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CHRONIQUE PAR ...

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Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 21 septembre 2014
Sa note : 17/20

LINE UP


-Anders Fridén 
(chant)

-Björn Gelotte
(guitare)

-Niclas Engelin
(guitare)

-Peter Iwers 
(basse)

-Daniel Svensson
(batterie)


TRACKLIST

1) In Plain View
2) Everything's Gone
3) Paralyzed
4) Through Oblivion
5) With Eyes Wide Open

6) Siren Charms
7) When The World Explodes
8) Rusted Nail
9) Dead Eyes
10) Monsters In The Ballroom
11) Filtered Truth

DISCOGRAPHIE


In Flames - Siren Charms
(2014) - pop rock melodeath - Label : Sony BMG



Je regrette parfois, au moment de rédiger une énième chronique, de participer à la frénésie collective qui anime le monde. En effet, il n'aura échappé à personne que le public est de plus en plus volatile. Même les sorties récentes des gros noms du metal peinent à retenir l'attention une fois l'album rendu disponible. La période la plus importante devient celle qui précède la sortie - teasing et communication à l'appui - et non plus celle qui lui succède, une fois la musique disponible. Pourtant, il serait bon de se donner le temps d'évaluer les choses avec un minimum de recul. Siren Charms, qui me faisait sourciller d'un air dubitatif dans les premier temps, n'a eu de cesse de paraître chaque jour meilleur. Je crois bien en être devenu accro. 

Pour apprécier Siren Charms, ou seulement pour essayer d'avoir un avis intelligent sur le sujet, il convient d'oublier la querelle des Anciens et des Modernes. Les Anciens ont perdu : In Flames a changé depuis longtemps déjà. Avec A Sense of Purpose, le clou était enfoncé pour de bon. Le groupe s'engouffrait de pieds en cap dans un mélodeath nettement moins death et toujours plus mélo. Au grand dam des Puristes, Siren Charms, qui accentue encore davantage la fracture en évinçant quasi-totalement le chant hurlé, n'aura pas le moindre intérêt. Oublions toute notions de retour aux sources, de mélodeath ou de scène de Göthenburg. Elles ne feraient qu'amplifier la déception de ceux voulant conformer In Flames à leurs attentes (ce qui, bien que légitime, est parfaitement vain). Pourtant, cette déception largement répandue à en croire les critiques déjà publiée au moment où j'écris ces lignes, Siren Charms ne la mérite pas. Encore moins la haine dont il est l'objet. Car punaise, quel album.
Suivant la volonté de ses auteurs, Siren Charms enchaîne des hits, des morceaux à l'efficacité inavouable pour un groupe de metal, à moins d'accepter de se voir qualifier de pop metal, étiquette qui ne choque pas dans le cas présent. Tous les morceaux - ou presque - sont en effet calibrés pour l'efficacité. Les refrains se taillent la part du lion dans cette affaire, et mettent en avant le point qui catalyse la haine déployée contre le groupe : le chant d'Anders. Celui-ci abandonne les hurlement (sacrilège !), relégués à portion congrue sur quelques pistes, et use le plus souvent d'un chant clair un brin geignard, désabusé et cassé comme l'est parfois celui de Manson (Marilyn Manson) ou de Jonathan Davis (Korn). Quoi ? Un chant néo ? Une honte ! Pire mes amis : certains riffs piochent allègrement dans le néo. Nous pensons principalement à "Everything's Gone", morceau qui semble inécoutable aux première écoutes (trop simple, trop bancal, trop vide) mais qui, grâce aux cris d'Anders, parvient à témoigner rapidement d'une hargne mélancolique retrouvée. Même constat pour "When The World Explode" ou "Rusted Nail", qui semblent être des patchwork étranges de morceaux différents mais qui, par je ne sais quel exploit, fonctionnent. 
Et finalement, l'ensemble fait corps. Si la musique d'In Flames s'est effectivement simplifiée à l'extrême (tant dans les structures que dans les riffs), force est d'admettre que la sauce prend et que le résultat, easy-listening au possible, est mitaine de bon. Les refrains restent en tête, les quelques hurlements font échos dans la tête de l'auditeur, la production impressionne en étant clinique et vivante à la fois, Siren Charms fonctionne. On ne sait trop comment, malgré ses défauts évidents (le chant discutable, la simplification, l'unité des morceaux, certaines riffs ici ou là, certaines facilités...), Siren Charms fonctionne. Mélancolie et pensées désabusées planent sur ce disque - et dans ses paroles. A tel point qu'on se demande si le groupe ne risque pas la séparation. Les suédois semblent conscient d'avoir entamé depuis longtemps leur déclin dans le cœur des fans. Cette prise de conscience entraîne deux choses : un climat lourd dans l'ensemble mais ponctuellement optimiste, et une liberté artistique retrouvée qui amène un air frais dans la musique du groupe. 
Siren Charms fera division nette entre deux catégories de personnes irréconciliables. D'un côté, ceux qui n'aiment pas ce qu'est devenu le groupe (ce qui est légitime) ; de l'autre ceux qui prennent un pied monstre à l'écoute de cette musique redoutablement efficace que seul In Flames sait aujourd'hui jouer. Vous aurez compris de quel côté je me range. Je suis prêt : insultez moi via le formulaire de contact. 


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