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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 28 octobre 2014
Sa note : 09/20

LINE UP

-Morean
(chant)

-V. Santura
(guitare)

-Asvargr
(guitare)

-Paymon
(clavier)

-Draug
(basse)

-Seraph
(batterie)

TRACKLIST

1) Venereal Dawn
2) Lloigor
3) Betrayal And Vengeance
4) Chrysalis
5) I Am The Jigsaw Of A Mad God
6) The Deep
7) Idem
8) Luciform
9) On Fever's Wings

DISCOGRAPHIE

Séance (2006)
Eidolon (2008)
Ylem (2009)
Venereal Dawn (2014)

Dark Fortress - Venereal Dawn
(2014) - black metal metal prog - Label : Century Media



L’association Allemagne/black metal, ça n’a jamais vraiment été ça. En dehors des premiers essais brouillons de grands groupes de thrash comme Sodom ou Kreator, et de quelques albums assez bien cachés pour que l’on n’aille pas les déterrer (ils n’en valent pas la peine, qui plus est), la Germanie n’a jamais été une terre fertile en la matière. Dark Fortress et, dans une très moindre mesure, Horn, pourraient venir contredire cette assertion, bien que leur propos soit loin du classicisme d’école des Mayhem et autres trublions.

La musique de Dark Fortress est comme un immense vide dans lequel est jeté l’auditeur ; il avance, à tâtons, sans savoir vers quoi il avance, ni ce qui le guette dans les recoins les plus sombres.  Cependant, cette impression de vacuité nuit parfois à la musique, et il n’est pas alors étonnant de lui associer une certaine inutilité ; durant ces moments, l’on ne ressent rien, et l’on se demande juste pourquoi, sans pour autant réussir à l’expliquer. Ce syndrome, reportable à presque chaque titre de Venereal Dawn remet évidemment en question l’utilité pour le disque d’aligner plus d’une heure de musique. En ce sens, Venereal Dawn rejoint en quelque sorte l’idéal de course à la modernité : il veut proposer le plus de choses possibles, sans réellement parvenir à déterminer si elles sont bonnes ou non, et le recul ne permet jamais vraiment d’être sûr, puisque les regards jetés en arrière permettent seulement à ceux qui les jettent d’être taxés de vieux con, ou de nostalgiques à la manque. De ce fait, la musique de Dark Fortress revêt dans son ensemble un aspect éminemment urbain, loin du soufre du black metal classique, et plus proche d’un metal progressif qui aurait été ambiancé, avec des pointes martiales que ne renieraient pas l’indus ("On Fever Wings", ou la ballade dans une cité grisâtre aux dernières lueurs du jour).
Ce metal progressif à chant extrême, bien qu’il se pare à l’occasion de quelques rares trémolos, derniers vestiges d’un black metal qui n’est visiblement plus à l’ordre du jour, ce metal prog' aux riffs dissonants, donc, n’est la plupart du temps pas réellement passionnant. Les tentatives pour rendre la musique solennelle, en dehors de celles avec du chant clair, magistrales, ne sont qu’autant d’échecs à l’actif du groupe ; et la répétitivité de la plupart des plans, qui jouent aussi dans la durée de l’album, en dehors de l’aspect grisâtre et tiède qu’ils apportent, dessert plus la musique qu’autre chose. Pourtant, lorsque la formation le veut, elle arrive à tirer l’auditeur de son trouble relatif au néant inhérent à l’œuvre,  avec quelques arrangements bien trouvés : un peu de chant clair en chœur, de la guitare acoustique.., et à le jeter devant un bloc froid, inconnu, inquiétant. Enfin, toujours est-il que cela n’est qu’une fraction de l’album, qui laisse finalement plus indécis qu’autre chose.


Venereal Dawn laisse donc entre la confusion et la circonspection la plupart du temps : si l’on y fait bien attention, la musique est écoutée plus passivement qu’activement par le cerveau, car elle est la plupart du temps résumable à un black poli et lissé pour ascenseurs ; même s’il n’est jamais possible d’en être certain, et que l’impression d’être passé à côté de quelque chose reste forte après de nombreuses écoutes. Cela est-il imputable à la prétention des membres du groupe de ne pas vouloir se limiter au seul black metal ? Impossible à dire.



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