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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 03 novembre 2014
Sa note : 16/20

LINE UP

-Justin K. Broadrick
(chant+guitare)

-G. C. Green
(basse)



TRACKLIST

1) New Dark Ages
2) Deadend
3) Shut Me Down
4) Life Giver Life Taker
5) Obeyed
6) Curse Us All
7) Carrion
8) Imperator
9) Towers of Emptiness
10) Forgive Our Fathers

DISCOGRAPHIE


Godflesh - A World Lit Only By Fire
(2014) - indus - Label : Avalanche Recordings



Le matin, pour aller au boulot, je n'ai pas vraiment le choix : je dois subir les embouteillages, dont je deviens malgré-moi l'un des éléments. Paradoxalement, je déteste ce que je deviens en cet instant. Heureusement, quelques coups de volant me suffisent  pour m'extirper de cette masse d'angles et de tôles qui se ralentit elle-même. Une fois dehors, je me dis que j'aimerais bien voir cette longue file sans âme brûler d'un feu immortel et pestilentiel. Une immense liane de feu - « fight fire with fire ». Je me gare, pousse la porte du bureau et - la rage provisoirement éteinte - je peux à nouveau sourire à tout le monde. Je devrais peut-être cesser d'écouter le nouvel album de Godflesh en allant au travail. 

Quel retour, mes amis, quel retour ! On les entendait, les mauvaise langues : « ça ne sera jamais aussi lourd qu'avant » ; « rien n'a été fait de valable depuis Streetcleaner » ; « à quoi bon ? » ; etc. Elles sont bien en peine de se faire entendre depuis le sortie d'A World Lit Only By Fire, premier album de l'usine de Birmingham depuis... treize ans. On se souvient avec nostalgie d'un Godflesh lourd comme le plomb, suintant les huiles les plus noires et déshumanisé jusqu'à l'os. Ce qui nous revient est un Godflesh lourd comme le plomb, suintant les huiles les plus noires et déshumanisé jusqu'à l'os. Godflesh conserve sa superbe. Un vieux pot. Un coup de poing dans les gencives. 
Ce retour est si naturel qu'il en parait presque suspect. L'esprit de Godflesh n'est pas usurpé, pas même imité. Il n'est simplement jamais parti de l'esprit de Broadrick et Green, les deux responsables. Seule différence : un nouveau degré de lourdeur brute est atteint par l'usage de la huit-cordes. L'album, par ce biais, acquiert un groove rêche dont on avait oublié les joies. "Shut Me Down" s'impose comme un monstre de rythme, qui pompe dans les codes du hip-hop le plus énergique. "Carrion" fait également montre d'une puissance froide et inégalable. Monstrueuse. Le rythme partout s'immisce et, véritable titan, anéanti le reste. Une frappe oblique cassant de temps à autre la rectitude de la ligne suivie tout au long de l'album. Rares sont les faiblesses et les longueurs ("Obeyed"). Rares sont également les respirations, ce qui rendra l'album particulièrement étanche à vos états d'âme.
Au rang des points notables de cet album, on remarquera - vous l'avez compris - une froideur exacerbée, née d'un jeu sans fioritures, et d'une boite à rythme étonnamment sage. Ce sera l'un des rares reproches à faire à ce disque, dont on regrette qu'il ne soit pas plus infernal encore en débridant cette désormais bien fidèle boite à rythme. Soulagement, la basse, liquide et abrasive est, elle, d'une efficacité sans faille. Le chant de Broadrick lui, n'a que peu changé : grave, éraillé, monosyllabique. Ce n'est plus un chant mais un râle. Le reste ? Identique au passé. Au passé des débuts qui voyait Godflesh se montrer dans sa nudité crue : pas d'électronique, pas d'effets, pas d'échos. La simple frappe du metal sur le metal la plupart du temps, avant que quelques instants tout en ambiance ne pointent en fin de parcours, sur le doublet "Towers of Emptiness" / "Forgive our Fathers". Pour le meilleur. 


Un univers de tôles massives et tranchantes. Une force de frappe décuplée par les années et allégée de ses artifices. A World Lit Only By Fire est à l'image de son contenant : sec et sombre. On aurait pu vivre sans un retour de Godflesh. Nous vivrons également très bien avec tant le propos reste unique et pertinent. La tombe de Godflesh méritera cet épitaphe : « une machine peut faire le travail de cinquante personnes ordinaires, mais elle ne peut pas faire le travail d'une personne extraordinaire » . En l’occurrence, Broadrick et Green sont deux personnes extraordinaires.


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