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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 04 octobre 2013
Sa note : 15/20

LINE UP

-Dorthia Cottrell
(chant+guitare)

-Asechiah Bogdan
(guitare)

-Garrett Moriss
(guitare)

-Parker Chandler
(basse)

-Ryan Wolfe
(batterie)

TRACKLIST

1) Orchard
2) Woodbine
3) Feral Bones
4) Evergreen
5) Cassock
6) Boleskine

DISCOGRAPHIE


Windhand - Soma
(2013) - doom metal stoner mantra de plomb - Label : Relapse Records



Été 1973 : un jeune groupe de joyeux étudiants originaires de Virginie organise une sortie en forêt. Au programme des réjouissances : ballades, études de la flore et de la faune. L’un des amis émet l’hypothèse de passer la nuit sur place.  « Chouette idée ! » est la réponse collective, et chacun de rajouter un sac à viande et une guitare sèche à son équipement. De jour, la sortie se déroule parfaitement et les joyeux drilles commencent la veillée autour du feu de camp pleins d’entrain. Les premières chansons sont gaies et reprises en chœur par l’assemblée. Que se passe-t-il alors ? Est-ce l’esprit de la forêt qui, mécontent d’être dérangé par de jeunes blancs-becs, maudit le groupe ? L’un des participants, aux intentions moins pures que ses collègues, drogua-t-il la nourriture ? Toujours est-il que progressivement la musique se fait plus lente, plus répétitive. L’allégresse laisse place à la stupeur, et ceux qui chantaient haut et clair courbent peu à peu les épaules et leur voix se fait plainte. Un ressort est cassé. "Evergreen" est né.

Pourquoi accorder tant d’importance au seul morceau acoustique du second album des Américains de Windhand ? Placée au milieu de l’album, "Evergreen" devrait être vue comme une simple chanson de transition, un petit intermède, d’à peine plus de six minutes (un bref instant pour un album de doom). Sauf que sa position centrale n’est certainement pas un hasard, sauf que peu de titres acoustiques ont ce pouvoir de mettre en état d’hébétude celui qui l’écoute. Windhand invente ici le folk-doom, sorte de mantra aux résonnances sylvestres. C’est de loin l’élément le plus original de Soma, car pour le reste le quintette donne dans un stoner/doom aux sonorités bien connues, mais jouées avec une dose extra de pesanteur et une envie d’hypnotiser son auditoire assez évidente, qui font de cet opus un album franchement bon. Plus à son aise que sur le split EP réalisé avec Cough, dont le côté plus directement  evil jurait un peu avec l’approche plus classique des artistes qui nous intéressent ici, les musicos donnent ici la mesure de leur talent. Emmené par une vocaliste dont le chant androgyne, modulé et légèrement plaintif colle parfaitement à la musique, le groupe mélange la lourdeur du Cathedral le plus lourd avec un peu de la saleté du stoner d’un Electric Wizard des bons jours.
Le résultat est hautement hypnotique, et devrait ravir toute personne capable de saisir l’intérêt du genre favori de notre cher Droom. S’il fallait vraiment faire un tri entre les chansons, on pourrait dire qu’outre Evergreen, évoqué précédemment, "Woodbine", où le chant de Dorthia fait merveille, et "Cassock", monstrueux de pesanteur, sont les deux autres joyaux de l’albun. La demi-heure que dure "Boleskine" n’est en rien dépourvue d’intérêt, car ce titre n’est pas le classique remplissage bruitiste si typique des albums aux relents 70s. S’il comporte des moments destructurés, "Boleskine" propose surtout la répétition à l’envi d’une lourde complainte métallique, pour le plus grand bonheur de ceux qui ont été captivés par l’œuvre et pour le plus grand malheur des autres. "Orchard", le titre initial, s’il ne possède pas toute la puissance hypnotique des morceaux cités est néanmoins une ouverture d’album très convenable qui a, de plus, le mérite de planter le décor. "Feral Bones" est quant à lui un ton en-dessous de ses petits compagnons d’album. Mention spéciale également à la pochette qui, une fois n’est pas coutume, ne propose pas un dessin d’un méchant démon réalisé par le petit neveu du bassiste, et ne mélange pas non plus l’orange flashy avec du noir et du violet criard sous fond de pattes d’éléphants. Cette cabane dans la forêt donne plus à réfléchir…
 
Soma est un album pour spécialistes du stoner et du doom. Il faut en effet être un véritable amateur de riffs à la densité proche de celle du noyau atomique (230.000 tonnes par millimètre cube, cherchez pas,  j’ai regardé sur internet) envoyés au mieux à mid-tempo et du son cradingue à la Electric Wizard pour apprécier cette œuvre. Celui qui saura y entrer louera le chant halluciné de Dorthia et la senteur légèrement soufrée de l’ensemble. Il ira peut-être lui aussi l’envie d’aller perdre tout espoir dans la forêt de laquelle les jeunes gens évoqués en intro ne sont toujours pas sortis. Si c’est le cas, souhaitons-lui bon voyage, et bonne chance. Il en aura besoin.



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