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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 05 juin 2013
Sa note : 11/20

LINE UP

-David Baßin
(chant)

-Dirk Scharsich
(guitare)

-Steven Dreißig
(guitare)

-Andreas Dockhorn
(basse)

-Rene Wähler
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Matthias Scholz
(chœurs)

-Sebastian Rasch
(chœurs)

-Steffi Borbe
(chœurs)

-Stefan Waldek
(chœurs)

TRACKLIST

1) Age of Tyranny
2) Starfire
3) The Awakening
4) Lake of Hope
5) Under Burning Skies
6) Black Sun
7) Demon Legions
8) Trough the dead Lands
9) Call for Resistance
10) Kings reborn
11) Metalheart

DISCOGRAPHIE

The Awakening (2013)

Victorius - The Awakening
(2013) - speed metal speed metal mélodique - Label : SPV



Il y en a qui n'ont vraiment pas de bol. Prenez les Allemands de l'Est : alors que médias et « experts » en tout et de toute nationalité se pâment à qui mieux mieux devant l'incommensurable réussite du « modèle allemand », les résidents de l'ex-partie soviétique du pays se farcissent chômage, précarité et montée des extrémismes (surtout celui qui n'aime pas les indices de bronzage trop élevés). Et à l'heure où le Bayern de Munich et le Borussia Dortmund se hissent en finale de la plus prestigieuse compétition inter-clubs du football européen, les équipes est-allemandes, jadis redoutables, végètent dans les divisions inférieures. C'est pas la joie. Il ne manquerait plus que le speed metal mélodique des années quatre-vingt-dix parvienne jusqu'à eux et le tableau serait complet. Bingo ! Victorius, groupe qui œuvre dans le style, est originaire de Saxe-Anhalt, land jusqu'alors peu prolifique en la matière. Ce peuple est maudit.

Que les amateurs du genre susmentionné pardonnent cette entrée en matière un brin provocatrice mais il faut bien reconnaître qu'en reprendre tous les codes tels qu'ils étaient en vigueur il y a plus vingt ans laisse un peu dubitatif sur l'intérêt d'une démarche qui va forcément se heurter à la redite, voire au mauvais pastiche. Mais restons corrects et commençons par présenter nos invités. Victorius est un quintet fondé à Wolfen, riante cité en pleine déliquescence industrielle ayant perdu quarante pour-cent de ses habitants depuis la Réunification. Sujet à de nombreux changements de personnel, la formation saxonne propose son second album après un premier essai longue durée intitulé Unleash the Titans qui n'avait pas trouvé de label pour l'accueillir lors de sa sortie en 2010. Enregistré en 2012, son successeur, The Awakening, est finalement distribué quelques mois plus tard par SPV. Un parcours un peu chaotique, mais les membres de la section germanique ne sont pas les seuls à le suivre, alors accordons leur le bénéfice du doute. Première indication qui va plutôt dans le bon sens : la production, supervisée par Lars Rettkovitz de Freedom Call, est tout à fait correcte. Certes, on sent bien qu'elle n'a pas bénéficié d'un budget équivalent à la cellule recrutement du Paris Saint-Germain mais sa clarté rend justice à la dextérité des instrumentistes et leur volonté manifeste de sonner puissamment. Reste à savoir ce que ces jeunes gens vont faire de leur intéressant potentiel.
Placé en ouverture, "Age of Tyranny", porté par une guitare en mode rafales avec munitions illimitées, est doté du refrain mélodico-épique de rigueur, l'affaire étant expédiée sur un tempo que l'on qualifiera de soutenu. Le solo de gratte est en revanche plutôt moyen et manque cruellement d'inspiration, à l'instar des autres séquences de la chanson. Les titres s'enchaînent, jusqu'au moment où on finit par comprendre qu'ils seront tous du même acabit et que rien ne viendra perturber le schéma initial. Ce qui se confirme une fois la dernière piste achevée. Oh certes, "Lake of Hope" et "Demon Legions" se distinguent par une approche un peu plus heavy mais pour le reste c'est tout à fond et rendez-vous au point d'orgue, en totale imitation de ce que proposent les éreintants Britishs de Dragonforce depuis déjà dix ans. Sans surprise, sont recyclés jusqu'à l’écœurement les plans plan-plan typiques de Blind Guardian, Hammerfall et autres Gamma Ray – sur "Trough the dead Land" pointent même quelques réminiscences de Walls of Jericho d'Helloween qui date de... 1985. Alors oui, tout ceci est bien interprété et le chanteur nous fait la faveur de ne pas trop tenter les aigus qui font mal tout en osant quelques screams de ci de là. Mais bon sang, quelle routine, quelle absence totale de surprise ! Au bout de trois morceaux on supplie pour qu'intervienne un truc qui sorte un peu de l'ordinaire - une petite intro à l'ambiance soignée, un break judicieux, une déclaration intelligente de Christine Boutin en voix off - bref, quelque chose qui étonne, qui intrigue, qui réveille. Cet instant ne viendra jamais – un comble compte tenu de l'intitulé du recueil.


Les Allemands de l'Ouest ont tendance, paraît-il, à estimer leurs voisins orientaux avec un certain mépris, les considérant comme des quasi-attardés qui plombent leur belle réussite. C'est sans doute un peu sévère, mais ce n'est certainement pas le speed metal ultra convenu de Victorius qui va les faire renoncer à leur façon de voir les choses. Malgré une qualité d'exécution difficilement blâmable – mention spéciale à l'intéressant vocaliste – l'impression d'entendre onze fois en accéléré la même chute de Piece of Mind (1983) d'Iron Maiden rend The Awakening difficilement digeste pour les non-aficionados de cet épico youp-la-boum metal. Les fans absolus trouveront probablement leur compte dans un enregistrement qui respecte les lois du genre jusqu'au moindre alinéa, au détriment d'une singularité qui ne semble cependant pas hors de portée de ces bons musiciens. La prochaine fois, peut-être.


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