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CHRONIQUE PAR ...

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Archaic Prayer
Cette chronique a été mise en ligne le 08 juillet 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-Asmodeus
(vocaux)

-Astaroth
(guitare)

-Behemoth
(guitare)

-Beelzeebuth
(basse)

-Lucifuge Rofocale
(batterie)



TRACKLIST

1) Aleister Crowley and Ordo Templi Orientis
2) An Elizabethan Devil Worshipper's Prayer Book
3) The Sign of The Unholy Cross
4) Caerimonia Sanguilentu (Göetia)
5) Beelzebuth
6) The Realm of Antichristus
7) The True Story About the Doctor Faust's pact with Mephistopheles
8) Cursed Excruciation / The Sinuous Serpent of Genesis (Leviathan)
9) The Baphometic Goat Knight Templar in the 12th Century


DISCOGRAPHIE

Wicca (1992)
Göetia (1993)

Mystifier - Göetia
(1993) - black metal - Label : Osmose



Cet album est la seule exception à la courte durée de vie des autres groupes brésiliens opérant dans le death et le black metal. Contrairement aux autres, Mystifier a voulu se démarquer de l'écoute abusive de Fallen Angel of Doom, permettant ainsi à son sulfureux premier album de survivre dans le temps alors que l'on croyait que le groupe avait déjà tout dit. Et bien avec Göetia, sorti en 1993 chez Osmose productions (le label français black de l'époque), le groupe a montré qu'en fait, la démo Tormenting the Holy Trinity et le single de 1990 n'étaient que l'échauffement, et le premier disque un prototype. Voilà désormais le disque qui fait de Mystifier un groupe culte parmi les hordes d'Amérique du Sud : Göetia.

Évidemment, qui dit « signature chez Omsose », dit « utilisation de plus gros moyens de distribution ». Et même si Beelzeebuth est toujours aux commandes de la production, le groupe a bien appris, depuis la sortie à la fin de l'année 1992, de Wicca le vicieux et le sous-produit. Dès l'intro, on sent que les 56 minutes (claviers, effets sonores sinistres et riffs à gogo compris) vont défiler sans soucis. Tout réside, à nouveau, dans le son : les riffs tremolos et les passages plus pesants sonnent déjà plus massifs, malgré la mise en retrait assez flagrante de la basse. On dirait que le skeud n'a pas été enregistré dans une cave pourrie, mais plutôt dans une chapelle abandonnée. Cela se ressent dans l'écho des amplis, de la batterie et surtout, des vocaux. Car oui, Mystifier a aussi fait peau neuve en virant le-hurleur-au-nom-incompréhensible-et-imprononçable. Fini le grognement over-réverbéré à la Blasphemy et parfois bien cliché : place à une variation entre des grognements death et un hurlement agressif propre au black metal des plus classiques. Entre les deux, un vocaliste plus posé parfois, ce qui va rappeler plutôt Scorn Defeat, premier album du groupe japonais Sigh (notamment sur "The Realm of Antichristus", où une certain ressemblance entre Asmodeus et Mirai, frontman du groupe japonais, se ressent).
Cette évolution se laisse ressentir dans les deux morceaux que Mystifier a repris de son premier album. "An Elizabethan Devil Worshipper's Prayer Book" est un meilleur exemple que "Cursed Excruciation". Alors oui, le riff est toujours aussi pesant, et l'on en ressent l'aspect occulte. Mais encore une fois, c'est la même chose qu'avec "Merciless Death" de Dark Angel. La faute aux effets sonores, au son de la batterie et au caractère « gouffre » de la voix : tout devient plus noir, plus étrange. Bien qu'un accordage modifié ne change pas la structure de l'album, il faut insister sur le son. Un meilleur son fait parfois ressentir une atmosphère largement plus convaincante. Et c'est là que Mystifer reprend le flambeau de Sarcofago : là ou Wagner Antichrist a fait de "Nightmare" (pourtant un de ses hymnes) quelque chose de lourdingue dans Rotting, et de "Black Vomit" un vulgaire titre de death metal, Mystifier prend un autre chemin. Il en est de même pour l'autre morceau, qui est aussi plus convaincant
Mais cela ne saurait dénigrer les autres morceaux disponibles, bien au contraire. Certains d'entre eux sont mêmes des tueries de black metal, avec des changements de rythmes et, toujours, cette voix d'outre-tombes. Il suffit d'écouter à fond le redoutable "The Sign of The Unholy Cross" pour s'en rendre compte. C'est comme si le groupe avait rendu les vieux Mayhem et Sarcofago enfin crédibles aux yeux des profanes. Et ce ne sont pas des cracks : le morceau a beau être simpliste, il a un riff au début et un break au milieu, qui accrochera non seulement le blackeux ayant fait le tour des fameuses stars norvégiennes, mais peut-être aussi d'autres metalheads. Telle est la recette de Göetia : les morceaux sont structurés autour d'une suite de passages a tempos variables (lent, speed...). Les solos commencent au début, puis reprennent vers le milieu, comme dans un morceau normal. Malheureusement, cette recette efficace fait défaut sur les morceaux plus courts, notamment "Belzeebuth" (le titre le plus stéréotypé, en plus). En revanche, on reconnaîtra les solos courts, hyper-speeds, et les riffs noirs dès le premier morceau, et surtout "The True Story of The Doctor Faust's Pact with Mephistopheles". Écouter Göetia, c'est imaginer Sarcofago et Bathory accouplés bestialement avec Morbid Angel période Altars of Madness.


Bref, c'est ainsi qu'il faut aimer le black metal : funéraire, avec un bon son, une atmosphère convaincante et une technique au poil. Hélas, ce coup d'éclat ne suffira plus par la suite, malgré les groupes nombreux en Colombie et au Pérou. Condamnés à avoir les yeux et les oreilles rivés sur Blasphemy, Sarcofago et Conqueror, les maîtres du black bourrin et bas du front, les labels ont préféré ressortir des cartons certains vieux groupes pourris, pour vendre, sans que quelqu'un ne songe à ressortir Mystifier. La réédition récente de ce disque - tout comme celle de Wicca  - sonne ainsi comme une injustice réparée tant ces deux albums sont accrocheurs, ce qui permet d'espérer pour d'autres albums tout aussi peu connus.



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