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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 19 novembre 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Bjornar Nilsen
(chant+claviers)

-Oyvind Madsen
(guitare+claviers)

-Eivind Huse
(guitare)

-Kyrre Teigen
(basse)

-Tor Helge Gjengedal
(batterie)

TRACKLIST

1) The Tower
2) Divine - Appalling
3) The Hound
4) Blood on the Trail
5) The Dead Won't Wind
6) A Knife Between Us
7)
The Pulse of Bliss
8) Sleepwalkers
9) Lost Among Liars
10) Blood Don't Eliogabalus (bonus track)

DISCOGRAPHIE

The Tower (2013)

Vulture Industries - The Tower



« Avant-garde », c’est comme « prog », c’est un aveu d’impuissance face à des styles qu’on ne maîtrise pas.
-  Ouah c’est vachement bien, ce metal là, avec ces sonorités jamaïcaines et ce rythme chaloupé. C’est de l’avant-garde jamaïcain metal.
-  Ah non, moi je joue du reggae…
The Tower, troisième album de Vulture Industries,  n’échappe pas à la règle, il est avant-garde, lui aussi. Il utilise des styles connus depuis des décennies, mais bon, ce n’est pas grave. Personne ne les avait mélangés comme ça ? Mouais… Ceci dit, l’important est ailleurs : il s’agit d’un excellent album.

 
 
Il y a des albums qui suggèrent volontiers un décor et une atmosphère, The Tower en fait clairement partie. Même sans avoir fait un petit tour sur You Tube histoire de voir les vidéos promotionnelles de l’album, l’ambiance campée par le quintette norvégien est bien définie par la musique qui dépeint un univers sombre et baroque, un peu comme une représentation d’un cirque sordide. Le groupe s’appuie sur des ingrédients qui ont fait leur preuve dans le genre musique « figurative » : le metal ricanant et grimaçant d’Arcturus, le style de composition turbulent et riche en mélodies accrocheuses de Leprous (la guimauve en moins) et le rock indie-goth musclé et décadent  que peut pratiquer parfois Marilyn Manson. Cette dernière référence n’est peut-être pas la plus appropriée puisque le combo semble s’être plus inspiré d’un mystérieux groupe gothico-théâtral répondant au nom de Devil Doll, mais votre serviteur n’avait jamais entendu parler de cette formation italo-slovène jusqu’à la semaine dernière et par conséquent a pioché dans ses propres (et maigres ?) références pour décrire le mélange concocté par Vulture Industries.
Il faut également évoquer le chant un tant soit peu extravagant du sieur Nilsen, dont le timbre vocal figure parfaitement, par exemple, un Monsieur Loyal au sourire figé, déglingué par abus d’absinthe.  La recette fonctionne parfaitement et si la première minute et demie peut faire craindre que les Industries du Vautour soient une pâle copie d’Arcturus, l’entrée en jeu de sonorités rappelant des cuivres fait comprendre à l’auditeur que les artistes ne risquent pas de se voir coller un procès aux fesses pour plagiat. Les deux premiers morceaux restent néanmoins à grande dominance métallique ("The Divine – Apalling" a d’ailleurs par moment un petit côté doom inattendu) et c’est le très rock mélancolique de "The Hound" qui, à défaut d’être le meilleur morceau de l’album (trop long !), marque définitivement une certaine distance avec le metal commun. Le reste ne renie en rien la dévotion pour notre genre préféré, mais tous les titres qui suivent débordent, dans une plus ou moins grande mesure, du cadre métallique stricto sensu.
La déviance est faible sur "Blood on the Trail", le titre le plus carré de l’album et l’un des meilleurs, qui envoie  bien comme il faut, mais prend soin de contenir des petits détails comme l’utilisation de ce « piano de saloon mal accordé » si cher à Arcturus, son que l’on retrouve sur d’autres titres du groupe. Elle est bien plus forte sur l’excellent intermède rock dépressif "The Dead Won’t Mind", ou sur l’inquiétant "Lost Among Liars" où l’esprit de Alamaailman Vasarat rôde. Sur "A Knife Between Us", une petite merveille, le groupe opte pour un mix : claviers grinçants et ambiance lugubre dansent avec les rythmiques métalliques et le refrain super accrocheur en fait peut-être le point culminant de l’album. Le choix est néanmoins difficile étant donné l’excellent niveau global de cet album riche et goûtu, complexe mais pas trop, et vraiment imagé. On déplorera simplement la longueur excessive de "The Hound" ainsi que la faiblesse (bien relative) de "Sleepwalkers". A noter également que certaines versions de l’opus contiennent le bonus-track "Blood Don’t Eliogalabus", hommage au fameux Devil Doll évoqué plus haut et sur lequel plane par moments, à défaut de plus de référence, un petit air de Mr. Bungle, franchement sympathique.


La Norvège possède 5.000.000 d’habitants et, selon l’Encylcopaedia Metallum, possède 711 groupes en activité, ça fait du 0.0142%. Ça ne paraît pas grand-chose comme ça, mais nous, on n’arrive même pas à 0.0032%, exactement pareil que les États-Unis. Et de ces 711 groupes, il y  en a un paquet de valables (même si nous non plus on n’a pas à se plaindre à ce niveau). Vulture Industries fait clairement et brillamment partie de ce lot de groupes très intéressants. The Tower est un petit monde à part avec sa grisaille baroque, son metal agrémenté de sonorités décadentes et nos drôles d’oiseaux viennent rejoindre avec cet album les Arcturus, Leprous et autres formations compatriotes qui sortent des sentiers battus tout en restant très accessibles.  Encore, messieurs ! Encore !
 

 
 



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