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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 31 mai 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Protector
(chant+guitare+claviers+programmation)

-Silenius
(chant+claviers+basse)

TRACKLIST

1) Evernight
2) Flammifer
3) Old Mornings Dawn
4) The White Tower
5) Caradhras
6) Of Pale White Morns and Darkened Eyes
7) The Wandering Fire
8) Earthshine

DISCOGRAPHIE


Summoning - Old Mornings Dawn
(2013) - black metal Epique. Vraiment. - Label : Napalm Records



- Mon fils… Tu es revenu…
- Oui, père.
- Cela fait si longtemps… Et tu n’as pas vraiment changé… Quoique… Approche-toi, mon fils.
- Oui, père.
- Ma vue est bien faible maintenant, mais tout de même,  je continue à savoir lire en toi. Tu as vécu beaucoup de choses durant ces longues années, n’est-ce pas ? Aurais-tu vieilli quelque peu ? Approche-toi encore… oui, ton regard est différent. Tu es le même, sans être vraiment le même. Mais je parle, je parle, telle une vieille femme. Prends place à mes côtés, mon fils. Et raconte-moi.

« Par où commencer, père ? J’ai tellement de choses à dire… Avant de m'en aller, j’étais pétri de certitudes, je savais que l’esprit igné brûlait encore en moi, mais j’étais fatigué. Las de ce monde. Alors je suis parti, parti voir à quel point l’herbe est plus verte de l’autre côté de la Grande Montagne. Je suis allé me rendre compte par moi-même de la vie que mènent les hommes de bien, les soi-disant hommes de bien. J’ai fait des rencontres intéressantes, père, et j’ai dû également me battre. J’ai connu des femmes, belles, sensuelles et bienfaisantes. J’ai traversé des forêts et écouté comme le vent chantait dans les arbres. Et puis tu étais là, père. Tu n’as pas arrêté d’être à mes côtés, dans les moments difficiles. Plus d’une fois, lorsque j’ai dû employer l’épée, j’ai entendu ta voix emprunte de sagesse. « Les vieux jours reviennent », disais-tu. Comme tu as raison ! Ce que je sais en tout cas, ô père, c’est que l’esprit igné brûle toujours en moi. Plus que jamais. Comme dans mes jeunes années. »
Summoning reste Summoning. Un an après, sept ans après, mille ans après. D’ailleurs, bien franchement, qui attendait que Protector et Silenius pondent une œuvre très « tendance »? Personne. Non, la question était de savoir si l’esprit épique soufflait de nouveau sur le duo, après un Oath Bound un peu inconstant. La réponse est oui. La formule reste la même : une musique très imagée, faite d’harmonies poignantes évoquant le merveilleux, de chœurs profonds et de voix de vieil homme, sur fond de guitares qui grésillent, et conduite par une simple boîte à rythme. Summoning reste Summoning, donc, mais Summoning sait évoluer, par petites touches certes, mais tout de même. Le son un peu plus clair, l’étoffement de la boîte rythmique, semblable par moments à ce qu’avait pu proposer Dead Can Dance sur son album initial et éponyme, ainsi que l’apparition de voix féminines apaisantes (en introduction et sur "The White Tower") rendent l’ensemble de l’œuvre légèrement moins obscur et encore un peu plus atmosphérique que par le passé.
La grande force de Old Mornings Dawn ne réside cependant pas uniquement dans ces changements marginaux, mais bien dans la force des piliers traditionnels de la musique du cultissime  duo, évoqués précédemment, et notamment de l’un de ces piliers : les chœurs. Aériens et puissants à la fois, ils transcendent les titres qu’ils visitent, hissent "Old Mornings Dawn" au rang d’épopée de premier plan, font de la seconde partie de "Caradhras" (joliement entamé dans une ambiance quasi-orientale) un véritable hymne et confèrent à "Earthshine", où le chant rappelle le regretté Quorthon, le même statut de prodigieux final qu’avaient eu auparavant "Farewell", "Land of the Dead" ou dans une moindre mesure "A Distant Flame Before the Sun". Les autres chansons sont-elles mauvaises pour autant ? Certainement pas. L’excellent "Of Pale White Morns…" surprend un peu par la présence de quelques « ouh-ouh » presque frivoles, tandis que "Flammifer", "The White Tower" et "The Wandering Fire" complètent parfaitement le tout, dans un registre classique. Non, il n’y a rien à jeter, cette œuvre est  impeccable.

Il y avait Let Mortal Heroes Sing Your Fame  et Stronghold. Il faut ajouter dorénavant Old Mornings Dawn. Summoning sort un peu du Mordor, sans pour autant renier son feu obscur. Trois ou quatre hymnes, aucun déchet, la pause de sept ans que se sont octroyés les artistes a revigoré leur esprit créateur. La légende continue et on espère qu’elle se perpétuera jusqu’à la fin des temps. Le fils a encore tellement de choses à raconter au père…


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