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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 06 mars 2014
Sa note : 15/20

LINE UP

-Stavros Gasparatos
(composition+arrangements)

-Quintet
(instruments classiques)

TRACKLIST

1) Intro
2) Buzz
3) Pride
4) Limbo
5) Lust
6) Falling - Greed
7) Sloth
8) Hell - Glutonny
9) Cocktail Party - Envy
10) Seven Deadly Sins
11) The End

DISCOGRAPHIE

Seven (2013)

(2013) - electro musique classique minimaliste et ambient - Label : Ad Noiseam



 Être curieux. Transcender sa barrière culturelle et aller vers d’autres genres. S’ouvrir à de nouvelles choses. Une fois bien établi dans ses certitudes, et presque convaincu que l’on ne peut rien aimer qui soit différent de ce qui fait actuellement notre beurre, difficile de mettre en œuvre les maximes précédentes. Ainsi, lorsqu’arrive un album qui parvient à nous toucher malgré une étiquette à cause de laquelle nous ne l’aurions probablement pas écouté, c’est un petit bouleversement : le monopole de cet éclat est-il au dit album, ou serions-nous par erreur passé à côté d’un genre qui pourtant peut nous faire autant d’effet ? Il faut alors creuser.

Stavros Gasparatos, par exemple, avec ce seul Seven, parvient à entamer les préjugés de tout un chacun sur le classique moderne, tel que l’ont laissé Berg, Schönberg, Boulez, et autres Stravinsky : un truc assez informe et plutôt moche qui se base sur d’autres considérations que le simple plaisir de la musique. Aussi caricatural que cela puisse paraître, c’est l’image qui ressort quand on parle des compositeurs les plus récents, en dehors de celle des perruques et costumes austères que trimballe le genre de façon plus générale. Ainsi, Stavros Gasparatos évolue-t-il dans la branche dite du minimalisme, pensez John Cage et peu de notes, mais pas que. Le Grec insère également des éléments de musique électronique dans son œuvre, ainsi qu’en témoigne ici l’assez crispante "Buzz", et ses nappes sonores insérées sous le bruit d’un interrupteur qu'on allume puis éteint tout le long du morceau. Pour bien saisir toutes les nuances, l’écoute au casque est donc chaudement recommandée.
Bien loin de la musique savante traditionnelle, Seven est un disque d’ambiance, qui installe un climat plus qu’il ne développe de véritable idée musicale. D’abord conçu comme la bande-son d’un spectacle, il n’est donc pas étonnant que le disque se concentre moins sur l’érection de pièces épiques et wagnériennes que sur l’évocation. Car le minimalisme attenant aux morceaux de ce disque sert aussi à laisser libre court à l’imagination de l’auditeur, plutôt que de happer vainement ses sens. Ainsi, la démarche se rapproche du post-rock, mais sans le rock. Quelques sonorités s’y rapportent toutefois, notamment sur "Pride", ou avec les violons de "Limbo" qui renvoient à GY!BE. En effet, Seven est un ensemble de compositions conceptualisant les Sept Péchés Capitaux. Mais Gasparatos a pris le parti de ne pas composer la musique la plus sombre possible, ce qui aurait été plutôt manichéen ; et même si l’album ne peut s’apprécier pleinement que dans le noir, les passages moins aliénants sont assez nombreux.
Il est assez surprenant de voir, une fois l’écoute terminée, que l’on ne s’est pas ennuyé, alors même que l’on n’a pas été complètement happé par l’œuvre. Seven, fait plutôt office de fond sonore, dont l’audition ne requière pas une concentration extrême du fait de l’économie des procédés. Toutefois, la stagnation n’est pas extrême, et les compositions évoluent au fil du temps, en accord avec le sujet de leur titre. On sent ainsi l’intrigue visant à s’emparer de n’importe quoi dès le début de "Falling – Greed" ou l’au-delà nous entourer et la folie nous prendre durant "Hell – Glutonny". C’est en cela que brille le musicien Grec, qui avec peu de moyens parvient à dépeindre aussi bien des sujets qui semblent à première vue complexes. Il les ramène à ce qu’ils sont de prime abord : la résultante des pulsions primaires de tout un chacun, qui part d’un rien, juste une minuscule idée ou perception, et peut prendre alors des proportions effrayantes.


Seven s’apparente à un bouleversement. Se servant de peu pour affecter beaucoup, il laisse pantois lorsque l’on voit la vitesse à laquelle il passe alors qu’aucune idée musicale n’est usée en tant que telle. Tous les éléments sont ici montés en une grande bande originale d’un moment de votre vie, qui ne révèle son efficacité que dans les conditions précitées, et pas autrement. Pas franchement élitiste pour autant, l’œuvre a pour elle de trancher avec les préjugés eux aussi précités, et d’être relativement accessible, sans formation, connaissance ou quoi que ce soit d’autre ; elle s’accommode parfaitement du simple ressenti.



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