scansion punk/hardcore. Mais la production pesante le contraint à passer constamment en force, ce qui suscite autant d'admiration sur l'aspect physique de sa prestation que de regret sur le rétrécissement de son registre – le mélange chanté/parlé caractéristique du frontman se raréfie tandis que les incartades rap ont totalement disparues. Ceux qui escomptaient la multiplication des vignettes délirantes comme la "Torture" sur l'effort antérieur en seront pour leurs frais.
Or, un chant moyen – musique et paroles – sur un morceau de Lofofora témoigne systématiquement d'un morceau moyen, c'est ainsi depuis les débuts du groupe et de ce point de vue, cette nouvelle livraison confirme la règle. Monstre Ordinaire contient en effet son lot de quatre ou cinq pistes quelconques, symbolisées par "La Beauté et la Bête", long, trop long (7 minutes 30 !) épilogue sur lequel l'émotion ne parvient pas à percer et dont on espère, en vain, un embrasement salvateur. D'autres passages, en revanche, ont été truffés à la dynamite - malheureusement, l'explosion attendue relève le plus souvent du pétard mouillé, gâtant parfois le plaisir initial. Sur l' "Utopiste" susnommé, par exemple, avec sa coda décousue dont le texte vire à la rodomontade façon « vous n'aurez pas ma liberté de penser ». "Les Conquérants", débutant sur la narration saisissante du débarquement des envahisseurs vu par les futurs colonisés, se perd dans une dénonciation beaucoup plus convenue de la mondialisation, tandis que la partition tourne un peu en rond. De même, la grosse accélération promise après la harangue liminaire d'"Élixir" n'est pas aussi ébouriffante qu'attendue et le passage en voix claire tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, malgré une superbe ligne de guitare. Il n'est d'ailleurs pas complètement déraisonnable de préférer au Reuno bateleur le Reuno conteur, celui qui fait merveille sur "Les Visiteurs" en abordant le thème du repli sur soi - dommage là encore que la chanson reste un peu trop figée dans son ambiance empesée : frustration, tel est le sentiment éprouvé à l'écoute du huitième lp des Lofo.


De son cocktail fusion rap-hardcore-metal, les membres de Lofofora ont cette fois nettement privilégié le dernier ingrédient, au point que le chant punk-hurlé de Reuno reste le seul lien tangible avec Mémoire de Singes, l'enregistrement précédant ce Monstre Ordinaire au climat plus sombre que jamais. Si certaines séquences touchent au cœur et aux tripes, la production épaisse tend à enserrer l'ensemble dans une gangue qui étouffe le potentiel de la plupart des compositions. Le parti pris de la formation parisienne est certes audacieux – il ne pourra pas lui être reproché de s'adonner à la redite ou à la nostalgie – mais aboutit à un résultat plutôt mitigé. Alors, incartade ou nouvelle direction ? Dans ce dernier cas, la formule mérite d'être peaufinée.

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