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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 06 août 2014
Sa note : 16/20

LINE UP

-Al Cisneros
(chant+piano+basse+percussions)

-Robert Aiki Aubrey Lowe
(chant+tambour)

-Emil Amos
(guitare+piano+batterie+percussions)

TRACKLIST

1) Addis
2)
State of Non-Return
3) Gethsemane
4) Sinai
5) Haqq al-Yaqin

DISCOGRAPHIE


Om - Advaitic Songs
(2012) - doom metal ambient - Label : Drag City



L’homme avait beaucoup souffert. Il regardait autour de lui, mais ses yeux ne semblaient pas réellement voir. « J’ai cru mourir, dit-il. Je me suis égaré. Pourtant la carte était précise… Mettrai-je un jour la main sur ces manuscrits ? » Il fit une pause et but un peu.
- Le problème, quand on s’égare dans le désert, c’est bien sûr la soif. Juste avant de m’évanouir, j’ai commencé à avoir des hallucinations. Je voyais…
- Une oasis ?
- Non. Un groupe de jeunes gens habillés en noir. Ils jouaient une musique étrange. Du doom je crois…

 
Oui, ils jouent du doom, mais du doom très ambianté. Ambianté à tel point que l’ambiance prend le pas sur la partie métallique et devient le maître mot de cet étonnant Advaitic Songs. Inspiré par les côtés orientaux de groupes comme Dead Can Dance, soutenu par un souffle mystique et un artwork véritable (oh comme ça fait du bien de ne pas avoir une pochette dessinée au vieux crayon de couleur pas cher !), il nous propose un cheminement dans des contrées très arides. Un peu plus, et à l’écoute de l’intro de "Sinai", on pourrait voir l’air bouger comme quand il fait quarante degrés. Dépouillée et très souvent magnifique, la musique d’Om est bien souvent une invitation à l’ascèse et à la méditation transcendantale (ben oui mon bon Monsieur, il n’y a pas de quoi avoir honte hein). L’initial "Addis" vibre au rythme de percussions hypnotiques tandis qu’une jeune femme accentue cette impression de pulsation incantatoire, accompagnée par des sonorités aussi mélancoliques qu’orientales. Tout paraît alors partit sur des bases extraordinaires et on se dit que l’on tient là le nouveau Enthralled by the Winds of Loneliness, chef d’œuvre du genre. Hélas, trois fois hélas. "State of Non Return" nous fait redescendre à un niveau plus terrestre, et ce pour deux raisons : l’une respectable, l’autre moins.
La première est la volonté du groupe de faire coexister le mysticisme musical évoqué précédemment et une certaine identité métallique, ou doomesque. Pourquoi pas, le mélange est un peu curieux – surtout que le fait de mettre tant en avant la basse et la batterie n’aide pas à la cohabitation, mais bon, soit. La seconde est bien plus rédhibitoire : il s’agit du chant de Al. Plat comme une limande, il est autant adapté à une ambiance mystique que celui de Bruce Dickinson l’est pour du trve black. Du coup, "State of Non Return", "Gethsemane" et "Sinai" en pâtissent largement, même si la qualité des compositions et la finesse de la musique reste remarquable et font que ces trois titres sont tout de même très goûtus : l’introduction de "Gethsemane", tout en nostalgie, est absolument merveilleuse, tandis que celle de "Sinai" nous donnerait presque envie de nous mettre à jeuner et revêtir l’habit monacal (oh c'est bon, j'ai dit « presque » !). Et puis bon, pour les sans fautes, "Haqq Al Yaqin" est tout bonnement fabuleux. Al semble avoir compris qu’à défaut d’avoir la voix de Brendan Perry, on peut essayer de mettre un peu de conviction et d’envie dans son chant. Du coup, le morceau final est une jouissance totale : sorte de post-rock envoûtant, il fait la part belle aux mélodies fines et clôt cet album de manière superbe.

 
Il semble qu’ « advaitic » voudrait dire « non-dual ». Advaitic Songs serait donc une œuvre à la gloire de l’unité principielle, de l’étincelle créatrice, une et indivisible. C’est loupé : l’album est marqué justement par une dualité flagrante entre périodes incantatoires et vibrantes très éloignées du monde métallique et, justement, des éléments doom, discutables, accompagnés par un chant globalement très peu adapté. Si les gars d’Om avaient réussi leur synthèse, on aurait tenu l’album non pas de l’année, mais au moins de la décennie. On se contentera pour l’instant d’un album bien souvent magnifique, mais pas totalement abouti. Espérons tout de même que les Californiens ne renonceront pas, le Graal semble à leur portée.



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