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CHRONIQUE PAR ...

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Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 28 juillet 2014
Sa note : 14/20

LINE UP

-Mat
(chant)

-Flo
(guitare)

-Vince
(guitare)

-Kam
(basse)

-Bastos
(batterie)



TRACKLIST

1) Introduction
2) Genesis of Void
3) The Cattle Procession
4) Altars of Lies
5) New Republic
6) The Unheard Prayers
7) The Divide
8) Wingless Gods
9) Beyond

DISCOGRAPHIE


Deep In Hate - Chronicles of Oblivion
(2014) - brutal death deathcore - Label : Kaotoxin



Que se passerait-il si Fear Factory avalait d’un coup une palette entière des fameux épinards de Popeye (il faudrait au moins ça, vu la circonférence de Dino Cazares) et ressortait un album moins minable que The Industrialist ? Qu’arriverait-il si Divine Heresy se décidait à se bouger le cul et à sortir enfin un truc depuis 2009 ? Qu’adviendrait-il, enfin, dans l’improbable éventualité où des combos peu reluisants tels qu’Oceano, Winds Of Plague (sans les flonflons symphoniques bidon) et autres Beneath The Massacre se décidaient à sortir un  album potable ? Eh bien mes bons amis, ça donnerait sans doute un truc assez proche de la galette profondément haineuse et massive que viennent de nous pondre les parisiens de Deep In Hate. Ouais, ils sont Français. Et ils font du brutal deathcore, du vrai, celui des grandes heures de Despised Icon ou des premiers All Shall Perish.

Cependant, dès les premières mesures de l’intro rappelant largement les samples que l’on peut trouver sur le grand Obsolete de Fear Factory, on se dit qu’il va s’agir ici d’un peu plus que du deathcore. Impression que la construction de morceaux tels que  "Altars Of Lies" ou "The Unheard Prayers" vient renforcer : Deep In Hate est, par bien des aspects, un groupe de death metal morderne, brutal, groovy, bien que très attaché à la scène deathcore (les breaks typiques du genre sont tout de même légion sur la galette). A ce titre, la présence de Sven d’Aborted aux backing vocaux sur un "The Wingless Gods" bien furieux est assez révélatrice, démontrant les liens proches des parisiens avec la scène des vrais bourrins, des true quoi. D’ailleurs les morceaux précités font au moins autant penser à Dying Fœtus, Misery Index et autres joyeusetés death bien brutales comme Divine Heresy, qu’à Beneath The Massacre ou aux premiers Whitechapel. C’est de manière générale un mouvement assez global dans la scène deathcore actuelle : pas mal de groupes extrêmement deathcore à la base délaissent de plus en plus les moshpartset et beatdowns incessants pour se tourner vers des structures nettement plus death (on pense aux derniers Job For A Cowboy, Whitechapel voire même Carnifex, qui n’ont plus grand-chose de –core). Deep In Hate semble s’inscrire dans cette mouvance et y être particulièrement à  l’aise : qu’il s’agisse de casser des gueules avec des séquences extrêmement agressives à base de riffs dissonants et de blast furieux ("Altars Of Lies", "The Unheard Prayers", "The Wingless Gods"), de groover comme des gros sales ("New Republic",  "Beyond" ou "The Cattle Procession") ou d’écraser l’auditeur sous un déluges de breaks martiaux et lourdissimes (impression renforcée par une production digne des standards de la scène US, bien qu’un peu aseptisée, ce qui est toujours l’écueil avec ce genre de choix de production), Deep in Hate sait clairement y faire et vous enfoncera la face bien Profondément Dans la Haine.
Les bonhommes ont, qui plus est, de la technique à revendre, ce qui leur permet de se démarquer quelque peu de la masse grouillante. On a notamment à faire à deux guitaristes qui ne manquent pas d’idées et de cordes à leurs arcs sur les couplets et les riffs d’attaque de morceaux (c’est moins ça sur les refrains et surtout sur les nombreux breaks, qu’on a forcément un peu déjà entendus 10 000 fois). Quelques solis et plans un peu plus mélodiques retiennent particulièrement l’attention dans un océan de séquences froides et hachées (notamment sur "New Republic"), et les riffs d’intro les plus dissonants trépanent carrément la bouche à la masse, pour le plus grand plaisir de l’auditeur malmené (le début d’un "The Unheard Prayers", par exemple, rappelle clairement le style de brutal deathcore barré de The Red Chord, maître en la matière). La voix est, de son côté, parfaitement adaptée au genre, majoritairement death metal donc gutturale et grasse même si Mathieu varie à l’occasion pour s’aventurer vers des cris plus aigus et écorchés, ce qui n’est pas sans rappeler le style du génial Trevor Strnad (The Black Dahlia Murder). Mais la palme de la branlée technique revient sans surprise à Bastos, batteur qu’on ne présente plus vraiment dans la scène extrême française. Le garçon est décidément une machine de guerre à la précision froide et chirurgicale, rappelant des mecs de la trempe de Tim Yeung voire de Dirk Verbeuren, ce qui est dire beaucoup de la vitesse d’exécution du cogneur de Deep In Hate. Alors évidemment pour le groove et la chaleur du jeu de cymbales, on repassera, mais en termes de maîtrise de la double-pédale et autres bourrinades intempestives chères aux batteurs  extrêmes, on est servis et même resservis jusqu’à en avoir la gueule pleine.
Bref, on sent un groupe en pleine maîtrise de son propos et cet album est un instant-classic pour les fanatiques de brutal deathcore mécanique et chirurgical ("The Divide", "The Wingless Gods" et quelques autres). Par contre, le fan de musiques extrêmes abhorrant le  « –core » dans son ensemble aura peut-être plus de mal à y trouver son compte tant les gros breaks typiques du deathcore et du metalcore sont encore bien présents sur la quasi-totalité des pistes de l’album (Despised Icon et The Acacia Strain, docteurs ès-moshparts, ne sont pas bien loin). On ne doute pas de l’indéniable efficacité de ce genre de séquences en live, mais sur album cela s’avère un peu pénible à la longue et on voit mal un fan de Gorguts ou d’Obscura accrocher à ce type de propositions. Après c’est un constat qui s’applique à l’ensemble de la scène, les fans aimeront et les gens que ça gavent n’en seront que d’autant plus gavés. C’est un peu dommage car on sent les Parisiens à même de proposer autre chose et de varier leur propos, comme sur un ·New Republic" plus en groove et dont certains riffs, qui ne naviguent pas bien loin du djent-core/groove metal, rappellent un peu d’autres groupes franciliens tels que Checkmate voire As They Burn (en nettement plus bourrin !). Ou encore sur un "Beyond" beaucoup plus lent, lourd et doté d’un excellent refrain au groove simple mais redoutable. Ce dernier morceau laisse d’ailleurs entrevoir un groupe capable de rallonger un peu ses compositions et de produire des pièces plus narratives, ambiancées et indubitablement plus personnelles. Difficile également de ne pas voir une certaine proximité avec les inénarrables Betraying The Martyrs, avec lesquels Deep In Hate semblent partager quelques points communs en termes de style (mélange death/deathcore, modernité dans le son), à l’exception du fait que DiH ne se ridiculise pas à coups de chant émo juvénile, de claviers symphos pompeux à souhait et de reprises « ironiques » de morceaux estampillés Disney-World Company.


En conclusion, rappelons l’enseignement essentiel de cet album: Deep In Hate fait du brutal-deathcore, et le fait très bien. C’est le genre d’albums qui vous fera hurler que rien ne va dans le metal extrême moderne si vous êtes un ayatollah légèrement passéiste, fan de Morbid Angel bloqué sur Altars Of Madness (et encore, même eux ont évolué, cf. leur controversé dernier album), Incantation et autres Suffocation. Si vous êtes ouverts aux sonorités modernes du death et des scènes « en –core », vous pourrez adorer cet album pour tout ce qu’il a à offrir en termes de putains de riffs, de batterie stratosphérique et de brutalité maîtrisée, tout en étant passablement ennuyé par la multiplication des gros beatdowns qui n’ont généralement de sens qu’en live tant ils semblent artificiellement plaqués sur le reste des morceaux. Enfin, le fan de deathcore (qui est généralement tout aussi fan de death alors que l’inverse est souvent moins vrai) pourra se jeter sur cette galette les yeux fermés et apprécier tout le savoir-faire des parisiens à sa juste valeur. Quoi qu’il en soit et quel que soit le sentiment que vous inspirera ce Chronicles Of Oblivion, voici une sortie solide de plus pour le metal français, qui se porte décidément comme un charme au fur et à mesure que les années passent.



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