6371

CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 24 janvier 2014
Sa note : 15/20

LINE UP

-Mathieu Moulin
(chant+basse)

-Sébastien Fournet
(guitare)

-Matthieu Desternes
(chant+batterie)

TRACKLIST

1) Aucune Importance
2) Comment
3) Steven The Slow
4) Bbbbreak
5) Umpkk Pt.1
6) Umpkk Pt.2
7) Slow And Painful
8) Coffee Hamman
9) Seb
10) Platini
11) Frost Forward
12) Power Of Their Voices

DISCOGRAPHIE

Idolize (2013)

Sofy Major - Idolize
(2013) - stoner noise-rock sauce hardcore - Label : Solar Flare records



 Je le reconnais sans honte, je ne connaissais pas bien Sofy Major avant que les gentils gens de chez Moka Inc., leur agence de com/promo, aient l'infinie coolitude de nous proposer de chroniquer Idolize suite à notre papier sur le très bon dernier album de Cortez (chro ici), superbe groupe suisse faisant également partie de leur roster. Seulement voilà, j'ai été nul. Le manque de temps et maintes autres excuses un peu minables font que je n'ai pas pu me pencher sur la chronique du-dit Idolize avant ce jour. Soit avec quelques légers 6 à 8 mois de retard. Qu'à cela ne tienne, tentons de nous rattraper en pondant un joli papier qui leur fera de la belle promo. Enfin pour cela, encore faudrait-il que l'album en question tienne la route! Fort heureusement, c'est le cas, ça m'évitera d'avoir l'air vraiment con.

Le premier truc à dire sur cet album, c'est qu'il possède une histoire sacrément rock'n'roll : ainsi, sachez que les fiers clermontois étaient peinards aux USA en train d'enregistrer Idolize chez le sérieux producteur Andrew Schneider (Unsane, Cave In, Daughters, Pigs and co, excusez du peu), quand soudain frappa cette ignominie d'ouragan Sandy (pire encore que Sandy Valentino), détruisant une bonne partie du studio où enregistraient le trio et réduisant à néant la totalité de leur boulot en cours. Le drame eut pu être bien pire si, grâce à une sympathique mobilisation locale (prêt de locaux et de matos), les bonhommes n'avaient pas pu ré-enregistrer leur bébé dans la foulée avant de partir en tournée aux quatre coins du pays. « America Fuck Yeah » donc, et pour une fois dit sans ironie, la notion de communauté étant autrement plus poussée là-bas qu'ici. Bref, Idolize put donc être enregistré et il semblerait que cette péripétie ait donné un supplément d'âme et d'urgence aux compos de ce skeud, qui se montre particulièrement pêchu et abrasif. Ne connaissant pas très bien les prémices de la discographie déjà bien fournie du groupe, on ne tentera pas de parallèle douteux à base de « avant c'était ceci, maintenant c'est cela ». Par contre on peut d'ores et déjà annoncer la couleur du son proposé par les frenchies : un genre de gros noise-hardcore à relative consonance stoner ("Comment", typique), rappelant aussi bien Unsane que les glorieux Keelhaul ("Coffee Hamman" et son côté un peu fracassé qui rappelle clairement le boulot des américains) ou les cultes Portobello Bones (auquel il est ici rendu un hommage reprise bien couillue de "Power Of Their Voice").
Jolies références donc, et qui ne se démentent pas au vu de la teneur des compos des mecs : lourdeur, production brute de chez brute (avec notamment un son de basse  parfaitement rampant et bourrin, bravo pour ça), batterie qui cogne, esprit de la route et du rock bien craspouille, sur l'excellente "Steven The Slow" par exemple, qui accueille d'ailleurs Dave Curran au chant. D'ailleurs cela s'entend tout de suite, son chant étant tout de même un peu supérieur à celui des deux Mathieu. Le chant justement, qui n'a a priori jamais été un des éléments principaux de la musique de Sofy Major, s'avère malgré  tout assez bien foutu et parfois très utile sur cet opus, apportant beaucoup à certains morceaux (notamment l'excellente "Bbbbreak", peut-être une référence au sort réservé à leur boulot par cette grosse pouf de Sandy). Ce chant n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui de John Dyer Baizley sur les premiers Baroness par son côté un peu beuglard, brut de décoffrage et sa tendance aussi malhabile qu'attachante à tenir la note (sur un "Slow And Painful" c'est assez flagrant). Un type de chant nickel sur des compos d'un tel acabit donc. On peut également évoquer l'autre gros point fort de Idolize, à savoir une capacité à créer des ambiances boueuses à souhait en un tournemain. La basse amène notamment cette possibilité d'instaurer des séquences bien lourdes et rampantes sans aucun problème. Et si les riffs restent majoritairement simples ("Slow And Painful" par exemple), ils ont le bon goût de jouer sur d'autres éléments : volume sonore, effets, saturation, les instruments de ce groupe sont vivants messieurs dames ! Un morceau comme "Umpkk Part.2" (au titre évocateur de cartouche dans la gueule du parti du petit Jean-François Pénible, enfin Coppa, enfin j'sais plus) a ainsi la grande intelligence de faire redescendre un peu les décibels en début de morceau pour créer une sorte de feeling un peu glauque et quasi-minimaliste avant d'éclater sur un super refrain heavy-rock au chant encore une fois bien réussi.
Eh bien mine de rien les potes, ça en ferait presque un tube ! Bref, cet album a d'énormes qualités, c'est une certitude. Ceci dit, tout n'est pas parfait. Et non, parce que sinon on serait tous là avec des slips Sofy Major sur la tête et ils joueraient à la place d' Iron Maiden au prochain Hellfest. On peut notamment regretter des éléments un peu dispensables ou des choix un peu malheureux, comme l'assez insupportable babillage de vieille vietcong sur "Seb", qui vient mettre à mal un morceau à l'ambiance au demeurant très intéressante. Un délire de potos sans doute, mais était-il bien nécessaire de foutre ça sur l'album tel quel ? On peut également interroger le choix de la tracklist, qui crée l'impression d'une certaine baisse de qualité sur la fin de l'album, une relative lassitude s'installant notamment du fait de la grosse homogénéité de l'ensemble. "Frost Forward", par exemple, semble ainsi un peu plus faible et redondante alors qu'elle est, en vérité, pleine de patate. Malgré tout, de franches réussites telles que la chouette "Platini", dotée d'un superbe travail sur la basse, d'un chant efficace et même d'un groove bien senti sur la seconde partie du morceau, viennent atténuer ce sentiment un peu plus mitigé. La reprise de Portobello Bones est, encore une fois, vraiment cool et clôt d'ailleurs à merveille cet album, mais on ne peut pas totalement la mettre au crédit des Clermontois dans la mesure où le morceau de base était déjà énorme.

En conclusion, cette « nouvelle » (ouais ouais, chroniquée à la bourre je sais) livraison des Sofy Major maintient le haut niveau de qualité pour lequel ils sont unanimement loués, sans pour autant être une tuerie totale. On sent un groupe sûr de sa force, les compos sont exécutées avec une énergie et une fureur communicatives, mais il manque quelques petits éléments de-ci de-là pour faire passer certains morceaux de « biens réussis » à « woh putain c'est génial ». Un peu plus de mélodie peut-être? Oui ça paraît dingo de demander ça à un groupe de noise, mais la mélodie peut aussi se conjuguer avec une certaine folie et s'épanouir dans la fange. Peut-être un peu plus de groove également. Pour le reste, c'est du tout bon, cet album est une franche réussite et Sofy Major reste une valeur sûre de la scène noise-hardcore d'ici. Cocorico quoi ! 




©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6