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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 21 février 2014
Sa note : 19/20

LINE UP

-Neige
(chant+guitare+claviers+basse)

-Winterhalter
(batterie)

-Zero [live]
(guitare+chant)

-Indria [live]
(basse)


TRACKLIST

1) Wings
2) Opale
3) La Nuit Marche Avec Moi
4) Voix Sereines

5) L'Eveil des Muses
6) Shelter
7) Away
8) Délivrance

DISCOGRAPHIE


Alcest - Shelter
(2014) - post rock shoegaze ; dreampop - Label : Prophecy Productions



« La Lumière » . Avec Shelter, jamais cette muse n'aura aussi fièrement été mise en musique. La lumière nouvelle qui auréole Shelter n'est pas le vert, qui teinte pourtant les œuvres d'Alcest depuis le départ. Elle n'est pas non plus le bleu, condensé et aquatique, parfois présent également sous une couche plus sombre - on pense à Écailles de Lune. Non. La lumière qui auréole Shelter est plus que ça. Elle est révélatrice des couleurs - sans elle un monde noir - et un point de repère - un refuge - à partir duquel apparaissent les perspectives et le relief. C'est à cette lumière que Shelter rend hommage peut-être même sans le savoir. 

Critiqué, sans qu'on comprenne trop pourquoi, pour son manque de rugosité, son manque d'ombre et de noir, Alcest s'en fiche bien. C'est qu'il est facile, aujourd'hui, de dépeindre le noir. Beaucoup s'y emploient avec un talent certain. Dans l'ensemble des domaines artistiques, cette tendance à recouvrir le monde de suie semble rencontrer un succès certain. C'est simple : le noir trouve son écho dans tout ce qui nous entoure. La moindre faille semble prête à avaler toute l'obscurité du monde. Si faire les choses correctement reste un art délicat, y compris dans les ténèbres, il est toujours plus évident de peindre en noir plutôt que d'éclairer le monde d'une franche lumière. La Lumière est l'opposante. Celle qui lutte. Le noir, au pouvoir, n'a que la force de sa position. Shelter tente l'alternance. Et tout s'en trouve remis en cause.
Shelter, contre le mouvement général, puise dans la lumière pour émettre la lumière. Une lumière d'une pureté nouvelle, comme celle déjà présente chez Alcest du temps des Souvenirs. Shelter évacue à grands seaux les vocaux hurlés, percées d'ombres, mais également la moindre trace d'affiliation au metal noir, ainsi qu'à tout élément saturé. Shelter est une mue prévisible pour Alcest. Nous savions très bien ce vers quoi le groupe de Neige tendait : Shelter en est le résultat et nous l'entendons aujourd'hui. Il serait naïf d'être surpris. Shelter puise dans la lumière diffuse d'un shoegaze brumeux, et dans celle éclatante d'un post-rock élévateur. Les guitares s'arment de reverb', les mélodies s'éclairent et ne se devinent plus autant qu'avant : elles apparaissent au grand jour. Le chant de Neige, autrefois caché, suit le même mouvement : tout devient compréhensible et, pour la première fois, Neige s'exprime clairement. Sans honte, comme s'il osait enfin nous dire ce qu'il désirait depuis le départ.
Si, dans l'obscurité, la moindre étincelle est un soleil, l'inverse s'impose également comme une vérité. Dans la lumière, le moindre voile est un néant. C'est ce qui frappe particulièrement sur le très doux Shelter. L'ensemble rayonne comme jamais. D'un "Opale" introductif, jovial et simple, au feeling pop et shoegaze à la fois, à cette "Délivrance" finale, toute faite de crescendo et de chœurs angéliques, Shelter porte bien son titre et s'avère un lumineux refuge. Un point de repère auquel se raccrocher. Pourtant, au milieu de cet ode à un océan qu'on imagine de nacre ("Shelter"), se fait parfois sentir la mélancolie, terrible par sa simple présence. "La Nuit Marche Avec Moi", armée de sa mélodie simpliste et belle, porte en elle l'une des plus belles lignes du groupe :  « Je veux me souvenir / De ce qu'ensemble nous avions fait » . Une ligne qui évoque quelque chose qui vit sur la durée ; quelque chose de beau ; quelque chose que l'on craint d'oublier. Une adresse à la Lumière ? Peut-être. 


Conclure... conclure alors que la lumière, pour une fois, semblait l'emporter malgré tout. Pour une fois, le monde apparaissait nu et beau plutôt que sombre et croulant sous les débris. Pour une fois, un artiste allait au bout de son concept : abandonnant totalement l'ombre explicite, la lumière ne connaissait plus alors que son inévitable revers. Une mélancolie en filigrane. Ce n'est que lorsqu'on possède quelque chose qu'on peut le perdre. Ce n'est que sous cette condition que la lutte est belle. Shelter mérite qu'on lutte. 


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