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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 18 février 2014
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jonathan "Marquis" Théry
(chant)

-Frederic Patte-Brasseur
(guitare)

-Sylvain Estève
(guitare)<

-Pierre Sénécal
(batterie)

TRACKLIST

1) Origine
2) Silence of Death
3) Walking Through The Land of Falsity
4) Anhédonie
5) Avide de Sens

DISCOGRAPHIE


Ataraxie - Anhédonie
(2008) - doom metal froid comme le pavé de Rouen - Label : Weird Truth Productions



Je ne trouve point de meilleure introduction à cet album qu'une définition de son intitulé : « L’anhédonie (...) caractérise l'incapacité d'un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes. Cette incapacité est fréquemment associée à un sentiment de désintérêt diffus. »  (source : Doomipédia).  Triste ? A peine. Pire ? Assurément. Car Ataraxie dépeint le vide. 

Jugez par vous même : son monde est tellement vide et las qu'Ataraxie peut se permettre de laisser des béances sonores de treize secondes (comptez, c'est long...) au beau milieu d'un morceau comme "Walking Through The Land of Falsity". Treize secondes de vide. Or, en treize secondes, Napalm Death aura eu le temps de jouer "You Suffer" une bonne dizaine de fois. Deux manières d'exprimer une lassitude extrême et la violence qui en éclot. Napalm Death dirige cette violence vers le monde, en une explosion aussi brève que choquante, œil pour œil, dent pour dent. Cette violence, Ataraxie l'intériorise et en tire du vide, du néant, du rien, telle une moulinette à vacuité. Ne lui restent que ses yeux pour pleurer et les dents qui grincent. J'aurais aimé pouvoir écrire de jolis mots, de belles phrases bien tournées. Seulement Anhédonie ne s'y prête pas, trop extrême qu'il est. Ne restent que des mots comme « vide », « gris », « pesant », « plat », « lourd » ou « monotone ».
Il s'agit également de ne surtout pas se fier aux trente-trois secondes que dure "Origin", amuse-bouche introductif. Le reste - quatre énormes morceaux - oscille entre treize et vingt-quatre minutes pièce. Pas franchement de quoi rigoler, donc. On courbera l'échine de respect comme on le fait parfois devant un ancien et imposant monument. Ici, l'ensemble de la charpente est faite de saturations si lentes et lourdes, qu'elles en deviendraient parfois apaisantes - l'appel du vide, sans doute - si ce n'était ce chant, possédé. Un râle désespéré, growlant le plus souvent dans la langue de Shakespeare, et ne laissant que peu de temps libre - malheureusement ! - à ce bon Molière pour s'exprimer. Quant aux quelques arpèges égarés et aux rares « spoken-words » que vous trouverez ici ou là, il sera inutile de s’appesantir dessus. La puissance du morceau final - dont le premier riff est magnifiquement représentatif de l'ensemble, et dont la suite vire plutôt death avant de revirer vers un quasi black - cette puissance vous les fera oublier. 


Mauvaise publicité pour l'office du tourisme de la ville de Rouen : pavés mouillés, clochers obscurs et innombrables, pollution désagréable et siège de l'éminence grise du doom hexagonal. Cela fait beaucoup pour un même lieu. Avant Ataraxie, on savait le vide captivant, mais on ignorait à quel point il pouvait remplir l'espace... 


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